Daniel : une lumière à Babylone

Daniel 8:5-8 : traduction annotée

22 Juin 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Le livre de Daniel

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5. Puis, voici ce que je discerner : un bouc des chèvress vient du soleil couchantt en couvrant toute la régionu mais sans s’implanter dans cette régionv. Or ce Bouc [a] une corne éminentew entre les yeux. 6. Il vient jusqu’au bélier, [le] maîtrex des cornes que j’ai vu debout face au passage ; il court vers lui dans la fièvre de sa force. 7. Je le vois rejoindre le Bélier. Il s’irritey contre lui, il attaquez le bélier, il lui briseaa les deux cornes : il n’y aura pas de force dans ce Bélier pour tenir face à lui. Il le fait tomber à terre, il le piétine : pour le bélier, il n’y aura pas de libérateurbb de son pouvoir. 8. Le bouc des chèvres est devenu puissantcc à l’extrême mais, en pleine expansiondd, cette fameuse grande corneee a été briséeff. Ensuitegg, à sa place, s’élèvent quatre visions éminenteshh, en rapport avec les quatre brisesii des cieuxjj.

r. Participe hifil de biyn (בִּין), «discerner, comprendre, considérer, distinguer, remarquer, prendre garde». Voir Daniel 1.4, 8.23, 8.27. Cf. Psaumes 33.15, 119.130.

s. צְפִיר-הָעִזִּים. Bouc: hébreu tsaphir (צָפִיר). La racine (צָפַר) n’est employée qu’en Juges 7.3 et doit signifier d’après le contexte «s’éloigner, s’enfuir», ou «tourner» daprès la Bible du rabbinat français. Chèvre: hébreu ‘ez (עֵז), la racine azaz (עָזַז) signifiant «être fort, prévaloir». Il s’agit d’un animal à la fois fuyard et effronté, apparemment lâche mais rusé.

t. C’est-à-dire de l’Ouest. Hébreu מִן-הַמַּעֲרָב et non מִמַּעֲרָב (Psaume 103:12) : seule fois où «occident», maarav (מַעֲרָב), est employé précédé du démonstratif (ה). Il ne s’agit donc pas de loccident en général mais d’un occident particulier, qui se réfère à quelque chose de déjà connu dans ce livre, probablement le troisième animal du chapitre7. La racine arav (עָרַב) signifie «se faire tard, devenir sombre». Ce bouc, la Grèce (cf. 8.21), va sortir véritablement de l’ombre sur le plan politique, ce qui n’était pas prévisible à l’époque de Daniel, car «cet occident-là» (הַמַּעֲרָב) était encore loin de la Palestine et des ses préoccupations, au niveau culturel comme au niveau géopolitique. Mais, trois siècles plus tard, les choses auront bien changé.

u. עַל-פְּנֵי כָל-הָאָרֶץ : notez le démonstratif (ה) devant arets (אָרֶץ), «terre, pays, sol, région». Il s’agit d’une conquête systématique de cette région-là, celle dont on parle dans la prophétie, donc celle qui était contrôlée précédemment par les Perses.

vוְאֵין נוֹגֵעַ, בָּאָרֶץ  Mot-à-mot : «mais rien ne touche (n’atteint, ne parvient) dans (ב) cette région». D’où le caractère éphémère de l’empire d’Alexandre le Grand.

w. קֶרֶן חָזוּת, «une corne éminente» ou «une puissance visionnaire». Corne: qeren (קֶרֶן), voir note j. Éminente: hazuwth (חָזוּת), «vision(s), oracle(s), prophétie(s), position(s) éminente(s)»; vient de hazah (חָזָה), voir note b. On pourrait traduire «une corne symbolique, prophétique». Contrairement à son cousin hazon (8.1), hazuwth, peu fréquent, n’apparaît que 6fois dans la Bible dont 2 fois dans Daniel (8.5 et 8.8) et 3 fois dans Ésaïe. Dans Ésaïe il apparaît chaque fois dans un contexte négatif: une vision terrible (21.2), un pacte avec les morts (28.18), une révélation scellée, inaccessible (29.11). Dans 2Chroniques 9.29, ce mot a été vocalisé hazowth (חֲזוֹת) par les massorètes («les révélations du voyant Yadiyh sur Jéroboam»): hazuwth peut donc désigner aussi un ensemble de prophéties ou de visions, conformément à la structure inclusive de la pensée hébraïque.

xבַּעַל הַקְּרָנַיִם L’hébreu ba‘al (בַּעַל) se traduit «maître, seigneur, possesseur». La racine correspondant signifie «épouser (!), dominer, posséder».

y. Hébreu marar (מָרַר), «être amer», au hithpalpel. Idem en Daniel 11.11.

z. Hébreu nakah (נָכָה), «frapper, tuer, battre, détruire, conquérir», au hiphil (causatif).

aa. Hébreu shabar (שָׁבַר), «briser, casser en morceaux», ici au piel (intensif).

bb. Participe hiphil de natsal (נָצַל), «saisir, délivrer, sauver, dépouiller, piller».

cc. Ou «s’est agrandi», gadal (גָּדַל) au hiphil.

dd. כְעָצְמוֹ: préfixe כְ et infinitif hiphil de ‘atsam (עָצַם), «être vaste, être nombreux, être puissant», avec suffixe masculin singulier.

ee. הַקֶּרֶן הַגְּדֹלָה  La corne n’est plus «visionnaire» ou «éminente» (hazuwth) comme en 8.5. Devenue trop étendue et puissante (gadal, 8.8 et note cc), elle succombe sous son propre poids. Le double démonstratif hé (ה) motive l’ajout de «fameuse» dans la traduction.

ff. shabar (שָׁבַר), dont le niphal sonne comme le glas du piel en 8.7. Voir note aa.

gg. Retour de l’inaccompli avec waw (ו), temps du récit, alors que la phrase précédente est à l’accompli (sans waw).

hh. Ou «quatre oracles» (חָזוּת אַרְבַּע). Pour chazuwth (חָזוּת), voir 8.5 et note w. L’absence du mot corne (qeren קֶּרֶן) est intentionnelle. Ce mot est réservé pour la petite corne qui suit : cette dernière est donc le vrai successeur à la fois de la Perse-Babylonie (le bélier) et des empires grecs (le bouc).

ii. «en rapport avec» traduit la préposition לְ. Le mot hébreu ruah (רוּחַ), «vent, souffle», est féminin, ce qui peut être important pour la compréhension du verset suivant, d’où la traduction «brise». Dans la Bible hébraïque, l’expression «quatre vents des cieux» peut désigner les quatre points cardinaux comme symboliser les puissances surnaturelles qui protègent ou agitent la mer des forces humaines, selon que YAHVEH les mandate : pour protéger ou pour appliquer un jugement. Le jugement peut s’exécuter directement, comme dans le cas du déluge, ou en permettant aux forces surnaturelles du mal de nuire, dans certaines limites, comme dans le cas des guerres menées contre le royaume d’Israël ou de Juda par les grandes puissances du Moyen-Orient ancien. Dans Daniel, les quatre vents font surgir de la mer humaine les quatre animaux du chapitre 7. Voir Daniel 7.2, 11.4; Jérémie 49.36;Zacharie 6.5. Voir aussi 1 Chroniques 9.24; Ézéchiel 37.9; Zacharie 2.6. Dans le nouveau Testament, voir Mathieu 24.31 (Marc 13.27); Apocalypse 7.1.

jj. Hébreu shamayim (שָּׁמָיִם), sorte de duel de la racine shamah (שׁמה), «être haut», ce qui laisse supposer l’existence de plusieurs «ciels», c’est-à-dire de différents niveaux dans le surnaturel (anges et Dieu).

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