Daniel : une lumière à Babylone

Daniel 6 : Sous la dent des lions

25 Janvier 2017 , Rédigé par Daniel à Babylone Publié dans #Le livre de Daniel

Daniel 6.1*-5Darius[21] trouva bon d’établir sur le royaume cent-vingt satrapes répartis dans tout le royaume. 2Il mit à leur tête trois chefs — l’un d’eux était Daniel — à qui ces satrapes devaient rendre compte, afin que le roi ne subisse aucun préjudice. 3Daniel lui-même surpassait les chefs et les satrapes, parce qu’il y avait en lui un souffle extraordinaire ; et le roi projetait de le placer à la tête de tout le royaume. 4Alors les chefs et les satrapes se mirent en quête d’une affaire d’État pour accuser Daniel. Mais ils ne purent trouver aucun motif d’accusation, aucune erreur, parce qu’il était digne de confiance, et qu’on ne trouvait chez lui ni négligence, ni erreur. 5Alors ces hommes dirent : Nous ne trouverons aucun motif d’accusation contre ce Daniel, à moins que nous n’en trouvions un dans la loi de son Dieu.  * Correspond parfois à 6.2.

21. Sur Darius le Mède voir note 19, p. 76. Voir aussi Daniel 9.1.

Daniel était connu des Perses depuis son séjour à Suse, où vivaient de nombreux Judéens déportés (voir Daniel 8.2). Ils reconnaissaient ses compétences et sa probité. Ils appré­ciaient aussi son « esprit supérieur » (6.2, Segond révisée). Darius, nouveau monarque, préférait déléguer son autorité pour éviter d’être surchargé de travail. Il accordait une confiance sans limites à Daniel et voulait le placer à la tête de tous les fonctionnaires.

Les deux autres chefs et leurs cent-vingt subordonnés acceptaient probablement la corruption et les détournements de fonds. Désireux d’empocher un pourcentage des taxes collectées, ils n’étaient pas pressés de répondre aux ques­tions précises et honnêtes de Daniel quand ils lui présente­raient leurs rapports. Daniel ne tolérerait aucune extor­sion. Le vieil homme avait adopté le principe formulé plus tard ainsi par le Messie : «Rendez à César ce qui est à César.» (Matthieu 22.17-21) Darius savait bien que Daniel rendait fidèlement à son Dieu ce qu’il lui devait ; il n’avait donc aucun doute sur son honnêteté. Daniel ne manquerait pas de réclamer le paiement intégral des taxes collectées pour son gouvernement.

La persécution religieuse est sournoise et détestable. Jaloux de Daniel, ces satrapes et leurs ministres étaient à l’affût d’un motif d’accusation relatif à la foi du Judéen. Pour réaliser leur noir dessein, ils s’abaissèrent à employer des méthodes perfides.

Daniel 6.6-9Alors ces ministres et ces satrapes se précipitèrent chez le roi et lui parlèrent ainsi : « O roi Darius ! Vis à jamais ! 7Tous les ministres du royaume, les intendants et les satrapes, les conseillers et les gou­ver­neurs, ont tenu conseil pour établir une constitution royale et mettre en vigueur un interdit : Quiconque, durant trente jours, adresserait une prière à quelque dieu ou homme excepté toi-même, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions. 8Maintenant donc, ô roi ! il faut que tu éta­blisses l’interdit et signes le rescrit, qu’on ne devra pas modifier, selon la loi des Mèdes et des Perses qui est irrévocable. » 9Là-dessus, le roi Darius signa le rescrit et l’interdit.

Ces notables prirent le roi par surprise. Il signa avant d’avoir eu le temps de comprendre quel dessein malhon­nête se cachait derrière la nouvelle législation. Le prétexte utilisé par les ennemis de Daniel était plausible. En effet, Babylone venant d’être conquise, de l’agitation et des sen­ti­ments de révolte contre le nouveau gouvernement sub­sistaient sans doute dans la province. Le nouveau décret permettrait d’éprouver la loyauté des fiers Chaldéens récemment soumis aux Mèdes et aux Perses. Supposant que Daniel approuvait le projet de loi, le roi le signa sans hésiter. Grande allait être sa déception.

Nous voilà plongés de nouveau au cœur du grand conflit entre Yahveh et Satan. Les enjeux de ce dé­cret dépas­saient de loin le cadre de ­la poli­tique locale. Ces hommes qui haïssaient Daniel n’étaient que des instru­ments entre les mains du diable. L’ange rebelle en effet ne pouvait que détester l’honnêteté de l’humble serviteur de Yahveh. Ses ennemis trouvaient le tour très adroit : ils se félicitaient d’en être bientôt débarassés. Le courage manifesté par l’intrépide Judéen en cette circonstance est bouleversant :

Daniel 6.10Lorsque Daniel sut que le décret était si­gné, il monta chez lui, dans la chambre à l’étage dont les fenêtres étaient ouvertes dans la direction de Jérusa­lem ; trois fois par jour il se mettait à genoux, il priait et louait son Dieu, comme il le faisait auparavant.

Allait-il cesser de prier, au moment où il avait le plus besoin de protection divine ? Non, Daniel mourrait plutôt que d’essayer de vivre détaché de Yahveh. Sa déter­mi­nation a pu inspirer ceux qui plus tard ont rédigé la Constitution américaine. Cette dernière stipule en effet qu’aucune puis­sance sur terre n’a le droit de s’inter­poser entre un individu et sa relation personnelle avec Dieu. Sans s’en rendre compte, Daniel allumait un flambeau dont la lumière se projetterait jusqu’à l’époque moderne, même jusqu’à nous, au xxie siècle !

Cette coutume de prier trois fois par jour dérive certai­nement du Psaume de David : « Mais moi, je crierai à Dieu, et l’Éternel me sauvera. Le soir, et le matin, et à midi, je crierai et je gémirai, et il entendra ma voix. » (Psaume 55.16-17, Ostervald) Puisqu’il avait l’habitude de prier à voix haute, il n’allait pas y mettre un terme parce qu’une loi l’interdisait. D’ailleurs prier à voix haute pré­sente beaucoup d’avantages : pour nous-mêmes qui clari­fions ainsi nos pensées et pour ceux qui nous entendent, hommes et anges fidèles à Dieu.

Daniel 6.11-13Alors ces hommes se précipitèrent et trouvèrent Daniel qui suppliait et invoquait son Dieu. 12Puis ils allèrent trouver le roi et lui parlèrent de l’inter­diction royale : N’as-tu pas signé une interdiction sti­pu­lant que quiconque, pendant trente jours, adresserait des prières à un autre dieu ou à un autre homme que toi, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions ? Le roi répondit : La chose est certaine, selon la loi des Mèdes et des Perses qui ne peut être abrogée. 13Ils prirent de nou­veau la parole et dirent, devant le roi : Daniel, l’un des exilés de Juda, n’a tenu aucun compte de toi, ô roi, ni de l’interdiction que tu as signée, et il fait sa prière trois fois par jour.

Naturellement les cent-vingt responsables du gouverne­ment n’étaient pas présents pour observer Daniel et l’accu­ser devant le roi. Un petit groupe seulement les représen­tait. Observons en tous cas comment les accusateurs parlent avec mépris de ce « Daniel, l’un des exilés de Juda ». Ils pour­raient montrer plus de respect pour leur pre­mier ministre ! « Tous ceux qui sont décidés à vivre dans l’attachement à Dieu par leur union avec Jésus-Christ connaîtront la persé­cution », écrivait, non sans inspiration, l’apôtre Paul (2 Ti­mothée 3.12, Semeur).

Il était faux de prétendre que Daniel n’avait « aucun respect » pour son souverain (6.13, Parole de Vie), et le roi le savait. Il comprit soudain le méchant dessein dissimulé derrière le décret. Ce projet de loi lui avait été présenté si vite… Ah ! si seulement il avait refusé de le signer !

Daniel 6.14-17Le roi fut très affligé quand il enten­dit cela ; il voulut délivrer Daniel ; jusqu’au coucher du soleil il s’efforça de le délivrer. 15Mais ces hommes se préci­pitèrent à nouveau chez le roi et dirent au roi : Sache, ô roi, que la loi des Mèdes et des Perses exige que toute interdiction ou tout décret confirmé par le roi soit irrévo­cable. 16Alors le roi ordonna d’amener Daniel et de le jeter dans la fosse aux lions. Le roi dit à Daniel : Ton Dieu, que tu sers avec persévérance, te délivrera ! 17On ap­porta une pierre et on la mit sur l’ouverture de la fosse ; le roi la scella de son anneau et de l’anneau de ses grands, afin que rien ne soit changé à l’égard de Daniel.

Le dernier roi perse achéménide avant la conquête d’Alexandre, Darius iii (336-330 av. J.�C.), en colère, aurait condamné à mort un certain Charidemos. Il raconte avoir regretté immédiatement sa décision ; il se blâme pour cette « grave erreur ». Mais, ajoute-t-il, « il était impossible d’annuler une décision royale ». Ainsi le récit de Daniel trouve un pendant dans les textes historiques. D’autres textes anciens parlent de lions en captivité servant à infliger des tortures, en particulier chez les rois Perses.

Ici, le roi craignit de ne pouvoir sauver Daniel sans perdre sa position royale. Pour son honneur et pour son trône, il accepta de livrer un innocent à la mort. La mort allait pourtant lui ravir son trône moins de deux ans plus tard. Daniel, le « bien-aimé » du Ciel (9.23 ; 10.11, 19) fut traité comme son Maître, le Messie, le serait plus tard. En effet, Pilate lui aussi a livré Jésus-Christ à la peine capitale afin de conserver son poste de gouverneur.

Remarquons cependant la façon dont Yahveh résoud ici le problème. Il laisse les choses suivre leur cours et permet à ces méchants hommes de réaliser entièrement leur projet funeste. Mais cela va permettre une démonstration écla­tante de la qualité de ses jugements. Rappelez-vous ce récit lorsque les événements vous semblent contraires. « Même la fureur des hommes fait ta gloire », chantait Asaf (Psaume 76.10).

D’autre part, le Seigneur de l’univers aurait été bien en peine de réaliser une pareille délivrance, s’il n’avait pas eu pour lui un homme comme Daniel, qui lui fasse entière­ment confiance. Sa fidélité a donné à Dieu l’occasion d’agir ! Darius, le représentant des Perses à Babylone, ne con­naissait pas le Dieu de Daniel. Il avait seulement entendu parler de lui. Il allait à présent être en contact personnel avec la puissance et l’amour du Dieu du Ciel.

Daniel 6.18-24Le roi se rendit ensuite dans son pa­lais ; il passa la nuit à jeun et il ne fit pas venir de con­cubine auprès de lui ; le sommeil le fuyait. 19Le roi se leva au point du jour, avec l’aurore, et il se rendit en toute hâte à la fosse aux lions. 20En s’approchant de la fosse, il appela Daniel d’une voix triste. Le roi demanda à Da­niel : Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu, que tu sers avec persévérance, a-t-il pu te délivrer des lions ? 21Et Daniel dit au roi : O roi, puisses-tu vivre toujours ! 22Mon Dieu a envoyé son messager pour fermer la gueule des lions ; ils ne m’ont fait aucun mal, parce que j’ai été trouvé innocent devant lui ; et devant toi non plus, ô roi, je n’ai rien fait de mal. 23Alors le roi, tout joyeux, ordonna qu’on retire Daniel de la fosse. Daniel fut retiré de la fosse et on le trouva indemne, parce qu’il avait mis sa foi en son Dieu. 24Le roi ordonna qu’on amène les hommes qui avaient accusé Daniel et qu’on les jette dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants et leurs femmes ; ils n’étaient pas arrivés au fond de la fosse que les lions s’étaient rués sur eux et leur avaient brisé tous les os.

Sorti indemne de la fosse aux lions, Daniel aurait pu se permettre de blâmer le roi pour l’avoir laissé condamner. Mais il ne lui adresse aucun reproche. Néanmoins il lui rap­pelle explicite­ment son innocence et souligne par là l’injus­tice dont il a été victime. Voilà une attitude appropriée.

Un ange de Yahveh était descendu avec Daniel dans la fosse et avait rendu les lions calmes et dociles. Selon la Bi­ble, les lions étaient apprivoisés à la création du monde, avant l’introduction du mal sur notre planète. Il en sera de même sur la nouvelle Terre, notre planète restaurée par le Créateur après la destruction finale du mal (voir Ésaïe 11.6‑9 ; Job 5.22-27). Daniel connut là probablement l’une des nuits les plus agréables de sa vie. Il tint compagnie à l’ange de Yahveh. A coup sûr, il fut plus heureux dans cette fosse, accompagné de l’envoyé de Yahveh, que le roi insom­niaque dans son palais ! L’Esprit de Yahveh est à nos côtés dans toute épreuve ou persécution que nous pourrions subir en rapport avec le Messie. Notre loyauté au Roi de l’univers nous permet d’ignorer la peur, quoi que l’on puisse faire contre nous. Cette aventure extraordinaire de Daniel est évoquée dans l’épître aux Hébreux, où l’on mentionne ceux qui, par la foi, « mu­selèrent la gueule des lions » (Hébreux 11.33).

Daniel 6.25-28Après cela, le roi Darius écrivit aux gens de tous peuples, nations et langues qui habitaient sur toute la terre : « Que votre paix soit grande ! 26Je donne l’ordre que, dans toute l’étendue de mon royaume, on ait de la crainte et du respect devant le Dieu de Daniel. Car il est le Dieu vivant et il subsiste toujours ! Son royaume ne sera jamais détruit, et sa domination durera jusqu’à la fin. 27C’est lui qui délivre et qui sauve, qui produit des signes et des prodiges dans le ciel et sur la terre. C’est lui qui a délivré Daniel de la griffe des lions. » 28Daniel lui-même prospéra sous le règne de Darius et sous le règne de Cyrus le Perse.

Daniel avait plus de 80 ans au moment des faits. Le se­cours hors du commun dont il bénéficia l’encouragea beaucoup. La plupart des visions qu’il nous rapporte dans son livre sont postérieures. Sa vocation d’écrivain s’épanouit enfin !

Cher lecteur, vous êtes au service de Dieu aussi bien que Daniel. Quand les choses semblent tourner mal pour vous, ne vous découragez donc pas ! Quand des soldats sans scru­pules se saisirent du vieil homme pour le jeter aux lions, il fut sans doute tenté de croire que Yahveh l’avait abandonné. Parfois nous aussi nous sommes enclins à penser que Dieu nous a oubliés. Mais non, il ne le fera jamais. Dans les heures sombres, si votre cœur reste attaché à Dieu, votre paix et votre joie seront les mêmes qu’aux jours prospères.

L’exemple de Daniel prouve qu’un homme d’État peut être honnête et juste, instruit par Dieu à chaque étape. De même, un homme d’affaires, converti et soucieux des inté­rêts célestes, peut ressembler en tous points à Daniel. Daniel réussissait partout. Le tact, la courteoisie, la bonté et la fidélité à des principes marquaient son passage. Même ses ennemis durent s’avouer incapable de trouver le moindre motif d’accusation contre lui, « parce qu’il était digne de confiance » (Daniel 6.4).

Daniel était-il donc naturellement bon ? Si oui, nous n’a­vons guère d’espoir de lui ressembler. Mais non, Daniel est né avec la même nature que la nôtre, marquée par le péché et hostile à Dieu. Mais ses parents ont dû lui enseigner les principes fondateurs de l’Évangile. Dieu a bien annoncé la bonne nouvelle du salut à Abraham : le Saint-Esprit a pu l’annoncer aussi à Daniel (Galates 3.8). Daniel manifestait un caractère semblable à celui du Messie : pécheur par nature, il croyait aux vertus du Fils de Dieu. Portée par la vie divine, sa foi se traduisait par des actes (Galates 5.6).

Notre monde actuel a besoin d’hommes politiques, de fonctionnaires d’État et d’entrepreneurs honnêtes et désin­téressés comme Daniel. Notre Sauveur, notre seul véritable prêtre, est capable « de sauver parfaitement ceux qui s’ap­prochent de Dieu par lui » (Hébreux 7.25). Choisissez de lui confier votre être et il vous communiquera la faculté de ré­sister à toute tentation, que vous soyiez quelqu’un d’impor­tant ou non.

Que Dieu donne à tous les croyants sincères le courage de prendre position pour ce qui est juste, comme Daniel. « Heureux l’homme qui tient ferme face à la tentation ! » s’exclame l’apôtre Jacques, « car après avoir fait ses preu­ves, il recevra la couronne du vainqueur : la vie que Dieu a promise à ceux qui l’aiment. » (Jacques 1.12)

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