Daniel : une lumière à Babylone

Daniel 5 : La fête est finie !

25 Janvier 2017 , Rédigé par Daniel à Babylone Publié dans #Le livre de Daniel

Daniel 5.1Le roi Belshatsar fit un grand festin pour ses dignitaires, au nombre de mille, et en présence des mille il but du vin.

Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis le chapitre pré­cédent. Belshatsar est le fils de Nabonide, le dernier roi de Babylone. Comme semble l’indiquer le livre de Daniel (cf. Daniel 7.1 ; 8.1 ; 9.1), il a pu devenir le personnage principal de Babylone environ trois ans avant sa chute[17], soit vers 541.

Deux ans plus tard, un affrontement a lieu entre les armées médo-persanes et les troupes babyloniennes, en dehors de la capitale. Mis en déroute, les Babyloniens trou­vent un abri derrière les murs épais de leur cité. Les portes sont fermées et le siège commence. Les Babyloniens conti­nuent néanmoins de railler leurs assaillants. Leur ville n’est-elle pas imprenable ? Et leurs provisions ne sont-elles pas suffisantes pour vingt ans ?

Pourtant, les citoyens et les dirigeants du fier Empire babylonien ignorent qu’ils vivent à présent leur dernière nuit. La recherche du plaisir, l’excitation de la danse et l’ivresse de la boisson occupent tous les esprits. Cependant, à leur insu, les « veilleurs célestes » évaluent chaque Baby­lonien à la mesure de la justice divine. Les malheureux sont trouvés trop légers dans les balances célestes. Un verdict de condamnation sans appel tombe. En regardant le soleil décliner à l’ouest des tours babyloniennes, le roi Belshatsar est loin de se douter qu’il ne verra pas son lever. De même, aujourd’hui, nous ferions bien de prendre au sérieux cet avertissement donné par le Sauveur du monde : « Atten­tion ! Ne passez pas tout votre temps à faire la fête, à boire, ou à vous faire du souci pour votre vie. Sinon, le jour du Fils de l’homme viendra quand vous ne l’attendez pas. Le filet prend les poissons par surprise. De la même façon, ce jour-là surprendra tous les habitants de la terre. » (Luc 21.34-35, Parole de Vie)

Les fouilles archéologiques sur le site de l’antique Baby­lone ont mis à jour une salle qui a très probablement servi au dernier banquet de Belshatsar. Elle atteint près de 53 mètres de long sur plus de 17 de large. L’un de ses murs comporte en son centre un niche qui abritait sans doute la table royale. Les murs sont encore recouverts d’un crépi blanc. Les textes anciens nous confirment l’existence de réceptions démesurées chez les rois de l’Antiquité. Un roi perse aurait accueilli 15 000 personnes à sa table, tandis qu’Alexandre le Grand se serait contenté de 10 000. Dans la Bible hébraïque, le livre d’Esther nous parle d’une grande fête donnée par le roi perse Xerxès ier, qui régna de 486 à 465 av. J.-C. Nul doute que « le grand festin » de Belshatsar offrait un affligeant spectacle de dérè­glements de toutes sortes. Selon l’écrivain grec Xéno­phon (v. 430 - v. 355 av. J.-C.), les Babyloniens avaient un jour de fête où toute la population passait la nuit à boire et à réveillonner. C’est sans doute ce jour-là que Belshatsar avait choisi pour festoyer et que les Mèdes choisirent pour attaquer.

Daniel 5.2-4Sous l’effet du vin, Belshatsar ordonna d’apporter les coupes d’or et d’argent que son père Nabu­chodonosor avait enlevées du temple de Jérusalem, afin que le roi y boive, ainsi que ses femmes, ses concubines et ses grands. 3Alors on apporta les coupes d’or qui avaient été enlevées du temple, de la maison de Dieu à Jéru­salem ; et le roi, ses grands, ses femmes et ses concubines y burent. 4Ils burent du vin et ils louèrent les dieux d’or, d’argent, de bronze, de fer, de bois et de pierre.

Pendant cette fête on avait certainement prévu de rendre hommage aux divinités babyloniennes afin de les remercier pour la victoire obtenue, voulait-on penser, sur le Dieu des cieux et sur le royaume de Juda. Les Judéens avaient été soumis à l’époque de Nabuchodonosor, le grand-père de Belshatsar, décédé depuis une vingtaine d’années déjà. Sous l’empire du vin, le jeune régent, non sans malice, demanda à boire dans les vases sacrés conçus pour le culte de Yahveh (voir Exode 31.1-11). Bien sûr, Belshatsar avait entendu parler de lui, mais il voulait l’insulter.

Certains Babyloniens réfléchis respectaient le Dieu créa­teur. A l’instar de plusieurs de nos contemporains, ils désapprouvaient la désinvolture avec laquelle la majorité s’abandonnait à l’immoralité. Ce mépris pour le Dieu saint n’était probablement pas nouveau. Jusqu’ici le Ciel avait supporté le blasphème sans rien dire, mais, cette nuit-là, le crime allait enfin être puni. Alors que Belshatsar portait la coupe sacrée à ses lèvres, il pâlit soudain. Terrorisé par ce qu’il voyait, il ne pouvait maîtriser le tremblement qui l’avait saisi.

Daniel 5.5-9A ce moment-là apparut une main d’homme, dont les doigts se mirent à écrire, en face du porte-lampes, sur le plâtre du mur du palais royal. Le roi vit cette main qui écrivait. 6Alors le roi pâlit et ses pensées l’épouvantèrent ; les jointures de ses reins se re­lâchèrent, et ses genoux s’entrechoquaient. 7Le roi cria avec force de faire venir les envoûteurs, les chaldéens et les devins ; et le roi dit aux sages de Babylone : Qui­conque lira cette inscription et m’en donnera l’inter­pré­tation sera revêtu de pourpre rouge, portera un collier d’or à son cou et aura la troisième place dans le gouver­nement du royaume. 8Tous les sages du roi entrèrent ; mais ils ne purent pas lire l’inscription, ni en faire connaître l’interprétation au roi. 9Sur quoi le roi Bel­shatsar fut tout à fait épouvanté ; il pâlit et ses grands furent consternés.

Les rires bruyants se sont tus. Hommes et femmes sont frappés d’une terreur inconnue et indéfinissable. Leurs re­gards restent rivés au mur où la main surnaturelle trace lentement les mystérieux caractères, comme sur un écran de cinéma. Chacun pense au mal qui domine dans sa pro­pre vie. On se croirait devant le tribunal céleste, devant la barre du Dieu éternel dont ils ont défié la justice et méprisé la sainteté. La salle qui retentissait naguère de leur hila­rité et de leurs traits d’esprit irrespecteux se remplit main­tenant de leurs cris angoissés et du claquement de leurs os qui s’entrechoquent. Que le Souverain de l’univers fasse valoir ses droits, et l’homme rebelle se trouvera tota­lement démuni face à cette peur inconsciente de Dieu qui l’habite.

Le roi Belshatsar est le plus atterré de tous. Plus que tous, il est responsable de la révolte contre le Créateur qui, cette nuit-là à Babylone, a atteint toute sa mesure. Mis en présence de celui dont il a défié la puissance et insulté le nom, il est saisi d’horreur. Nous assistons ici, en avant-première, à ce qui va se produire au niveau mondial, peut-être plus tôt que nous ne l’imaginons !

Daniel 5.10-12La reine, alertée par les paroles du roi et de ses grands, entra dans la salle du banquet et dit : O roi, puisses-tu vivre toujours ! Que tes pensées ne t’épouvantent pas, tu n’as pas besoin de pâlir ! 11Il y a dans ton royaume un homme qui a en lui le souffle des dieux saints. Aux jours de ton père, on a trouvé chez lui des lumières, de l’intelligence et une sagesse semblable à la sagesse des dieux. Aussi le roi Nabuchodonosor, ton père, l’a-t-il nommé chef des mages, des envoûteurs, des chaldéens, des devins — c’était le roi, ton père — 12parce qu’on a trouvé chez ce Daniel, à qui le roi a donné le nom de Belteshatsar, un souffle extraordinaire, de la connaissance et de l’intelligence, la faculté d’interpréter les rêves, de déchiffrer les énigmes et de résoudre les questions difficiles ; qu’on appelle donc Daniel, et il donnera l’interprétation.

La reine-mère qui intervient ici est sans doute Nitocris, une fille de Nabuchodonosor mentionnée par les auteurs de l’Antiquité. En tous cas elle n’a pas oublié le vieux pro­phète, mis à l’écart par la nouvelle génération. « Nous n’allons quand même pas nous laisser guider par ce vieux fou », ricanaient-ils sans doute. Ils se considéraient trop intelligents pour croire en un Dieu du ciel non représentable. Pourtant le vieil homme, cette nuit-là, est tiré de son sommeil par les anxieux babyloniens. On ima­gine en effet qu’il ne participait pas aux festivités. Calme, sobre, en pleine possession de ses moyens, il entre en pré­sence du roi, très agité, et de ses nobles, richement vêtus mais ivres.

Daniel 5.13Alors Daniel fut introduit devant le roi. Le roi demanda à Daniel : Es-tu ce Daniel, l’un des exilés de Juda, que le roi, mon père, a amenés de Juda ?

Malgré la peur qui le domine, le roi fait mine de mépri­ser le vieil homme. Il ne faut pas que ses pairs pensent que le mystérieux message écrit sur le mur l’inquiète à ce point. Daniel a été premier ministre de l’Empire, chef des sages de Babylone. Pourtant le jeune roi écervelé le traite avec condescendance : ce n’est qu’un captif judéen ! Le vieux prophète se garde bien de répondre mais il regarde le ré­gent droit dans les yeux. Ce dernier au contraire a le regard fuyant et tente maladroitement de dissimuler ses craintes. Il lui faut maintenant exposer sa requête.

Daniel 5.14-16J’ai appris sur ton compte que tu as en toi le souffle des dieux, et qu’on trouve chez toi des lumières, de l’intelligence et une sagesse extraordinaire. 15On vient d’amener devant moi les sages et les envoû­teurs, afin de lire cette inscription et de m’en faire con­naître l’interprétation ; mais ils n’ont pas pu donner l’inter­prétation des mots. 16J’ai appris que tu peux don­ner des interprétations et résoudre des questions diffi­ciles ; main­tenant, si tu peux lire cette inscription et m’en faire connaître l’interprétation, tu seras revêtu de pourpre rouge, tu porteras un collier d’or à ton cou et tu auras la troisième place dans le gouvernement du royaume.

Devant le calme impressionnant du vieil homme, le roi change de discours : il lui fait à présent des éloges, dans l’espoir d’en tirer quelque chose. Il se dit que Daniel n’est pas un captif ordinaire, mais un homme en contact avec le divin. Daniel cependant n’a nulle intention de profiter de la situation comme le ferait ses collègues babyloniens. Ses motifs ne sont pas égocentriques. Aussi il marque immé­diatement son absence d’intérêt pour la récompense offerte. Il ne formule aucun vœu inutile pour la santé ou la vie du roi, car il a déjà compris que dans quelques heures l’orgueilleux régent et son gouvernement auront disparu.

Daniel 5.17-24Alors Daniel répondit, devant le roi : Garde tes dons pour toi, et accorde à un autre tes pré­sents. Je lirai néanmoins l’inscription au roi et je lui en ferai connaître l’interprétation. 18O roi, le Dieu Très-Haut avait donné à Nabuchodonosor, ton père, la royauté, la grandeur, l’honneur et la gloire. 19A cause de la grandeur qu’il lui avait donnée, les gens de tous peu­ples, nations et langues avaient peur et tremblaient de­vant lui. Le roi faisait mettre à mort qui il voulait et il laissait la vie à ceux qu’il voulait ; il élevait ceux qu’il voulait et il abaissait ceux qu’il voulait. 20Mais lorsque son cœur s’éleva et que son esprit s’obstina jusqu’à l’ar­rogance, il fut précipité de son trône royal et dé­pouillé de son honneur, 21il fut chassé d’entre les humains, son cœur devint semblable à celui des bêtes, et sa demeure fut avec les ânes sauvages ; on lui donna, comme aux bœufs, de l’herbe à manger, et son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu’à ce qu’il sache que le Dieu Très-Haut est maître de la royauté des hommes et qu’il y place qui il veut. 22Et toi, Belshatsar, son fils, tu ne t’es pas abaissé, quoique tu aies connu tout cela. 23Tu t’es élevé contre le Seigneur du ciel ; tu as fait apporter devant toi les cou­pes de sa maison, et vous y avez bu du vin, toi et tes grands, tes femmes et tes concubines ; tu as loué les dieux d’argent, d’or, de bronze, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient pas, qui n’entendent pas et qui n’ont pas la connaissance, et tu n’as pas glorifié le Dieu qui a dans sa main ton souffle et toutes tes voies. 24C’est pourquoi il a envoyé cette main tracer cette inscription.

Sans détour, Daniel commence par donner les raisons de l’intervention divine, et avec quelle audace ! Le récit de la folie de Nabuchodonosor est connu de la cour. La cons­cience du jeune régent lui adresse de cruels reproches tan­dis qu’il se rappelle les événements qui se trouvaient jadis sur toutes les lèvres à Babylone. Les rois de cette cité ont bénéficié de grandes lumières et d’occasions exception­­nelles. Le jeune Belshatsar ne peut plaider son ignorance. Dominateur et prétentieux, il a rejeté délibérément les lumières célestes. « Nous avons soigné Babylone, mais elle ne guérit pas », confiait Yahveh au prophète Jérémie, quelques décennies plus tôt (Jérémie 51.9, Parole de Vie). A présent Dieu met le doigt sur l’orgueil du prestigieux empire ; il va s’effondrer brusquement.

Daniel 5.25-29Voici l’inscription qui a été tracée : Mené, mené, teqel, parsîn. 26Et voici l’interprétation de ces mots. Mené (« Compté ») : Dieu a fait le compte de ton règne et il y a mis fin. 27Teqel (« Pesé ») : Tu as été pesé dans la balance et tu as été trouvé insuffisant. 28Perès (« Divisé ») : Ton royaume sera divisé et donné aux Mèdes et aux Perses. 29Aussitôt Belshatsar ordonna qu’on revête Daniel de pourpre rouge, qu’on lui mette au cou un collier d’or et qu’on fasse publiquement de lui le troisième personnage dans le gouvernement du royaume.

Daniel, soumis de longue date à Yahveh et habitué à écouter ses paroles, déchiffre sans difficulté le langage céleste. Le mauvais roi est confondu, d’autant que l’image de la balance en tant qu’instrument de jugement divin lui est familière. En effet, dans les croyances babyloniennes, comme dans le karma hindouiste, chaque individu était jugé par les dieux au moyen d’une balance. Mais, au lieu de peser les individus, les dieux pesaient leurs actions : il plaçaient les bonnes actions d’un côté de la balance et les mauvaises de l’autre. Le résultat dépendait de quel côté penchait la balance[18].

Pendant que Daniel parle, les soldats de Cyrus, l’as­saillant perse, sont déjà en train de pénétrer dans la cité par le lit de l’Euphrate asséché (voir le deuxième chapitre). Per­sonne n’a remarqué que les eaux du fleuve baissaient. Le roi Belshatsar cependant reste assis, hébété, atten­dant impuissant l’application de la tragique sentence.

Daniel quitte la salle du banquet la tête haute. Puis le silence n’est rompu que par les sanglots et les gémisse­ments des convives. Soudain, on entend les cris des as­saillants et les cruels soldats perses, l’épée à la main, font irruption dans la salle, soucieux de tuer le roi avant tout. Ils semblent tombés du ciel comme une invasion de saute­relles. Le prophète Jérémie l’avait annoncé : « Babylone, toi qui habites au bord du grand fleuve, toi qui possèdes de nombreux trésors, pour toi, c’est la fin. Tu as assez volé les autres. Le Seigneur de l’univers a fait ce serment : Aussi vrai que je suis Dieu, un nuage d’hommes va entrer chez toi, pareil à un nuage de sauterelles. Et ils pousseront contre toi un cri de victoire. » (Jérémie 51.13-14, Parole de Vie) Des incendies éclatent en divers endroits. Des messagers courent de quartier en quartier pour annoncer la prise de la ville (Jérémie 51.31-32). Le feu projette sur le ciel une lueur sinistre. Les Babyloniens mènent un combat au corps à corps pour tenter de sauver leur empire. Mais, fatigués par les fêtes et la boisson, il abandonnent la lutte et beau­coup périssent sous l’épée médo-persane.

Quand le soleil brille sur les murailles orientales de la cité, Babylone la grande n’est plus la reine des nations. La tête d’or de la statue vue par Nabuchodonosor a fait place à la poitrine et aux bras d’argent (les Mèdes et les Perses).

Daniel 5.30-31Cette même nuit, Belshatsar, roi des Chaldéens, fut tué. 31Darius, le Mède, reçut la royauté, à l’âge de soixante-deux ans.

Il faut croire que ce Darius le Mède[19] avait entendu parler de Daniel puisque le vieil homme échappa à la tragédie. Daniel n’avait pas repoussé les honneurs que Belshatsar lui avait conférés malgré tout. Il était donc le troisième personnage de Baby­lone au mo­ment de la prise de la ville (le premier étant Nabonide et le second Belshatsar). Cette position émi­nente, qu’il semble avoir en partie conservée dans le nouvel empire, allait lui servir : il serait mieux placé pour défendre les intérêts des Judéens déportés, et ceux de Yahveh, sous le règne des Mèdes et des Perses[20].

Les nations d’aujourd’hui répètent les tristes erreurs qui ont provoqué la chute de Babylone. Le prochain effondre­ment, politique, économique et religieux, cette fois au niveau mondial, sera suivi du royaume du Créateur. Ce royaume durera toujours. Le gouvernement céleste est fort occupé actuellement à trouver des moyens de communi­quer aux personnes rattachées spirituellement à la « Baby­lone » moderne, mais susceptibles de l’écouter, le message suivant : « Fuyez loin de Babylone ! Que chacun se sauve ! Ainsi vous ne mourrez pas à cause de ses fautes. » « Sortez de Babylone, fuyez ce pays. Avec des cris de joie, annoncez cette nouvelle, répandez-la jusqu’au bout du monde. Di­tes : Le Seigneur a libéré Ja­cob, son serviteur. » (Jéré­mie 51.6 ; Ésaïe 48.20, Parole de Vie ; cf. Apocalypse 18.1-4).

Quitter Babylone, oui, mais pour aller où ? Où est le lieu de refuge ? « Celui qui habite là où se cache le Très-Haut passe la nuit à l’ombre du Dieu souverain. » (Psaume 91.1) Quel est ce lieu secret ? Le sanctuaire céleste, là où Jésus travaille à notre salut au côté de son Père (voir l’épître aux Hébreux). Il est le Sauveur du monde, celui qui « a libéré son serviteur Ja­cob » de la révolte contre Dieu. Toute personne qui admire ce travail et croit en son efficacité est réconciliée progressivement avec les principes du gouvernement divin, grâce au travail silen­cieux de l’Esprit de Dieu. Aimant comme Dieu aime, elle obéira à tous ses commandements, quoiqu’il en coûte, puisque « l’amour est l’accomplissement de la loi » (Ro­mains 13.10, voir Galates 5.6 ; Apocalypse 14.6-12).

Ce travail de réconciliation entre l’homme déchu et son Créateur était préfiguré par le fameux jour des expiations, ou du grand pardon, des Hébreux d’autrefois. Dans ce processus, l’être humain acquiert des qualités morales sem­blables à celles du Fils de Dieu. Il sait que ce dernier est capable de le transformer à ce point. Comment le sait-il ? Il apprécie à sa juste valeur le sacrifice infini consenti par la divinité dans l’incarnation et la mort volontaire du Messie sur la croix.

Le monde actuel manifeste l’état d’esprit de l’antique Babylone : une recherche constante du plaisir et un certain goût pour l’absence de règles. Mais Dieu a une parade. Comme nous le verrons dans les derniers chapitres, Yahveh désigne notre époque par l’expression « temps de la fin ». De son point de vue, c’est l’occasion d’une sorte de grand jour des expiations pour tous les croyants. Peut-être que les Babyloniens auraient mieux fait de passer leur dernière nuit en prière plutôt qu’en orgies !

Notes

17. Selon les archives babyloniennes et d’autres sources antiques, Belshatsar serait devenu corégent dès la troisième année du règne de Nabonide, en 553, et aurait remplit ces fonctions jusqu’à la chute, en 539. Cependant le livre de Daniel semble se centrer sur les trois dernières années de son règne, sans doute dans le but de mieux souligner le lien existant entre les prophéties d’Ésaïe et de Jérémie sur Babylone d’une part et les prophéties des chapitres 7 et 8 de Daniel d’autre part.

Pendant longtemps les critiques de la Bible ont nié l’authenticité du livre de Daniel car le nom de Belshatsar était absent des sources historiques fiables. On a retrouvé sa trace archéologique pour la première fois en 1861, à Ur, dans la « prière de Nabonide », prière offerte pour un roi régnant. La chronique de Nabonide, découverte en 1881, désigne Belshatsar comme chef de l’armée tandis que son père réside à Teima, en Arabie. En 1916, on a publié un serment au nom de Nabonide et de Balshatsar. Enfin, en 1924, on publie un texte du British museum dans lequel Nabonide affirme avoir confié la royauté à son fils aîné. Cependant, dans les textes babyloniens (cunéiformes), le terme officiel pour « roi » n’est jamais employé à son propos : on parle toujours de « fils du roi ». En hébreu et en araméen biblique, en revanche, le terme roi (melech) a un sens plus large.

Par ailleurs, on sait que Nabonide a souvent été absent de Babylone, peut-être en partie à cause de sa mauvaise santé ; il résidait à Teima (Téman) en Arabie du Nord. Peu avant la prise de la ville, Nabonide s’est retiré à Borsippa, près de Baylone, suite à sa défaite devant les armées Perses, selon les textes de l’époque. Après la chute de Babylone, Cyrus aurait assiégé Nabonide à Borsippa et ce dernier se serait rendu. Cyrus semble l’avoir épargné.

18. Cette idée perdure aujourd’hui, même au sein du christianisme. Beau­coup espèrent accumuler un certain poids de mérites par de bonnes oeuvres accomplies grâce aux ressources humaines, et non sous l’impul­sion de l’Esprit de Yahveh. Une place au ciel ou la sortie du purgatoire sont censées récompenser ces efforts. Cependant les ressources de notre nature actuelle sont absolument insuffisantes pour nous rendre capables d’obéir à la loi parfaite de Dieu. Aussi, placés seuls dans la balance divine, nous serons forcément trouvés trop légers.

Notre seul espoir est de croire en l’obéissance parfaite au décalogue réussie par le Fils de Dieu alors qu’il portait, par hérédité, la chair soumise au péché. Car, en portant notre chair, il a du même coup attribué cette justice parfaite à tous les hommes. En y croyant, nous permettons à Dieu de nous placer dans sa balance non plus seuls mais inclus dans la personne parfaite de son Fils. Ainsi nous aurons exactement le poids nécessaire ! Mieux, grâce à son Esprit en nous, son obéissance sans faille et sa bonté désintéressée se manifesteront dans nos vies, en dépît de notre mauvaise hérédité. L’apôtre Paul, homme instruit dans la Torah et les prophètes, élève du rabbin Gamaliel, l’explique longuement dans l’épître aux Galates, par exemple. C’est la meilleure bonne nouvelle qui puisse exister !

19. Ce Darius le Mède semble avoir été le régent de Cyrus à Babylone. On l’identifie parfois avec Gobryas (Goubaru), gouverneur de Babylone souvent mentionné dans les documents de l’époque. Il mourut une an après la conquête ; or Daniel ne parle jamais de deuxième année de Darius. Cependant, en 9.1, on apprend qu’il était fils d’Assuérus (Xerxès en grec). Ce dernier est inconnu par ailleurs, mais le terme Assuérus est plutôt un titre royal. Il ne peut en tous cas s’agir de l’Assuérus du livre d’Esther, ni de Darius ier (522-486), mentionné par Esdras (voir chapitre 9).

Une autre hypothèse identifie Darius le Mède avec Cyrus lui-même, âgé comme Darius d’une soixantaine d’année au moment de la prise de Babylone et appelé roi des Mèdes dans certains textes. Cyrus avait d’ailleurs de la parenté mède, ce qui s’accorderait avec le texte hébreu de Daniel 9.1. Cependant Darius est un roi « du royaume chaldéen » (9.1), tandis que Cyrus est toujours appelé « perse » (6.29) ou « roi de Perse » (10.1). De plus le père de Cyrus s’appelait Cambyse et non Assuérus. Il faut donc attendre d’autres découvertes archéologiques pour en savoir plus…

Enfin, Darius le Mède pourrait avoir été le Cyaxare ii mentionné par Xénophon. Cyaxare ii était le successeur du souverain mède Astyage, qui avait été soumis par Cyrus. Les termes « Darius » et « Cyaxare » ont des significations proches et pourraient être des titres royaux.

Selon Daniel, Darius semble n’avoir régné qu’un ou deux ans après la prise de Baby­lone, en 539 av. J.-C. : cf. Daniel 8.1 ; 9.1 ; 10.1. Dans cette hypothèse, la troisième année de Cyrus (10.1), comptée à partir de la prise de Babylone, correspondrait à l’an 536, date à laquelle Cyrus est spécifiquement mentionné comme souverain de Babylone (voir note 121, p. 153). Les événements du chapitre 6 se si­tuent en tous cas immédiatement après la conquête médo-perse.

20. « La présence d'Iraniens et de Perses est repérable à Babylone dès le début du vie siècle. » (Pierre Briant, Histoire de l'Empire Perse, Fayard, 1996, p. 32). Le livre de Daniel contient d’ailleurs quelques mot perses.

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