Daniel : une lumière à Babylone

Ésaïe 9.6-7 : le Dieu héroïque

9 Janvier 2011 , Rédigé par daniel-lumiere-a-babylone.over-blog.com Publié dans #Textes commentés

Petite plongée au cœur du texte hébraïque, afin de corriger nos a priori confessionnels et de nous ouvrir de nouvelles perspectives sur l’Enfant-Messie de Dieu.

 

Pour nous faire une idée générale du passage, nous présentons ici trois versions françaises (la numérotation des versets a été harmonisée sur les versions les plus récentes pour plus de clarté). Mais voici d’abord, à tout seigneur tout honneur, le texte original qui nous est parvenu, la référence (découpé ici en accord avec la plupart des versions) :

Esaie-9-6-a-7.jpg

Voici maintenant une version catholique (qui ne suit pas strictement ce découpage) :

6 Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné,

Il a reçu le pouvoir sur ses épaules

et on lui a donné ce nom : Conseiller–merveilleux, Dieu–fort, Père–éternel, Prince–de–paix,

7 pour que s’étende le pouvoir dans une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume,

pour l’établir et pour l’affermir dans le droit et la justice.

Dès maintenant et à jamais, l’amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela. (Bible de Jérusalem)

Puis une version œcuménique :

6 Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné.

La souveraineté est sur ses épaules.

On proclame son nom : « Merveilleux–Conseiller, Dieu–Fort, Père à jamais, Prince de la paix. »

7 Il y aura une souveraineté étendue et une paix sans fin pour le trône de David et pour sa royauté,

qu’il établira et affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours

— l’ardeur du SEIGNEUR, le tout–puissant, fera cela. (TOB)

Et enfin une traduction juive :

6 C'est qu'un enfant nous est né, un fils nous est accordé :

la souveraineté repose sur son épaule,

et on l'a appelé Conseiller merveilleux, Héros divin, Père de la conquête, Prince de la Paix.

7 Son rôle est d'agrandir l'empire, d'assurer une paix sans fin au trône de David et à sa dynastie,

qui aura pour base et appui le droit et la justice, dès maintenant et à jamais.

Le zèle de l'Éternel fera cela. (Rabbinat français)

 

Disons un mot du contexte. Ce « car » qui introduit le verset 6 est, dans le texte hébreu, le troisième et dernier d’une série qui commence deux versets plus haut. Il nous faut donc remonter au moins trois versets en arrière pour savoir de quoi ces trois « car » sont l’explication. Une étude attentive du texte montre qu’il faut en fait remonter jusqu’au verset 1 du chapitre 9 (8.23 dans certaines versions), ce qui donne si nous résumons le texte verset par verset :

Verset 1 : Si dans le passé Zabulon et Nephtali ont eu peu de poids, le peuple de la Galilée et de l’au-delà du Jourdain aura du poids (hikbid) dans l’avenir.

Verset 2 : Le peuple (goy) qui était dans les ténèbres (hoshekh) a vu une grande lumière (‘or).

Verset 3 : Dieu les fait grandir et leur cause de la joie, comme à une moisson et comme après un combat victorieux.

Verset 4 : CAR la puissance qui les opprimait a été vaincue.

Verset 5 : CAR les emblèmes de la guerre et du pouvoir (les sandales et la toge) sont détruits (littéralement «mangés») par le feu.

Verset 6 : CAR un enfant est né POUR NOUS et il possède la souveraineté, l’autorité (misrah).

Verset 7 : POUR étendre, élargir (rabah) cette souveraineté (misrah), POUR une paix sans fin à la dynastie de David et POUR la fonder et la soutenir par le droit (mishpat) et la justice (tsedakah).

Trois «car», trois «pour» : le texte est clairement et puissamment structuré. Il s’agit d’élargir l’autorité de Dieu et de ses commandements (verset 7), pacifiquement (verset 6) oui, mais par l’épreuve du feu (verset 5). Ce qui s’oppose à la Juste Autorité ne résistera pas à l’épreuve du feu. Tout le monde ne soumettra pas à cette Juste Autorité. Ceux qui s’accrochent au pouvoir militaire (les sandales) ou au pouvoir politico-religieux (le manteau roulé dans le sang), seront détruits par le feu. Établir le règne du droit et de la justice (verset 7), oui, mais il y a une victoire à remporter d’abord (verset 3), sur un oppresseur, un pouvoir totalitaire (verset 4).

SUR QUI va s’étendre cette souveraineté du droit et de la justice, après un temps d’épreuve (verset 3) et de résistance à un pouvoir totalitaire (verset 4) qui sera détruit par le feu du ciel (verset 5) ? Le verset 2 nous l’apprend : sur un peuple (goy). Et quel est ce peuple ? Le verset 1 nous en donne, dans un langage imagé, une idée plus précise : «Le pays qui s’étend vers la mer [de Galilée] ou au-delà du Jourdain, au district des Gentils (goyim)», traduit le Rabbinat français. Ce peuple (goy) est donc constitué de goyim, d’autres peuples. Ce sont des gens de toutes origines qui font cette expérience.

Même si le rabbinat note que ce passage est obscur, et c’est vrai qu’il n’est pas facile à traduire, il apporte donc des précisions intéressantes. Ce «district des nations» se lit en hébreu ghelil hagoyim, ghelil venant d’une racine qui désigne un gond, un cylindre ou un anneau, une croisée de porte. Cette «Galilée des nations» est donc à la fois un lieu qui englobe et un lieu ouvert à plusieurs types de communication, un point de convergence en venant de différentes directions. On ne saurait mieux définir l’œuvre du Messie divin, qui rassemble et porte en lui, par la foi d’Abraham, des gens de toutes provenances.

Ajoutons que le terme «district» (ghelil) désigne à l’époque du Messie Jésus la Galilée, carrefour du Moyen-Orient, comme l’est le Liban aujourd’hui, d’où le poids prophétique que prennent la prédication et les miracles de Jésus dans ce «district», comme l’ont bien noté les évangélistes canoniques. Il faut rappeler que cet ancien territoire des tribus isrélites de Zabulon et de Nephtali (verset 1), qui entoure la mer de Galilée, est devenu nettement plus cosmopolite après la fin du royaume hébreu du Nord de la Palestine, en 722 av. J.-C. Quoi qu’il en soit, tout le long du passage, l’omniprésence des verbes à l’accompli, souvent au hiphil, souligne que cette ouverture aux goyim entreprise par Dieu à l’aide de cet enfant messianique est résolue et que son accomplissement est certain.

 

Sur le verset 1 : L’utilisation du causatif (hiphil) pour la racine kavad, «donner ou avoir du poids, être glorieux», indique que cette nouvelle «famille d’Abraham», recomposée avec des goyim, n’acquiert pas de la gloire ou de la puissance pour elle-même : elle est la cause d’une plus grande gloire pour Dieu, elle lui donne du poids en croyant en lui et en obéissant à ses commandements avec la même perfection que le messie, dans l’esprit et non dans les formes seulement. Cette nouvelle génération a du poids par rapport à la défense de l’autorité de Dieu devant l’assemblée céleste, «afin que Dieu soit trouvé juste dans ses jugements» (Psaume 51.6).

Sur le verset 2 : le passage des ténèbres (élément occulte) à la lumière réitère l’expérience de la Création (Genèse 1) où les mêmes termes sont utilisés. Ces nouveaux croyants sont une nouvelle création de Dieu : spirituelle et psychique, dans un premier temps, physique dans un deuxième temps (encore à venir).

Sur le verset 4 : le mot ‘ol, souvent traduit par «joug», signifie aussi «domination» et vient de la racine ‘alal qui signifier aussi «outrager, abuser de quelqu’un». S’il sera facile pour les juifs de l’époque de Jésus d’identifier cet oppresseur avec les Romains, il est également possible, pour toutes les époques, de voir là la présence des oppresseurs surnaturels qui jouent avec les humains, dans les limites imposées par Dieu toutefois afin de préserver notre libre-arbitre. Ici cette puissance, qui est aussi en nous, jusque dans notre inconscient et qui nous pousse nous aussi à abuser des autres et de nous-mêmes, est «brisée» par l’enfant messie. Le verbe hébreu employé est chathath, qui signifie tout aussi bien «être épouvanté». Ce verbe est au hiphil et à l’accompli, car pour Dieu c’est comme si c’était fait ! La balle est donc dans notre camp. La présence de cet enfant, de cette humanité nouvelle au sein de notre humanité déchue, provoque la panique dans le camp ennemi. Elle peut faire aussi fuir le mal de nos consciences. Faisons donc souvent appel à cet enfant, quel qu’il soit, car c’est bien pour cela qu’il nous a été «donné» (verset 6)

Sur le verset 5 : La traduction du rabbinat français est particulièrement réussie ici : «Tout l'attirail des guerriers bruyants, les vêtements souillés de sang, tout est consumé, devient la proie du feu.» Que ce soit les puissances purement militaires ou les pouvoirs religieux persécuteurs (les vêtements souillés de sang), tous passent par l’épreuve purificatrice du feu. Quant au pouvoir dit «économique», pour connaître son sort, lisez l’Apocalypse de Jean au chapitre 18, un texte quasiment d’actualité.

Sur le verset 6 : En hébreu les mots «enfant» et le verbe «naître, engendrer» sont une seule et même racine (yalad) : un enfant est enfanté. Mais cet enfant est aussi donné (natan). C’est un cadeau divin, quelque chose que l’humain seul ne pourrait pas produire. Ces deux verbes sont bien sûr à l’accompli. C’est fait, projeté depuis toujours, établi depuis toujours parce que cela manifeste le caractère profond de Dieu, fait de miséricorde et de droiture (hesed et tsedakah). Ce caractère profond de Dieu ne s’était pas manifesté clairement aux êtres célestes avant l’apparition de la parole malveillante, celle du cheroub d’Ézéchiel 28, l’auteur de la parole insensée, le heylel tombé des cieux d’Ésaïe 14.12.

Après l’accompli très péremptoire rencontré jusqu’ici, l’inaccompli fait son entrée dans la deuxième moitié du verset : «la souveraineté repose (en hébreu verbe «être» à l’inaccompli, avec préfixe waw) sur son épaule». Cette traduction rabbinique est ici imprécise puisqu’elle conserve le présent, déjà utilisé avant pour les verbes à l’accompli. Si l’enfant est donné, une fois pour toutes (accompli), sa souveraineté doit encore s’affirmer, elle est en devenir (inaccompli). Il aurait été donc plus judicieux d’employer un autre temps, le futur par exemple ou le futur proche : la souveraineté va reposer (finalement) sur son épaule mais ce n’est pas encore totalement acquis. Le grand conflit n’est pas encore arrivé à son ultime dénouement, dénouement indépendant des luttes politiques humaines, même de celles autour de l’État d’Israël, notez-le bien.

 

«Souveraineté», «pouvoir», «empire» ? Que recouvre au juste le terme misrah employé aux versets 6 et 7 ? Misrah est le participe de la racine sarah qui signifie avant tout lutter. Cet enfant est le fruit d’un labeur, d’un accouchement pénible, il est au cœur d’une lutte, d’un conflit d’autorité. D’ailleurs misrah est souvent traduit par «autorité». Mais la racine sarah contient aussi l’idée de persistance, de persévérance. La puissance dont Yahveh va faire preuve, grâce à cet enfant messianique, est acquise au prix d’une lutte douloureuse, d’un effort persévérant. La paix a un prix. L’amour conquiert et se conquiert, patiemment. Le divin «gouvernement» (autre traduction possible de misrah) s’impose finalement grâce à son autorité, persuasive, et non par le «pouvoir» (traduction catholique), le pouvoir de l’argent, du politique ou des armes, voire de la torture.

L’autorité divine est aux antipodes de la «domination» (autre traduction possible de misrah) totalitaire, de la domination aliénante exercée par les deux grandes religions qui se sont appropriées le dieu unique à savoir l’Église catholique romaine et l’islam. Ce sont les deux sectes les plus riches, les plus puissantes, les plus criminelles et les plus retors sur le plan théologique et sur le plan de la pratique religieuse que l’humanité n’ait jamais connues. L’institution catholique est la plus perverse de toute, véritable monstre politico-religieux issu de l’empire romain, sur-représenté à ce titre dans les prophéties hébraïques apocalyptiques. Et ce phénomène n’a probablement pas encore connu ses ultimes développements. Quant à l’islam de Mahomet, l’islam intègre en tous cas, il demeure le hargneux rival du «christianisme», son triste pendant oriental sur le plan spirituel, mais il demeure aussi (pour combien de temps encore ?) l’obstacle majeur à éliminer pour le nouvel «ordre» (fascisme) mondial. A ces deux institutions religieuses malfaisantes, impuissantes face aux maux psychiques et à la violence physique de l’humanité, maux qu’elles encouragent au contraire par leur intolérance fondamentale, malédiction pour toujours ! Oui, malédiction à tous ceux qui font peser le poids de leur propre pouvoir totalitaire sur les épaules du Messie (voir la traduction catholique du verset 6 plus haut), ceux qui font porter à Dieu la responsabilité de leur propre violence. Au contraire l’enfant messie d’Ésaïe étend la souveraineté de Dieu et non celle d’un homme ou d’un pouvoir : il établit dans les cœurs l’autorité véritable, celle du Père, l’autorité qui rend l’autre co-auteur de sa vie. Un jour, grâce au travail patient et héroïque du Messie Jésus, tout le monde reconnaîtra cette autorité comme valide, même ceux qui persisteront, hélas pour eux, à la rejeter. Même le cheroub malveillant reconnaîtra que l’autorité de Dieu est juste, sans vouloir s’y soumettre toutefois. Alors Yahveh pourra, en toute justice, faire sortir de lui un feu qui le dévorera, aux yeux de tous (Ézéchiel 28.18). Ouf. 

 

Mais venons-en maintenant aux mots qui font le plus divergence : «Dieu fort» et «Père éternel», dans la plupart des versions chrétiennes, «héros divin» et «père de la conquête» côté juif. Que dit exactement le texte original ?

 

On y trouve d’abord les composantes du nom Gabri-el, mais dans un autre ordre : El Gibbor, traduit Dieu puissant par les chrétiens et beaucoup plus prudemment héros divin par les juifs. Chouraqui de même conserve l’inversion de l’ordre des composants et traduit : «Il (l’enfant) crie son nom : Merveilleux conseiller, héros d’Él, père pour toujours, prince de la paix.» Pourtant, pour respecter l’ordre des lettres dans le texte original, une traduction plus juste de El Gibbor serait : «Dieu héros» ou mieux «Dieu héroïque» puisque gibbor n’est rien d’autre que le participe actif de la racine gavar qui signifie «être fort, se montrer brave, prévaloir», bref se conduire en héros.

En revanche, la traduction de Chouraqui du verbe qarah («il crie son nom») est intéressante. Non seulement cet inaccompli avec waw est rendu par un présent mais surtout il est traduit par une vraie troisième personne du singulier, «il (l’enfant) crie son nom», et non par un «on» impersonnel comme dans la plupart des traductions. L’enfant annonce lui-même son identité, ou plutôt il l’affirme, par la force de ses paroles, par la vérité de ses actes. Cet enfant messianique va faire preuve d’un courage héroïque, face au mal qui nous habite, face à la violence de l’autre, face à notre violence. Il va jusqu’à la porter en lui-même, pour la dominer.

La maîtrise de soi, voilà la vraie force, pacifique, de ce Dieu-là, de ce Dieu méconnu des autres grandes religions monothéistes, mais entraperçu confusément par les juifs qui traduisent, à l’envers du texte certes, «héros divin», au lieu de «Dieu héros». C’est vrai, Yahveh, dans son messie, est un héros, un héros de l’amour, l’amour qui accepte de souffrir le martyre pour ses ennemis. Mais ses ennemis, que nous sommes, répondront-ils à cet amour ? Toute l’assemblée céleste, cette auguste assemblée composée peut-être de millions de personnes que Daniel a vu présidée par l’Ancien des jours (Daniel 7), toute cette assemblée reste en haleine, attendant le dénouement de la tragédie humaine et angélique dont le dernier acte se joue sur notre planète. Le Messie Jésus est le héros de cette tragédie. Jésus, oui, actuellement grand prêtre dans le temple céleste, dans le lieu saint chanté dans les Psaumes, Jésus, oui, le Fils d’homme que Daniel a vu recevoir une autorité supérieure même à celle de Gabri-el, pourtant «héros de Dieu», Jésus, oui, c’est-à-dire Mi-ca-ël lui-même devenu porteur de chair. Jésus, le héros absolu, le Dieu héroïque qui devait être oint puis «coupé» (karat, Daniel 9.26), coupé comme on coupe au couteau un sacrifice d’alliance, à la fin des 70 semaines d’années. Voilà qui est vraiment le Dieu d’Abraham, représenté sur la croix des chrétiens.

 

Et ce n’est pas tout, l’enfant messianique d’Ésaïe 9 n’est pas seulement el-gibbor, Dieu héroïque, il est aussi avi-ad, «mon père de toujours». La traduction chrétienne «père éternel» est évidemment biaisée, d’autant que le concept d’éternité est un concept dualiste occidental, qui oppose artificiellement le temps à l’éternité, faisant du temps une sorte de prison. Cela n’est pas conforme à la philosophie hébraïque, comme on peut l’observer en étudiant de près les textes originaux. La traduction juive «père de la conquête» était au moins plus en accord avec le contexte, qui évoque la résolution d’un conflit.

Qu’importe de dire que Dieu soit «éternel», si nous ne pouvons même pas concevoir ce qu’est l’éternité et si nous devons nous inscrire dans le temps ! Simples bavardages de théologiens prétentieux que nous sommes. Toutefois les bavardages sont autorisés, car nous sommes des êtres de parole, pas des esclaves de la pensée unique, qu’elle soit musulmane ou autre, donc nous avons le droit de philosopher sur Dieu. Mais soyons conscients des limites de notre pensée quand nous parlons de Dieu. Inutile donc d’essayer de nous mettre à la place de Dieu et de vouloir trucider les autres pour de simples termes qui renvoient à des réalités que nous ne pouvons même pas concevoir, comme la toute-puissance, l’omniscience ou la soi-disant «prédestination», qui fait des ravages dans la pensée musulmane.

Bref, ce qui compte, d’après le prophète Ésaïe, c’est que le Messie est l’image de notre Père, l’image du Créateur, la seule image parfaite du reste, une image que Dieu lui même a «fabriquée» ou plutôt «engendrée», puisqu’il nous est interdit de nous forger nos propres idoles. Père ou enfant, ou les deux ? Le Messie garde donc une part de mystère. Le Messie est avi-ad, mon père de toujours et pour toujours, mon vrai père, celui qui m’a transmis la parole, cette parole qui me distingue depuis toujours et pour toujours des animaux. Quant au terme ad, traduit par «toujours», il porte l’idée à la fois d’une continuité et d’un mouvement, la racine adah signifiant tout simplement «passer sur, avancer». Le Créateur est LA personne de l’univers qui donne du sens au temps et au mouvement. Seule une personne peut faire cela, seul un être de parole peut faire cela, une simple énergie tapie en nous ne le pourrait jamais.

 

Le Seigneur des univers est un héros, un exemple pour toujours de la patience et de la bonté du Père, source de la parole et source de la tsedakah («justice»). Le Seigneur de l’univers donne un exemple parfait de l’intelligence nécessaire pour faire face au problème du mal, pour affronter la perversion de la parole qui engendre la violence et le rejet du Père (et de l’autre). Yahveh-Jésus est vraiment le Dieu héroïque, mon père de toujours, et c’est à ces conditions seulement qu’il est vraiment digne d’être respecté, c’est à ces conditions seulement que son autorité peut être reconnue et acceptée, c’est seulement ainsi qu’il deviendra le prince de la paix. Parce qu’il fait plus que le maximum envisageable. Comme l’avaient compris les juifs messianiques du début de notre ère, c’est parce que le messie a été incroyablement abaissé, au dessous de tout, qu’il peut être souverainement élevé, au dessus de tout. C’est la logique de Dieu…

Pour conclure, voici quelques paroles non bibliques et néanmoins inspirées (parce que Mahomet n’est pas le dernier des prophètes, mais non, heureusement, Dieu merci !!!), quelques paroles inspirées, donc, en rapport avec ce phénomène messianique salvateur inouï que nous n’avons fait qu’effleurer ici.

 

«L’histoire de Bethléhem est un thème inépuisable. On y découvre la profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu. Nous nous étonnons devant le sacrifice du Sauveur qui échangea le trône du ciel contre la crèche, la société des anges qui l’adoraient contre la compagnie des bêtes de l’étable. Sa présence confond notre orgueil humain et notre propre suffisance. Et cependant ceci n’était que le commencement de son étonnante condescendance. C’eût été pour le Fils de Dieu une humiliation presque infinie de revêtir la nature humaine, même alors qu’Adam résidait en Eden dans son innocence. Jésus accepta l’humanité alors qu’elle était affaiblie par quatre millénaires de péché. Comme tout enfant d’Adam, il a accepté les résultats de la grande loi de l’hérédité. Ces résultats on peut les connaître en consultant l’histoire de ses ancêtres terrestres. C’est avec une telle hérédité qu’il vint partager nos douleurs et nos tentations, et nous donner l’exemple d’une vie exempte de péché.» (Ellen White, Jésus-Christ, p. 33)

 

«Il en est peu qui considèrent les souffrances que le péché a causées à notre Créateur. Le ciel tout entier a souffert de l’agonie du Christ, mais cette affliction n’a pas commencé et ne s’est pas terminée lors de la manifestation en chair du Sauveur. La croix est une révélation, à nos sens émoussés, de la douleur que le péché, dès qu’il fut conçu, a causé au cœur de Dieu. Chaque injustice, chaque acte de cruauté, chaque échec essuyé par l’humanité dans ses efforts pour atteindre l’idéal divin remplit son cœur de tristesse. Il nous est dit que lorsque les calamités qui devaient nécessairement résulter de la séparation d’avec Dieu tombèrent sur les Juifs, “l’Éternel fut touché des maux d’Israël”, “Dans toutes leurs détresses ils n’ont pas été sans secours. ... Constamment il les a soutenus et portés, aux anciens jours.” Juges 10:16; Ésaïe 63:9.

Il n’y a pas un soupir, pas une douleur, pas un chagrin qui ne trouve un écho dans le cœur du Père.»

(Ellen White, Puissance de la grâce, p. 190)

 

Liens utiles :

http://egwwritings.org/

http://www.champs-of-truth.com/books/dr/

http://www.sefarim.fr/

 

Annexe :

Une version à tendance arienne (d’Arius (256-336), christianisme hétérodoxe qui refuse de reconnaître la pleine divinité du Messie Jésus) :

6 Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné ;

Et la domination princière sera sur son épaule.

Et on l’appellera du nom de Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, Prince de paix. (Traduction du monde nouveau)

Une version protestante :

6 Car un enfant nous est né, Un fils nous est donné,

Et la souveraineté (reposera) sur son épaule ;

On l'appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. (Colombe)

La version arienne est ici légèrement préférable à la version protestante, car la force n’a pas la même connotation que la puissance. La puissance a quelque chose d’écrasant. La force évoque davantage le courage et l’héroïsme.

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