Daniel : une lumière à Babylone

Daniel 10: Le Grand-Prêtre aux yeux de feu

25 Janvier 2017 , Rédigé par Daniel à Babylone Publié dans #Le livre de Daniel

Daniel 10.1La troisième année de Cyrus[121], roi de Perse, une parole se révéla à Daniel, celui qu’on nommait Belteshatsar. Cette parole est vraie : il y aura un grand combat[122]. Il saisit cette parole et comprit la vision[123].

Ici commence la dernière vision de Daniel. Contrairement aux visions des chapitres 2, 7 et 8, cette révélation ne contient pas de symboles à décrypter. Elle est rédigée en langage clair : Dieu souhaite que nous la comprenions. Elle éclaire les prophéties des chapitres précédents.

Daniel 10.2-3En ces jours-là, moi, Daniel, je fus trois semaines dans le deuil. 3Je ne mangeai aucun mets délicat, il n’entra ni viande ni vin dans ma bouche, et je ne me parfumai pas, jusqu’à ce que les trois semaines soient accomplies.

En prenant une attitude de deuil, pendant trois semaines, Daniel, peut-être alors nonagénaire, montre son désir de recevoir du Ciel des éclaircissements. Peut-être aurait-il continué plus longtemps cette attitude de jeûne, si un envoyé céleste n’était venu pour répondre à ses prières. Daniel cependant ne s’abstient pas totalement de nourriture. Yahveh ne souhaite pas que ses fidèles martyrisent leur corps. Le jeûne n’a pas pour but d’éveiller la sympathie divine et s’infliger des souffrances n’engendre aucun bien. Daniel mangeait suffisamment pour soutenir ses forces, mais dans un esprit de deuil. Il jugeait indécent de s’adonner aux plaisirs de la bouche, alors qu’il venait d’apprendre l’horrible destruction qui s’abattrait un jour sur Jérusalem. De plus, en s’abstenant de «mets délicats», il évitait les repas trop riches et les excès alimentaires qui engourdissent le corps et l’esprit.

Aujourd’hui encore, une alimentation déséquilibrée ou trop abondante provoque souvent un ralentissement, voire une altération, des facultés mentales. Alors les vérités les plus nobles peuvent laisser indifférent. Jésus nous a averti de ce danger (Luc 21.34). Par sa sobriété, Daniel était dans les meilleures conditions physiologiques possibles pour comprendre ce que le Seigneur de l’univers allait lui révéler. La tempérance est une forme de sagesse : la vigueur morale en est la récompense.

Daniel 10.4-10Le vingt-quatrième jour du premier mois[124], moi, j’étais au bord du grand fleuve, c’est-à-dire le Tigre. 5Levant les yeux, je vis un homme[125] vêtu de lin avec une ceinture d’or d’Ouphaz[126] autour des reins. 6Son corps était comme de chrysolithe[127], son visage comme l’aspect de l’éclair, ses yeux comme un feu flamboyant, ses bras et ses jambes comme l’éclat du bronze poli, et sa voix comme un tumulte. 7Moi, Daniel, je vis seul l’apparition [mareh] ; les hommes qui étaient avec moi ne virent pas l’apparition, mais ils furent saisis d’une grande frayeur et s’enfuirent pour se cacher. 8Je restai, moi seul, et je vis cette grande apparition ; les forces me manquèrent, mon visage pâlit et fut décomposé, et je n’eus plus aucune force. 9J’entendis sa voix ; et comme j’entendais sa voix, je fus frappé de torpeur, face contre terre. 10Alors une main me toucha et me mit, tout tremblant, sur mes genoux et sur mes mains.

Daniel est soumis à la lumière radieuse mais éblouissante du Fils de Dieu, l’être divin qui apparaîtra aussi à l’apôtre Jean (Apocalypse 1.14-16). La présence du représentant de Yahveh n’est pas supportable pour les compagnons de Daniel. Ils prennent la fuite. La même lumière céleste peut signifier la vie ou la mort : la vie pour l’homme qui reconnaît humblement ses erreurs et désire le pardon, la mort pour celui qui s’attache à ses égarements.

Dans l’évangile selon Jean, nous voyons comment la voix de Dieu a été prise par la foule pour un simple coup de tonnerre (Jean 12.28-30). Mais, pour celui qui ne recule pas devant la vérité, qui ne s’attache pas à ses fautes, la voix divine est compréhensible, même si elle retentit «comme le bruit d’une grande foule» (Daniel 10.6, Semeur). Le simple son de la voix divine peut nous fait mordre la poussière, mais c’est pour mieux nous relever !

C’est probablement l’ange Gabriel, «l’homme fort de Dieu», qui touche Daniel et lui donne ainsi la force de se relever à demi. De la même façon aujourd’hui, ceux qui restent en contact et en accord avec le Messie communiqueront des forces à leur entourage et à ceux qu’ils rencontreront.

Daniel 10.11-12Puis il me dit : Daniel, bien-aimé, comprends[128] les paroles que je vais te dire, et tiens-toi debout à l’endroit où tu es ; car maintenant je suis envoyé vers toi. Lorsqu’il m’eut dit cette parole, je me tins debout en frissonnant. 12Il me dit : Daniel, n’aie pas peur ; dès le premier jour où tu as décidé de [faire] comprendre et de t’humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et c’est à cause de tes paroles que je suis venu.

«Tiens-toi debout», dit l’ange à Daniel. Dieu ne prend aucun plaisir à nous écraser par sa présence imposante. De plus, le culte des anges n’est enseigné nulle part dans la Bible. Dans l’Apocalypse de Jean, l’apôtre, saisi d’admiration, éprouve le désir de s’incliner devant l’ange qui lui communique ces révélations. L’ange refuse catégoriquement : «Je ne suis qu’un compagnon de service», proteste-t-il (19.10).

L’ange appelle Daniel «homme bien-aimé»[129]. Aucun être humain n’aurait pu accorder à Daniel un aussi grand honneur : imaginez que vous soyiez qualifié de «précieux» pour Dieu et pour les habitants du Ciel ! L’humilité de Daniel, son esprit de repentir, son amour désintéressé pour son peuple, son intérêt pour les affaires célestes, sa recherche persévérante du pardon divin : tout cela avait gagné la sympathie des êtres célestes. Leur affection se porte souvent sur ceux qui s’en jugent le moins dignes.

«N’aie pas peur», rassure l’ange. Les anges restés fidèles à Yahveh manifestent sa bonté. Ils diffèrent essentiellement des anges déchus, toujours à l’affût d’une faiblesse pour nous causer du tort ou nous accuser. Contrairement aux «esprits» des autres traditions, les anges de Yahveh dont nous parle la Bible hébraïque ne recherchent pas nos cadeaux ou notre soumission superstitieuse. Ils ne marchandent pas leur protection : leur service est totalement désintéressé. Ils ne veulent que notre bonheur ultime et collaborent avec le Messie à préparer notre réintégration dans l’univers (voir Hébreux 1.14).

Tout croyant, si faible soit-il, est sous la protection particulière d’un ange gardien, même un enfant. Ces messagers célestes rendent compte de la situation de chacun devant le Seigneur de l’univers (voir Matthieu 18.10-11). Rien ni personne, homme ou démon, ne peut annuler cette attention bienveillante, qui s’exerce à toute heure du jour et de la nuit. Seule notre propre volonté peut nous en faire perdre le bénéfice, par exemple si nous choisissons délibérément de nous accrocher à une chose que nous savons être mauvaise. De toute façon, selon Jésus, pas un cheveu de notre tête ne tombe sans que Yahveh en ait connaissance ! Lire Matthieu 10.29-31 ; Luc 21.16-19.

Remarquez-le bien : dès le premier jour où Daniel s’est mis dans une attitude de deuil, ses prières ont été entendues et l’ange a été envoyé à son aide. Pourquoi alors Daniel a-t-il dû attendre l’arrivée du messager céleste trois semaines entières ? Peut-être avez-vous déjà fait une expérience similaire : vous avez demandé quelque chose à Dieu, mais la réponse s’est faite attendre. Si Daniel, le bien-aimé du Ciel, a dû patienter si longtemps, nous devrions nous aussi faire preuve de patience ! Mais voyons les raisons de cette attente. La suite du récit va nous dévoiler un peu quelles sont les forces célestes mises en jeu autour de nos prières.

Daniel 10.13-14Mais le chef[130] du royaume de Perse m’a résisté vingt-et-un jours ; et voici, Micaël, l’un des principaux chefs, est venu à mon aide, et je suis demeuré là auprès des rois de Perse. (Ostervald) 14Je suis venu te faire comprendre ce qui arrivera à ton peuple dans l’avenir, car il y a encore une vision[131] pour ces jours-là. (tob)

L’ange envoyé à Daniel n’était pas en retard ! Le problème vient de ce mystérieux «prince» de la puissance perse, qui semble s’opposer aux plans divins. Les rois de Perse, pris entre deux feux, doivent prendre une décision, qui influera probablement sur le sort des Judéens déportés. Dieu est le plus fort, mais il n’aime pas employer la force sur des êtres humains. Une lutte invisible fait rage autour des souverains perses. Satan, le chef des anges rebelles, est probablement présent, s’opposant aux efforts de Gabriel pour attirer la bienveillance du gouvernement perse sur les Judéens. Vingt-et-un jours, soit trois semaines (voir 10.2), s’écoulent ainsi. Daniel, en deuil, prie et prie encore, ignorant la bataille spirituelle qui fait rage. Dieu écoute-t-il ses prières ? Cyrus, le messie annoncé par Ésaïe, agira-t-il en faveur des Judéens et de Jérusalem ? Apparemment rien ne bouge !

Alors Micaël en personne vient à la rescousse. Les armées infernales ne peuvent supporter sa divine présence. Le roi de Perse aussi cède à l’influence divine. La bataille est gagnée et Gabriel se précipite aussitôt vers Daniel pour lui annoncer la bonne nouvelle. Nous n’avons pas forcément conscience des luttes invisibles qui se déroulent alors que nous prions. N’en doutons pas, nos prières sont écoutées !

Aujourd’hui encore, des anges de Yahveh s’affairent journellement autour des gouvernements du monde afin de veiller sur la liberté des fidèles du Créateur et de limiter le mal. Mais un jour, bientôt, les nations rejetteront définitivement et irrémédiablement le vrai Dieu. Soyez sûrs que toute législation équitable et respectueuse de la liberté individuelle est due au moins en partie à l’influence des messagers célestes.

Micaël, celui qui représente Dieu devant l’univers, est appelé «archange» dans le Nouveau Testament (Jude 9). En grec, archangelos signifie «celui qui est à la tête des anges», une expression très proche de l’hébreu de Daniel 10.13. Micaël en effet est donné ici comme «un[132] des chefs de la tête». Selon l’apôtre Paul, la voix du chef des anges suffit à ressusciter les morts (1 Thessaloniciens 4.16). Or Jésus, le Messie annoncé par Daniel, précise que c’est la voix du «Fils de Dieu» qui réveille les morts (Jean 5.25-28). Dans le même passage, ce «Fils de Dieu» est d’ailleurs appelé «Fils de l’homme», à propos du jugement, comme dans Daniel 7. N’en doutez plus, ce Micaël n’est personne d’autre que le représentant unique de Yahveh, celui qui sera le Messie.

Daniel 10.15-19Tandis qu’il me parlait en ces termes, je tournai ma face vers la terre et me tus. 16Mais voici que quelqu’un, ayant la ressemblance des fils d’homme[133], me toucha les lèvres ; j’ouvris la bouche et me mis à parler. Je dis à celui qui se tenait devant moi : «Monseigneur, à cause de l’apparition, des angoisses m’ont saisi et je n’ai conservé aucune force. 17Comment ce serviteur de Monseigneur pourrait-il parler à Monseigneur que voici [Micaël], alors qu’il ne subsiste en moi aucune force et qu’il ne me reste pas de souffle ?» 18Alors, celui qui avait l’apparence d’un homme me toucha de nouveau et me réconforta. 19Puis il [l’ange]me dit : «Ne crains pas, homme des prédilections ! Que la paix soit avec toi ! Sois fort ! Sois fort !» Tandis qu’il me parlait, je repris des forces et je dis : «Que Monseigneur parle, car tu m’as réconforté.»

De nouveau l’ange qualifie Daniel d’homme «précieux» ou «bien-aimé» («prédilections» dans la tob). Ces paroles valent mieux que les statues érigées à la mémoire des héros. Vous êtes précieux aux yeux de Dieu : qu’avez-vous à redouter ? C’est le sentiment de notre culpabilité qui nous affaiblit et nous désempare face à la divinité. Laissons le Messie porter nos fautes et demandons-lui de nous en libérer : sa vie et son sacrifice nous communiquent un sang nouveau. Nos craintes s’envolent : comme Daniel nous reprenons des forces. L’expérience de Daniel est ici proche de celle du prophète Ésaïe : un ange touche également ses lèvres pour le purifier (lire Ésaïe 6.1-8 ; voir aussi Jérémie 1.9 ; Zacharie 3).

Daniel 10.20-21Il dit : «Sais-tu pourquoi je suis venu vers toi ? Je reprendrai maintenant le combat contre le Prince de Perse, et je vais sortir, et voici que va venir le Prince de Grèce. 21Mais je t’annoncerai ce qui est inscrit dans le Livre de vérité. Il n’y a personne qui me prête main-forte contre ceux-là[134], sinon Michel, votre Prince.»

Daniel sait que ses prières ont été exaucées. Gabriel retourne «au front», en Perse. En effet, le temps des conquêtes d’Alexandre le Grand (voir chapitre 2 et 7) est encore pour l’avenir et la Perse a de beaux jours devant elle.

Seuls Daniel, Michaël et Gabriel semblent avoir été directement impliqués dans le conflit spirituel qui s’est déroulé pendant trois semaines. Daniel l’a été à son insu. Mais, grâce à lui, le secret de cette bataille au sommet est parvenu jusqu’à nous. Gabriel a transmis à Daniel les informations de Michaël, donc de Yahveh, et Daniel nous les transmets à son tour. Voilà une chaîne impressionnante !

Michaël est l’archange, le grand chef, la tête des chefs, nous l’avons constaté plus haut. Or, et c’est bouleversant, Gabriel l’appelle ici votre chef, en parlant à Daniel. Michaël, le roi de l’univers, est aussi notre chef, oui, le chef de l’humanité ! Voulez-vous le reconnaître comme tel?

Notes :

121. Soit vers 536 av. J.-C. « Nous avons des indices qu’entre la prise de Babylone par Cyrus et l’établissement de celui-ci comme roi à Babylone il s’écoula un intervalle de deux années. La destruction de Babylone eut lieu en 538 [fin 539], et l’on est généralement d'accord pour fixer le retour de la captivité à l’an 536. Or, d’après tous les témoignages bibliques (2 Chroniques 36.22 ; Esdras 1.1 ; etc.), ce retour eut lieu la première année du roi Cyrus. Sur les contrats babyloniens en écriture cunéiforme, Cyrus n’est qualifié de “roi de Babylone, roi des nations”, qu'à partir de l'an 3 compté après la prise de la cité ; dans les contrats de l'an 1, et de l'an 2 il est seulement appelé “roi des nations” (Lenormant). On s’explique ainsi que, d’après certains auteurs, Cyrus ait régné sept ans (Xénophon), d’après d’autres neuf (Abydénus, le Canon de Ptolémée). » La Bible annotée. Voir aussi note 19, p. 76.Il est probable qu’ici Daniel compte par rapport à la prise de Babylone, annoncée dans les visions qu’il a reçues. Au contraire, Esdras et l’auteur du livre des Chroniques, concernés directement par la restauration de Jérusalem, comptent par rapport à l’administration effective de Cyrus à Babylone, ce « messie » annoncé par les prophéties d’Ésaïe (44.28 ; 45.1-3).

122. Littéralement : « Cette parole est vraie et [il y a] une grande armée. » Le terme tsava (armée, de combattants ou d’anges) désigne aussi un service sacré.

123. Littéralement : « et [il y eut] de la compréhension pour lui dans cette vision. » Comme en 9.23, il est question d’une « parole » (davar : chose, affaire, sujet, discours, langage), ensemble de révélations, et d’une « vision » (mareh : voir p. 135), événement vécu par Daniel. Au chapitre 9, Daniel était chargé de faire comprendre la vision. Ici le texte hébreu précise qu’il comprit pour lui la vision. Il s’agit donc d’une rencontre personnelle avec un être divin.

124. Soit au mois de Nisan (mars-avril), 3 jours après la pâque.

125. « un » : ‘echad (note 109, p. 145) ; « homme » ou « personnage » (iysh).

126. Ou « d’or pur, d’or fin ». Les vêtements de lin se portent lors des services relatifs au temple. Voir aussi 1Samuel 2.18; 2 Samuel 6.14; Ézéchiel 9 et 10.

127. En grec, dans la traduction des lxx: « pierre d’or ».

128. Il faudrait traduire : « fais comprendre », l’impératif étant au mode causatif, comme en 8.16 et 9.23, quo vide. De même en 10.12. Daniel est désireux de communiquer ce qu’il a reçu aux chapitres 8 et 9.

129. Ou : « homme précieux, personne désirable » ; « homme » : iysh (cf. 10.4 et note) ; « désirable » : même mot qu’en 9.23, voir p. 136 et note 86.

130. Le même terme hébreu, sar, s’applique à Micaël « le grand chef », ici et en 12.1. Il pourrait s’agir d’un ange (rebelle). Sur Micaël, voir note 68, p. 125.

131. Hazon est de nouveau employé ici et non mareh: cf. chapitre 8, p.137. Effectivement la suite du récit prend de nouveau l’aspect de prédictions comme les chapitres 7 à 9.

132. Dans le sens « d’unique », voir note 109, p. 145. Cf. Daniel 10.5.

133. Adam est employé ici, et non enosh comme en 7.13. De même au verset 18.

134. Ou « personne ne se fortifie avec moi au sujet de ces choses » (le contenu du livre de vérité).

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