Nous sommes au tout début de la Torah. Yahveh, le Créateur, vient de façonner l'être humain et tout son environnement. Tout ce que Dieu a créé est bon. Mais tout n'est pas encore parfait. Dès les premières lignes de la Bible, alors que notre univers semble encore chaotique, le texte signale déjà la présence de «ténèbres». Ces ténèbres ne sont pas seulement de l'obscurité. Le mot hébreu correspondant, hoshek, signifie la présence d'un élément occulte, caché. Avant même que l'homme soit créé, un problème existe dans l'univers. Ouf ! Ce n'est pas nous qui faisons problème au départ ! Malgré le risque engendré par ces «ténèbres», Dieu ne renonce pas à son projet créateur. Dieu ne se laisse pas arrêter par le mal.

Cependant la présence du mal oblige, en toute justice, le Créateur à accorder à l'auteur du mal la possibilité d'entrer en contact avec l'être humain. Or l'être humain a été placé dans le cadre idéal du jardin d'Eden. Dans ce lieu privilégié de la nouvelle planète, un arbre, chargé de fruits, sera le lieu possible de la rencontre. Bien entendu, en toute justice également, Yahveh prévient le premier couple humain du danger mortel de s'intéresser de trop près à cet arbre. Le premier couple fera-t-il confiance jusqu'au bout à son Créateur, ou se laissera-t-il gagner par les paroles enjôleuses de la créature perverse qui se cache derrière un serpent, à la manière d'un habile ventriloque ? L'enjeu est palpitant et l'on peut imaginer les anges restés fidèles à Yahveh attendre la confrontation avec intérêt intense.

S'étant approché de l'arbre par pure curiosité, la femme admire ses fruits. C'est alors qu'elle entend une voix mystérieuse. Surprise, car apparemment elle est seule, elle croit que ces paroles viennent du magnifique serpent, niché dans l'arbre. Probablement un serpent ailé multicolore tel celui des représentations amérindiennes. «Un serpent qui a acquis le pouvoir de la parole !» un pouvoir typiquement d'origine divine. En effet, c'est par sa Parole que Dieu vient d'amener le monde à l'existence. Ce serpent, pense-t-elle, doit détenir des connaissances prodigieuses, peut-être parce qu'il a mangé du fruit de l'arbre défendu ? Ce qu'il dit est certainement à écouter avec attention.

Nous aussi prêtons attention aux paroles du serpent, car elles contiennent le venin philosophique qui va engendrer une rupture fatale entre les humains et le Créateur. Il est primordial pour nous de comprendre quels sont ces mensonges afin de rejeter cette pseudo-sagesse, encore vénérée aujourd'hui mais porteuse de mort. Écoutons donc les paroles de celui qui se cache derrière le serpent (version du rabbinat français) :

«Est-il vrai que Dieu a dit : vous ne mangerez rien de tous les arbres du jardin ?»

Le «serpent» introduit d'abord, subtilement, le doute sur la crédibilité de Dieu. «Est-il vrai ?» «Avez-vous reçu les bonnes informations sur Dieu ?» Pervers de la part de quelqu'un qui justement essaye de brouiller l'information ! Sous-entendu : «Dieu vous a-t-il tout dit ? Qu'est-ce qui est vraiment interdit ? Dieu est-il de bonne foi ? N'essaye-t-il pas de vous priver d'un savoir légitime ?» Mais Havah est bien intentionnée : elle ne décode pas le sous entendu pervers. Et le serpent se présente comme quelqu'un qui veut s'informer, innocemment. Où est le problème ??

Cet ange pervers utilise aussi l'exagération afin de désarmer toute méfiance éventuelle : il serait évidemment absurde que Dieu ait interdit de manger de tous les fruits du jardin ! Mais, bon, venant d'un simple animal, une telle ignorance (ici feinte) est plausible. «Le serpent n'est qu'un animal, se dit Havah, évolué certes puisqu'il parle, mais il n'est pas censé tout savoir ! Je peux moi aussi lui apprendre des choses !» Elle se sent valorisée et répond promptement au serpent. Mettez-vous à sa place : quelle expérience excitante d'être le premier humain à s'entretenir avec un animal qui a accédé à un niveau d'intelligence supérieure ! Le faux dialogue manipulateur est amorcé. La première femme est fatalement mise en confiance et préparée ainsi, diaboliquement, à recevoir le message corrupteur qui va suivre :

«Non, vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que, du jour où vous en mangerez, vos yeux seront dessillés, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.»

«Vous ne mourrez pas» : c'est le mensonge tragique de l'immortalité naturelle, implicite, inhérente, qui est instillé ici. Il donnera lieu à toutes sortes de fausses croyances manipulatrices, du culte des ancêtres jusqu'au dogme «chrétien» de l'immortalité naturelle de l'âme. C'est oublier que seul le Créateur est vraiment immortel et possède la Vie en lui-même. Les créatures ne sont que maintenues en état d'immortalité. La simple croyance en ce mensonge va permettre aux anges indépendants de semer la destruction et la mort sur notre planète !

«Dieu sait» : «mais il ne vous en a rien dit ! Pire, il vous a interdit de manger des fruits de cet arbre !»Cet ange pervers essaye de faire porter à Dieu ses propres intentions malveillantes. «Si Dieu savait que cet arbre était bon pour vous, alors pourquoi vous l'a-t-il interdit ? N'est-ce pas pour vous priver d'un bonheur plus grand ?» A ce point du dialogue, si Havah avait choisi de faire confiance à Dieu, elle se serait dit que si Dieu voulait vraiment les priver de ce fruit merveilleux, il aurait ôté tout simplement cet arbre de leur portée ! Mais l'insinuation de l'ange perverti va plus loin : «si Dieu a laissé cet arbre au milieu du jardin, c'est peut-être qu'il n'est pas réellement capable de l'ôter. C'est qu'il n'est pas celui qu'il prétend être !» En réalité, si Yahveh a placé cet arbre dans le jardin, c'est pour mieux aimer ses nouvelles créatures : c'est pour protéger leur liberté individuelle. Il leur donne ainsi la possibilité d'évoluer de l'innocence vers la justice, c'est-à-dire vers l'obéissance joyeuse et intelligente à Dieu. Dieu n'a pas fixé l'être humain dans une position prédéfinie. Il a conçu ses fonctions spirituelles pour qu'elles puissent évoluer sans cesse. Merci au Tout-Puissant ! L'être humain est dès ses origines dans une dynamique de vie (et non de survie, désolé M. Darwin !).

«Vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.» Certes le premier couple va connaître le mal, qu'il ignorait jusqu'alors, mais sa connaissance du bien va se brouiller également. Et il ne deviendra pas comme Dieu pour autant ! Au contraire, il va connaître la honte, la peur, la mésentente, la souffrance et finalement la mort. Voilà le fruit de cette philosophie perverse qui veut faire de nous des dieux, alors que nous ne sommes que des créatures. En fait, pour nous, la bonne façon de «connaître le bien et le mal», à notre niveau de créatures, c'était de faire confiance à Dieu et donc de lui obéir en repoussant les avances du serpent.

«Vos yeux s'ouvriront», c'est-à-dire «Vous accéderez à une connaissance supérieure, dont Dieu vous a privé jusqu'ici.» «Vous serez comme Dieu», c'est-à-dire «Dieu veut vous empêcher d'accéder au même statut que lui. Tout le monde devrait accéder à ce statut. Et donc le Dieu unique, le Créateur, n'est qu'un mythe ! Ce n'est qu'un profiteur qui veut garder le pouvoir pour lui tout seul.» Or accéder au pouvoir total et totalitaire est précisément le but secret de l'ange qui se cache derrière le serpent. Il essaye de faire porter à Dieu sa propre mégalomanie. Décidément très pervers ! Ici, la conscience d'Havah devrait être alertée. Fera-t-elle confiance à Dieu, malgré ces insinuations perverses ? Dieu va-t-il pouvoir être fière d'elle (et de son compagnon qui n'a pas encore soufflé mot) ou Dieu va-t-il devoir connaître lui aussi la souffrance ? Tout l'univers est en haleine ! (à suivre)