Daniel : une lumière à Babylone

Daniel 8:1-4 : traduction annotée

14 Juin 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Le livre de Daniel

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1. Pendant la troisième année par rapport au roi Belchatsara, une visionb se présente à moi, Daniel, en différéc de la vision présentée à moi en premier [dans l’affliction]d. 2. Je regarde dans la vision et voici que, dans ma vision, je me trouve à Suse, la place forte rattachée au districte d’Elamf. Je regarde dans la vision et je me trouve près du passageg d’Oulaïh. 3. Je lève les yeux, je regarde et voici un bélier extraordinairei, debout devant le passage, muni de cornesj et ces cornes sont dominatricesk, mais l’une plus dominatrice que l’autre et cette dominatrice-là s’élève en dernierl. 4. J’ai vu ce bélier frapper sans pitiém vers la Mer [l’Ouest]n, vers le Nord et vers le Sud. Aucun être vivant ne peut se maintenir face à lui, personne pour libérer de son pouvoiro. Il agirap selon son bon plaisir et deviendra puissantq.

a. Deux ans se sont donc écoulés depuis la prophétie du chapitre 7 (cf. 7.1). Cela suggère que cette vision était lourde à porter pour Daniel, rien que par son ampleur historique. Les trois années de Belchatsar mentionnées dans Daniel sont les trois années qui intéressent le temps de cette prophétie, comme le suggère le récit de Daniel 5 et l’emploi de la préposition lamed (לְ) traduite ici «par rapport au». Il s’agit donc des trois dernières années seulement de Belchatsar, celles qui précèdent la prise de pouvoir par le «messie» perse Cyrus.  Voir le rôle de Cyrus dans Esdras 5.13-17 et les trois mentions de Cyrus dans Ésaïe (44.28, 45.1, 45.13). Historiquement nous sommes donc vers 539–540, à la fin du «règne» de Belchatsar à Babylone, en corégence avec son père Nabonide. De grands bouleversements politiques sont proches et Daniel doit avoir une vision d’avenir!

b. Hébreu hazon (חָזוֹן), mot courant pour «vision, apparition». Vient de la racine hazah (חָזָה) qui signifie «voir, apercevoir, prophétiser, deviner par l’intelligence». Voir hazuwth (חָזוּת), «vision, position ou apparence éminente, oracle» (8.5 : une corne éminente; 8.8 : une vision éminente).

c. Hébreu ‘achar (אַחַר), «après, derrière, ensuite». La racine signifie: retarder, hésiter, différer. Ce terme établit un lien avec la vision précédente.

d. Hébreu techillah (תְּחִלָּה), «commencement, premier, d’abord». Peut dériver de trois racines différentes: chalal (חָלַל), «débuter, commencer», mais aussi «profaner, souiller, polluer, blesser, tuer», allusion à la onzième corne de Daniel7; chalah (חָלָה), «être ou devenir faible, malade, affligé», allusion à l’épouvante de Daniel suite à la vision précédente, mais aussi «supplier, prier, mendier», voir 9.21 et 9.23; chuwl (חוּל), «tordre, tourner sur soi, trembler, être dans les douleurs, l’angoisse».

e. Hébreu mediynah (מְּדִינָה), «siège du gouvernement et de la justice». Vient de la racine diyn (דִּין), «rendre un jugement, contester, plaider, défendre une cause, être en querelle».

f. Province à l’est de Babylone et au nord-est du Tigre, non loin de la Perse qui bientôt va prendre le contrôle de l’empire babylonien à l'époque ou Daniel reçoit cette vision. «Elam» vient probablement de la racine alam (עָלַם), «cacher, dissimuler, secret».

g. Hébreu uwbal (אֻבָל), mot seulement utilisé dans Daniel 8. La racine yabal (יָבַל) signifie : «apporter, amener, conduire, porter, transporter». Voir son utilisation dans Job 10.19; Psaume 60.11, 108.11; Ésaïe 55.12; Jérémie 11.19, 31.9; Osée 10.6, 12.1; Sophonie 3.10 (voir tous les usages). Le «substantif» yabal (יָבָל), traduit par «courants», n’est employé que deux fois (Ésaïe 30.25, 44.4) et est toujours suivi de mayim (מָ֫יִם), «eaux». La Bible de Jérusalem traduit ici: «porte d’Ulaï».

h. Mot perse qui signifie «mes chefs (puissants)», mais aussi «eau boueuse», d’où la traduction fréquente: «fleuve Oulaï».

i. Hébreu echad (אֶחָד), «un, un certain, l’autre, chaque, seul, unique, onze». La racine ‘achad comporte l’idée de rassembler, d’associer. Un bélier «leader»?

j. Hébreu qeren (קֶ֫רֶן), «corne, force», mot féminin ici accordé au duel (קְרָנָיִם), terminaison masculine. La racine correspondante signifie «briller, rayonner». Ainsi le prophète Habacuc (v. 630 av. J.-C.) a pu écrire que la gloire de Dieu est «comme l’éclat de la lumière; des rayons [qeren] partent de sa main: là réside sa force» (3.4). Qeren prend le sens de «puissance, force» dans les passages suivants: 1 Samuel 2.1, 10 ; 2 Samuel 22.3; Psaumes 18.3, 75.11, 89.18, 132.17, 148.14; Jérémie 48.25; Lamentations 2.3, 17; Ézéchiel 29.21; Amos 6.13. Par analogie et par inclusion, qeren peut aussi désigner la tête, par exemple en Psaume 112.9.

k. Hébreu gaboah (גָּבֹהַּ), «haut, exalté, élevé, orgueilleux, hautain, arrogant».

l. Hébreu baacharonah (בָּאַחֲרֹנָֽה), acharon (אַחֲרוֺן) signifiant «derrière, suivant». Dans Joël 2.20 et Zacharie 14.8‘acharon, «suivant», est associé à son opposé qadmoniy (קַּדְמוֹנִי), «précédent» pour former les expressions «mer orientale» (הַיָּם הַקַּדְמוֹנִי) et «mer occidentale» (הַיָּם הָאַחֲרוֹן). On pourrait donc traduire «à l’Occident», la Perse étant à l’Ouest du royaume des Mèdes.

m. Le verbe nagach (נָגַח), «pousser, frapper, heurter», est utilisé ici au mode intensif (piel), ce qui porte l’idée d’une guerre totale, d’un pouvoir absolu: voir Deutéronome 33.17; 1 Rois 22.11; Psaume 44.5; Ézéchiel 34.21. Daniel 11.40 présente la seule utilisation de cette racine au hithpael : «le roi du midi se heurtera contre lui». Pour le mode qal voir par exemple Exode 21.28.

n. L’hébreu yam (יָם) désigne la mer en général. Dans la représentation hébraïque du monde, il s’agit a priori de la Méditerranée. Comparez l’extension de l’empire perse par rapport à l’empire babylonien au moyen d’une carte historique afin de constater la réalité de cette prophétie.

o. Littéralement: «de sa main».

p. Conjugaison à l’accompli précédé du préfixe vaw (וְ), typique de l’oracle prophétique : l’action, bien que située dans l’avenir, est considérée comme achevée, certaine.

q. Ou «s’agrandira». Accompli au mode hifil (causatif) de la racine gadal (גָּדַל) qui peut signifier «croître, devenir grand, être grand, être élevé ou important, promouvoir, rendre puissant, glorifier, faire de grandes choses».

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