Daniel 9.1-3La première année de Darius, fils de Xerxès, de la dynastie mède, qui était devenu roi du royaume des Chaldéens, 2la première année de son règne, moi, Daniel, je compris par les livres le nombre d’années qui devait s’accomplir sur les ruines de Jérusalem, d’après la parole de Yahveh qui était parvenue à Jérémie, le prophète : soixante-dix ans. 3Je me tournai vers le Seigneur Dieu, en quête de prières et de supplications, par le jeûne, le sac et la cendre.

Nous sommes en 538 av. J.-C. et les médo-persans viennent de prendre Babylone[1]. Moins d’un an s’est écoulé depuis la vision du chapitre 8. Daniel le croit : le temps du rétablissement de Jérusalem approche. Il a lui-même reçu des visions prophétiques d’une portée sans égale. Cela ne le rend pas trop fier pour apprendre des autres. Humblement, il se penche sur les écrits du prophète Jérémie pour connaître les indications de Yahveh (voir Jérémie 25.11-12 ; 29.1, 10). L’apôtre Paul le rappelle : « Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes. » (1 Corinthiens 14.32) Aucun prophète n’est dispensé de l’étude des Écritures !

Aujourd’hui, le temps de la libération définitive des fidèles de Yahveh est arrivé. Où sont les Daniel d’aujourd’hui, sondant avec ardeur les Écritures, sobres et humbles, attentifs aux lumières et aux directives divines ? Si vous suivez l’exemple de Daniel, vous recevrez des instructions divines au travers de la Bible, grâce à l’Esprit du Tout-Puissant. N’en doutez pas : vous pouvez faire partie de ces veilleurs-là.

Daniel 9.4-5 — Je priai Yahveh, mon Dieu, et je lui fis cette confession : S’il te plaît, Seigneur, Dieu grand et redoutable, toi qui gardes l’alliance et la fidélité envers ceux qui t’aiment et qui observent tes commandements ! 5Nous avons péché, nous avons commis des fautes[2], nous avons agi en méchants et en rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes règles[3].

En tant que croyants, nous vivons une situation analogue à celle de Daniel. Selon toute apparence, les associations de croyants actuelles sont en échec et en déroute sur tous les points, comme les Juifs humiliés par la captivité à Babylone. Dans cette situation, il est inutile de s’accuser mutuellement ou de trouver un coupable (voir Matthieu 24.48-50). Il vaut bien mieux suivre l’exemple de Daniel : il accepte de porter la responsabilité des fautes du peuple et des dirigeants ; il les confesse comme ses propres fautes. Même ses ennemis n’avaient rien trouvé à lui reprocher. Pourtant il ne s’estime pas supérieur aux autres ni fondamentalement différent d’eux : nous avons péché, nous avons été rebelles, déclare-t-il.

« Portez les fardeaux les uns des autres ; accomplissez ainsi la loi du Christ », exhorte Paul (Galates 6.2). En portant les fautes de ses pairs, Daniel manifestait un profond regret pour les fautes des autres comme si c’étaient les siennes. Pourtant, il ne s’était probablement pas joint à l’apostasie dominante.

Le Fils de Dieu, durant sa mission terrestre, a fait une expérience semblable. Il a demandé à recevoir le baptême de Jean-Baptiste, une cérémonie impliquant la confession et le repentir. Jean refusa, sachant que Jésus n’avait aucun péché à se reprocher. Jésus dut insister et lui expliquer qu’en tant qu’Agneau (sacrifice) de Dieu, il devait porter les fautes de toute l’humanité. Lui si étranger au péché, il allait devenir le péché (2 Corinthiens 5.21). Jean baptisait pour montrer le repentir du coupable ; il baptisait dans l’eau, et non dans l’Esprit. Pourtant, quand le Fils de l’homme accepta de recevoir ce baptême-là, l’Esprit se manifesta (Luc 3.21-22). Nous pouvons faire la même expérience.

La prière de repentir prononcée en notre faveur par Jésus, sur les rives du Jourdain manifestait un véritable esprit de corps. En confessant nos péchés, Jésus prenait vraiment notre place ; il y a là plus qu’un simple témoignage de solidarité. Dès que nous confesserons « nos » fautes en suivant l’exemple de Daniel, conscients que les fautes d’autrui nous concernent et que nous aurions pu très bien les commettre aussi sans l’aide du Messie, le réveil et le dynamisme qui accompagnent l’Esprit divin se propageront immédiatement parmi les fidèles du Créateur. Nous l’apprenons au verset 23 de ce chapitre : à peine Daniel commence-t-il à prier qu’un ange est envoyé à son secours. Il en sera de même pour nous. Mettons-nous en prière, le cœur brisé par la laideur du mal, l’esprit humble et concerné par le malheur des autres, et de l’aide nous sera envoyée immédiatement.

Daniel 9.6-10Nous n’avons pas écouté tes serviteurs, les prophètes, qui ont parlé en ton nom à nos rois, à nos princes, à nos pères et à tout le peuple du pays. 7A toi, Seigneur, la justice[4], et à nous la honte — voilà pourquoi il en est ainsi en ce jour — oui, aux hommes de Juda, aux habitants de Jérusalem et à tout Israël, à ceux qui sont proches comme à ceux qui sont loin, dans tous les pays où tu les as chassés à cause des sacrilèges qu’ils ont commis envers toi. 8Yahveh, à nous la honte, à nos rois, à nos princes et à nos pères, parce que nous avons péché contre toi. 9Au Seigneur, notre Dieu, la compassion et le pardon, car nous avons été rebelles envers lui[5]. 10Nous n’avons pas écouté Yahveh, notre Dieu, pour suivre ses lois qu’il avait mises devant nous par l’intermédiaire de ses serviteurs, les prophètes.

Yahveh ne se contente pas d’un aveu confus ou imprécis. Il ne suffit pas de dire « j’ai eu tort ». Le fautif doit verbaliser sa faute, confesser explicitement « en quoi il a péché » (Lévitique 5.5). Ainsi il prendra conscience de la nature et de la portée de sa rébellion et son repentir sera complet.

Daniel sait quelle cicatrice profonde la révolte contre Yahveh a laissé dans le cœur des Judéens. Il mentionne particulièrement le rejet des prophètes qui les avaient miséricordieusement avertis du danger encouru.

L’esprit qui anime le prophète de Yahveh témoigne de la l’association du Fils de Dieu, Jésus, avec les hommes (voir Apocalypse 19.10). Refuser d’écouter les prophètes ou négliger leur message c’est mépriser les paroles du Messie. Les échos de la catastrophe qui s’est abattue sur les Hébreux à l’époque de Daniel sont encore audibles aujourd’hui. Ils nous servent d’avertissement ; ils nous pressent de donner notre attention et notre adhésion aux messages des authentiques prophètes de Yahveh. « Mettez votre foi dans Yahveh, votre Dieu, et vous tiendrez. Mettez votre foi dans ses prophètes, et vous vaincrez. » (2 Chroniques 20.20)

Daniel 9.11-14Tout Israël a passé outre à ta loi et s’est écarté, sans t’écouter. Alors se sont répandues sur nous les malédictions liées aux serments qui sont écrits dans la loi de Moïse[6], serviteur de Dieu, parce que nous avons péché contre Dieu. 12Il a réalisé la parole qu’il avait prononcée contre nous et contre les chefs qui nous ont gouvernés, en faisant venir sur nous un malheur si grand qu’il n’en est jamais arrivé sous le ciel entier de semblable à celui qui est arrivé à Jérusalem. 13Comme cela est écrit dans la loi de Moïse, tout ce malheur est venu sur nous ; et nous n’avons pas cherché à apaiser Yahveh, notre Dieu, nous ne sommes pas revenus de nos fautes, nous n’avons pas discerné ta vérité[7]. 14Yahveh a veillé sur ce malheur[8], et il l’a fait venir sur nous ; car Yahveh, notre Dieu, est juste dans toutes les œuvres qu’il a faites, et (mais) nous ne l’avons pas écouté.

Souvent, quand l’échec ou le malheur s’abat sur nous, nous sommes tentés de douter de l’amour et de l’attention divine. Nous est-il resté fidèle ? Si l’on est prompt à accuser les autres d’être à l’origine de nos problèmes, on sera également enclin à blâmer le Tout-Puissant en ces circonstances !

Au contraire, lorsque l’on passe « de la mort à la vie », selon l’expression de l’apôtre Jean (1 Jean 3.14), on examine d’abord sa propre conscience. On commence alors à comprendre la nature de son propre mal, et l’on évite d’en faire porter à d’autres la responsabilité. L’incapacité de voir sa propre faiblesse et son péché trahit une mauvaise vue spirituelle. Dans la parabole de Jésus, le mal-voyant tombe dans une fosse (Matthieu 15.14). Heureusement, l’Esprit de Yahveh a pour mission première de nous ouvrir les yeux, de nous faire prendre conscience de nos fautes. Ainsi nous pouvons trouver la guérison : quel don précieux ! Voir Jean 16.8.

Les malheurs qui ont frappé les Judéens n’ont pas réussi à faire douter Daniel de l’attention divine ; au contraire, ces événements tragiques ont fortifié sa foi. Il note comment Dieu « a veillé sur le mal et l’a fait venir » (9.14, Ostervald). Or, si Yahveh a fait preuve de vigilance pour faire fondre sur son peuple les malédictions correspondant à leur infidélité, il sera tout aussi prompt à répandre les bénédictions promises à ses fidèles. Les malédictions divines sont indirectement source de bonheur, plus que les bénédictions humaines !

Daniel 9.15-19Et maintenant, Seigneur, notre Dieu, toi qui as fait sortir ton peuple d’Égypte d’une main forte et qui t’es fait un nom — voilà pourquoi il en est ainsi en ce jour — nous avons péché, nous avons agi en méchants. 16Seigneur, s’il te plaît, selon tout ce que tu fais pour la justice, que ta colère et ta fureur se détournent de ta ville, Jérusalem, ta montagne sacrée ; car, à cause de nos péchés et des fautes de nos pères, Jérusalem et ton peuple sont exposés aux outrages de tous ceux qui nous entourent. 17Maintenant donc, notre Dieu, entends ma prière et mes supplications, à moi, ton serviteur ! Pour le Seigneur, fais briller ta face sur ton sanctuaire dévasté ! 18Mon Dieu, tends l’oreille et entends ! Ouvre les yeux et vois nos lieux dévastés et la ville sur laquelle ton nom est invoqué ! Car ce n’est pas à cause de ce que nous avons fait pour la justice que nous te présentons nos supplications, c’est à cause de ta grande compassion. 19Seigneur, entends ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif ! Agis, ne tarde pas, pour toi-même, mon Dieu ! Car ton nom est invoqué sur ta ville et sur ton peuple.

Pour que Yahveh agisse, Daniel invoque une raison particulière, aujourd’hui souvent absente des prières des croyants. Daniel plaide pour le rétablissement de Jérusalem afin que le nom de Yahveh soit respecté, voire glorifié, dans le monde. Voilà ce qui le motive. Il ne se soucie pas d’abord du bien-être et de la prospérité de son peuple, mais de celles de son Dieu ! En plaidant la cause des Hébreux dans le désert, Moïse a employé le même argument (Nombres 14.11-19). Plus nous approchons de la fin de l’Histoire, plus ce changement de motivation gagnera le véritable peuple de Yahveh.

Daniel pense évidemment que la partie de la vision concernant le sanctuaire (8.14) annonce le rétablissement du temple de Jérusalem, peut-être au bout de 2 300 jours littéraux. Mais l’ange Gabriel va revenir pour éclaircir le problème et lui indiquer clairement pourquoi cette prophétie se rapporte à des jours plus lointains (Daniel 8.26).

Remarquons le souci de Daniel pour le sanctuaire « dévasté »[9]. En effet, la seule partie de la vision restée sans explication au chapitre 8, concerne le rétablissement du sanctuaire. Yahveh ne peut laisser une telle prière sans réponse ! Un messager est déjà en route ; l’humble Daniel va voir bientôt ses questions résolues. N’oubliez pas que le Créateur attache à votre personne autant de prix qu’à celle de Daniel. Il vous écoute quand vous lui parlez. Son ange est également prêt à vous expliquer cette vision.

Daniel 9.20-23Je parlais encore, je priais, je confessais mon péché et le péché d’Israël, mon peuple, et je présentais ma supplication à Yahveh, mon Dieu, en faveur de la montagne sacrée de mon Dieu ; 21je parlais encore, en prière, quand Gabriel, l’homme que j’avais vu précédemment dans la vision, s’approcha de moi d’un vol rapide[10], à l’heure de l’offrande du soir. 22Il m’instruisit en me disant : Daniel, je suis sorti, maintenant, pour te communiquer l’intelligence. 23Au commencement de tes supplications, une parole a été émise, et je suis venu te l’annoncer ; car tu es un bien-aimé. Saisis la parole et comprends la vision[11].

Le Créateur écoute les prières de ses créatures, sans aucun doute. Daniel a été entendu : « Dès que tu as commencé à prier, précise l’ange Gabriel, un message a été émis. » (9.23, Semeur) Et l’ange semble pressé de lui communiquer les nouvelles ! Dans les « bureaux » célestes, personne ne traîne les pieds. Le moindre soupir d’un fidèle de Yahveh est instantanément transmis à son trône. Plus rapide qu’un courrier électronique, la réponse en jaillit à la vitesse de l’éclair (voir Ézéchiel 1.14 et tout le chapitre 1).Vous qui ployez sous la peur ou la tristesse, voyez quelle puissance se déploie pour vous !

Pourquoi Daniel est-il un « bien-aimé » ? Pourquoi est-il désirable, agréable, en un mot précieux[12], pour le Ciel ? Yahveh aurait-il des favoris ? Non, car la vie de son Messie a été donnée à tous et pour tous (1 Timothée 4.10 ; Tite 2.11). Il a acquis un droit sur toute l’humanité (Hébreux 2.9 ; 2 Corinthiens 5.14). En offrant sa vie pour sauver le monde, il a redonné réellement la vie au monde. Cependant ce cadeau doit être accepté avec reconnaissance. Rien ne serait plus grave que le mépriser ou l’ignorer volontairement. Par son sacrifice, le Fils de Dieu a remis le cadeau du salut à chaque être humain. Pourtant chacun conserve le droit d’y renoncer, à l’exemple d’Ésaü (Genèse 25.33-34), qui possédait réellement des droits de fils aîné mais qui les vendit stupidement à son rusé cadet (voir Hébreux 12.16-17). Dans l’épître aux Romains, l’apôtre Paul explique comment le Christ (le Messie) a fait plus qu’une simple proposition de salut. Cinq fois dans un court passage (Romains 5.15-19), avec des mots différents, il affirme que le Fils de Dieu a donné « la justification qui donne la vie ».

Daniel avait appris cette bonne nouvelle, sous d’autres formes. Il avait choisi d’y croire. Pour lui, cet acte d’amour et de justice accompli par la divinité, qui touche tous les hommes, était devenu une expérience personnelle. La « justification qui donne la vie » avait suscité sa foi. En résultat, il obéissait « à la bonne nouvelle » (Romains 10.16), et donc à Dieu. Voilà pourquoi l’ange Gabriel appelle Daniel « bien-aimé ». Or « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3.16). Ce que l’ange dit à Daniel, il vous le dit aussi. Vous êtes aussi un ou une bien-aimé(e), qui que vous soyez. C’est parce que Dieu vous a aimé personnellement, d’avance, qu’il a donné son Fils !

« Comprends ce message, demande l’ange Gabriel, et fais comprendre[13] la vision. » (9.23) A quelle « vision » (mareh) l’ange fait-il allusion ici ? Ce doit être la vision précédente, celle du chapitre 8, que Gabriel n’a pu expliquer entièrement à Daniel, ce dernier étant pris d’un malaise (cf. 8.18, 27). Ses explications ont été satisfaisantes sauf sur un point : les 2 300 soirs et matins et le rétablissement juridique du sanctuaire (8.14). L’ange reprend donc ses explications là où il les a laissées, en 8.26 : « La vision (mareh) des soirs et des matins dont il s’agit est véritable. Pour toi, tiens secrète la vision (hazon), car elle se rapporte à des temps éloignés[14]. »

Pour se référer à l’ensemble de la vision prophétique, Daniel et Gabriel utilisent un terme spécifique : chazon (8.1, 8.2, 8.15). Chazon désigne un récit symbolique dont la signification doit être décodée. La conversation entre deux anges au sujet des 2 300 jours ne relève pas entièrement du même ordre. Mareh, simple participe du verbe ra’ah, se réfère à ce qu’on voit ou entend habituellement. Chazon désigne le bélier, le bouc et la petite corne. Mareh indique la conversation entre deux anges au sujet des 2 300 jours. A ce sujet, Daniel avait avoué en 8.27 : « J’étais épouvanté par cette vision (mareh) et je ne la comprenais[15] pas. » Daniel ne comprend pas ce qu’il a entendu des deux anges (mareh). L’ange revient et lui dit : « J’ai un message pour toi à ce sujet : comprends-le et fais ainsi comprendre ce que tu as entendu (mareh). »

Les propos qui vont suivre (9.24 et ss.) constituent donc un point de départ incontournable pour situer les 2 300 jours et la défense du sanctuaire céleste devant l’Assemblée de l’univers[16]. Les soixante-dix semaines révélées par l’ange Gabriel au chapitre 9 sont intimement liées aux 2 300 jours du chapitre 8.