Un témoin oculaire, une jeune femme issue de l’Église méthodiste, rapporte :

« [En 1840-1844] des personnes de toutes les classes de la société désiraient entendre le message du retour de Jésus. Aucun de ceux qui assistèrent à ces réunions ne pourra jamais les oublier : la présence des saints anges se faisait sentir, la puissance de Dieu reposait sur tous. » Ellen WHITE, L’Histoire de la Rédemption, p. 370

« Le mouvement de l’automne de 1844 était exempt des excentricités engendrées par l’agitation humaine non contrôlée par l’Esprit et la Parole de Dieu. L’attente du Christ produisait partout un sérieux retour sur soi-même et une profonde humiliation devant le Dieu des cieux. » Ellen WHITE, La Tragédie des siècles, p. 434 (1)

Les calculs prophétiques, fondés sur les chronologies du livre de Daniel et de l’Apocalypse de Jean, étaient justes. Alors pourquoi Jésus n’est-il pas revenu en 1844 ? La réponse fut trouvée ensuite : l’erreur concernait la nature de l’événement et non la date. Jésus, à partir de cette époque, avait débuté la procédure du jugement divin, une procédure qui doit se dérouler en trois phases : l’investigation, la vérification (pendant les mille ans de l’Apocalypse), le procès et l’exécution de la sentence. La première phase est toujours en cours actuellement. Dans les années 1840, on attendait Jésus pour la dernière phase du jugement. On avait mal évalué la miséricorde et la sagesse divine : deux autres phases étaient nécessaires au préalable afin que Dieu puisse mettre fin au mal tout en étant « trouvé juste dans ses jugements ». (Psaume 51.6, Romains 3.4)

Alors pourquoi Dieu a-t-il inspiré ce mouvement adventiste et manifesté ainsi son Esprit, alors que les croyants de cette époque l’attendaient par erreur ? Est-ce plausible que Dieu agisse de la sorte, utilisant en quelque sorte une erreur d’interprétation prophétique, simplement pour attirer l’attention sur un événement, tout aussi important certes, mais céleste celui-là ? Se pourrait-il que Dieu prenne tant de précautions avant d’exécuter ses jugements ? Et bien oui et c’est Jésus qui nous l’apprend, dans les Évangiles, je viens de le découvrir ce matin « au hasard » de ma lecture quotidienne des Saints Écrits. La réponse à cette énigme religieuse du XIXe siècle se trouve dans le dix-neuvième chapitre de l’évangile selon Luc !

Jésus vient de déjeuner chez Zachée, le collecteur d’impôts. « C’est vrai, je vous le confirme : il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Luc 15.10, 19.10) Voilà quels sont ses propos du moment, révélant le souci extraordinaire de l’assemblée céleste par rapport aux affaires de la Terre. Cependant l’attente du royaume de Dieu sur terre, ici et maintenant, avec toute sa dimension politique, était alors si forte que Jésus doit tenter de détromper ses auditeurs : il ne va devenir ni le roi de la Terre, ni même le roi d’Israël, comme on l’espère tant.

Pour essayer de rétablir la vérité dans l’esprit de ses auditeurs, Jésus utilise la parabole des mines. Il se compare dans cette parabole à un futur roi, mal aimé de ses concitoyens, qui doit quitter son pays pour recevoir la royauté dans « un pays lointain ». Jésus, mal aimé ou mal compris de ses contemporains, va en effet recevoir la royauté dans le Ciel même, devant la Cour céleste, un pays encore lointain pour nous, hélas. Ce couronnement messianique est prophétisé par le Psaume 24 (quo vide). Après le couronnement, le roi revient dans son pays, il juge ses ennemis et les condamne en fonction de la gravité de leurs manquements à son égard.

« Après avoir ainsi parlé, Jésus prend les devants et monte vers Jérusalem. » (Luc 19.28) C’est fait, il a tout fait pour détromper ses auditeurs, afin qu’ils ne l’attendent pas pour rien en tant que roi. Alors pourquoi cette entrée triomphale à Jérusalem, juste après ? Pourquoi le dimanche des rameaux ? Jésus sait qu’il ne va pas être roi maintenant. Il sait qu’il doit passer d’abord par la souffrance et l’angoisse. Il sait qu’il doit d’abord retourner dans son « pays lointain » céleste. Il a tout fait pour en avertir ses disciples. Pourtant il monte à Jérusalem, ouvertement.

Pourtant, quand la foule de ses disciples, proches et éloignés, l’acclame en criant : « Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire dans les lieux très hauts ! » il rétorque aux chefs religieux, mécontents : « Je vous le dis, si eux se taisent, ce sont les pierres qui crieront ! » Cela peut sembler contradictoire et pourtant Dieu, dans sa sagesse, laisse la foule dans son « erreur », comme Dieu a laissé les adventistes se tromper sur la nature de l’événement de 1844. Il fallait que la foule annonce la royauté du Christ et le rétablissement de la paix « dans le Ciel », cette paix troublée depuis longtemps par Lucifer, l’instigateur de la révolte contre l’autorité divine. Il fallait, alors qu’il allait être immolé, que l’Agneau de Dieu soit acclamé de la sorte, comme une annonce prophétique de ce qu’il sera réellement plus tard. Il fallait que l’on comprenne l’enjeu final de sa mission.

De même, alors que le Messie céleste allait entrer dans le Kippour céleste, il fallait que l’attention du monde soit attirée sur la proximité de la fin de ce monde, entre autre « afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées », comme le disait déjà le vieux Siméon à Marie (Luc 2.35). En l’an 31, l’Agneau pascal allait être immolé, il fallait annoncer sa royauté. Dans les années 1840, le grand prêtre allait ouvrir le Kippour, le jour du grand pardon et des expiations : il fallait annoncer son retour en gloire, en tant que roi. Ce kippour céleste, comme le kippour hébreu, est le début du processus d’enlèvement, d’effacement du péché de l’univers, processus de jugement qui « commence par la maison de Dieu » (1 Pierre 4.17), et donc par le sanctuaire céleste, tant de fois mentionné par les prophètes et par les psaumes. En effet c’est de là que Dieu traite les problèmes de la Terre, c’est là que les prières des croyants, « la maison de Dieu », sont reçues. C’est le roc et le refuge des croyants chanté dans les Psaumes, c’est le sanctuaire véritable sur lequel Moïse a pris modèle pour construire avec les Hébreux la fameuse « tente de la rencontre », dans le désert du Sinaï.

Manifestement, en l’an 31, alors que Jésus s’apprête à investir enfin, pacifiquement, la ville de Jérusalem, Dieu veut attirer l’attention de tous sur l’enjeu céleste et prophétique de l’événement : la royauté de Jésus. De même, en 1844, Dieu a attiré l’attention de toute la chrétienté, au moins protestante, sur l’importance du ministère de Jésus dans le « lieu très saint » du sanctuaire céleste et sur la proximité de son retour. Il fallait que l’on annonce son retour comme imminent, alors qu’il n’allait pas immédiatement revenir, comme il fallait que l’on annonce la royauté de Jésus à son entrée à Jérusalem, alors qu’il n’allait pas immédiatement devenir roi. Il allait en réalité être crucifié près de Jérusalem. Il fut tout autant difficile aux croyants sincères du XIXe siècle (et il semble qu’ils étaient peu nombreux selon les témoignages de l’époque) de surmonter leur déception après 1844 et de retourner à l’étude des prophéties bibliques, qu’il fut pénible pour les disciples de Jésus de le voir mourir de la façon la plus infâmante avant de le voir s’en retourner au ciel. Les disciples allaient eux aussi devoir se mettre au travail, réétudier de près la Torah et les prophètes et partager ce qu’ils savaient, au péril de leur vie.

Les pierres ont crié en ce printemps de l’an 31, alors que Jésus entrait à Jérusalem. L’impossible, l’irréalisable à vues humaines, a été annoncé avec des cris d’enthousiasme. Les pierres ont crié également dans les années 1840, alors que Jésus, en tant que grand prêtre de l’humanité devant Dieu, entrait dans le ministère du Kippour. L’impossible, l’irréalisable a été annoncé avec un enthousiasme spirituel inconnu jusqu’alors, et sans aucun fanatisme délirant. Il était impossible en l’an 31 que Jésus devienne roi de Jérusalem, il y avait trop d’opposition. Pourtant il est devenu roi de l’univers dès son ascension. Il était impossible que Jésus revienne en 1844, il y avait trop d’opposition et d’ignorance à ce sujet parmi les Églises chrétiennes. Pourtant, le jugement céleste a bel et bien commencé. Pourtant l’impossible est en cours de réalisation : un peuple de croyants, semblables à Jésus, est bel et bien en cours de constitution.

Les pierres ont crié. Deux fois. Les chrétiens qui célèbrent les rameaux ont-ils conscience de la portée de leur acte ? Comprennent-ils ce qu’implique la royauté de Jésus et la fin du mal, mal qui doit être éradiqué dans leur cœur avant tout ? Se préparent-ils à tenir debout en face d’un Dieu saint ? Où bien vont-ils être anéantis avec les ennemis de Dieu ? « Où sera le cadavre, là s’assembleront les aigles », répondait Jésus à ses disciples voulant savoir où précisément le royaume de Dieu serait fondé (Luc 17.37). Alors, le royaume de Dieu est-il au milieu de vous ou non ?

 

(1) Les citations ont été condensées ou reformulées par souci de concision, mais leur sens général n’a pas été modifié. Les ouvrages complets d’Ellen White, une femme remarquable, tant par sa vie que par ses écrits, sont consultables sur le web : http://egwwritings.eu/ (utiliser le navigateur Firefox).