Daniel : une lumière à Babylone

L’eau de Vie

1 Décembre 2011 , Rédigé par Daniel à Babylone Publié dans #Ellen White

Le 17 novembre 1885, Ellen White, femme remarquable issue du mouvement de l’avent des années 1840, publiait dans la Review and Herald, organe officiel de la jeune Église adventiste du septième jour, un article intitulé The Grace and Mercy of God. Comme à son habitude, cette femme inspirée y déroule ses thèmes favoris relatifs au caractère divin et au plan du salut, ici figuré par la fête des huttes et la commémoration du jaillissement de l’eau du rocher. Tout cela dans le cadre du conflit spirituel qui se déroule entre les forces du bien et du mal, forces angéliques entre lesquelles nous, êtres humains, sommes pris à parti. Avec une perspicacité peu commune, elle fait tomber également quelques masques religieux séducteurs, comme ceux des prétendus guérisseurs, et cela à une époque où le spiritisme fait ses premières apparitions frappantes en Amérique du Nord. Avec une intelligence sans doute plus fine que celle de ses collègues masculins de l’époque, elle valorise un des thèmes favoris des adventistes d’alors : l’immuabilité des dix commandements. Ces commandements sont, parmi les autres lois bibliques formalisées par écrit par Moïse voici environ 3 300 ans, l’expression la plus pertinente des grands principes divins sur lesquels tout l’univers repose. Comme toujours, et tout le long de l’article, Ellen White, qui pourtant n’a pas fait d’études de théologie, fait preuve d’une fine connaissance biblique et d’une forte imprégnation de la pensée hébraïque biblique. Communauté d’inspiration oblige. Cette inspiration biblique lui permet de préciser avec pertinence les conditions de la justification par la foi, à l’époque justement ou A. T. Jones et E. J. Waggoner commencent à écrire pour Signs of the Times… Les grands esprits se rencontrent, même s’ils formulent les choses parfois un peu différemment. Cet esprit de discernement donnera par ailleurs à Ellen White la capacité de puiser librement mais judicieusement dans d’autres sources littéraires, sans commettre d’erreur de jugement, notamment dans la rédaction d’ouvrages plus conséquents. Mais laissons-lui la parole.

[Là où notre traduction s’éloigne de la formulation du texte original, une traduction plus littérale a été ajoutée entre crochets]

«Le dernier jour, le grand jour de la fête, Jésus, debout, s'écria : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive !» Jean 7.37.

Une fois par an, à la fête des huttes, les descendants d’Israël se rappelaient l’époque où leurs pères vivaient sous tente dans le désert pendant leur voyage de l’Égypte vers le pays de Canaan. Les cérémonies de ce dernier jour de la fête étaient particulièrement solennelles, mais c’est la cérémonie commémorative du jaillissement de l’eau du rocher qui présentait le plus grand intérêt. Dans un vase d’or, les prêtres apportaient au temple de l’eau de la source de Siloé qui, une fois mêlée de vin, était versée sur le sacrifice, sur l’autel. Ce rituel s’accompagnait d’une grande manifestation de joie. Des voix nombreuses s’unissaient aux trompettes et aux cymbales pour louer le Dieu très haut. En effet, dans leurs esprits, l’eau jaillissant du rocher frappé s’associait à l’effusion de l’Esprit saint qu’il s’attendaient à recevoir lors de la venue du Messie.

C’est à cette occasion que, par dessus la confusion de la foule et des cris de joie, une voix se fait entendre : «Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive !» Voilà qui attire l’attention du peuple. Au delà de la liesse générale apparente, l’œil de Jésus, scrutant la foule avec la plus tendre compassion, discerne l’âme desséchée, ayant soif des eaux de la vie. Beaucoup de personnes cherchaient ardemment à satisfaire les besoins de leur âme au moyen d’une série de cérémonies vides. Ils tentaient d’étancher leur soif à des citernes qui ne retiennent pas l’eau. Ils ne comprenaient pas leur vrai besoin. Ils se réjouissaient extérieurement de l’ouverture de la source tout en refusant de boire eux-mêmes ses eaux vivifiantes.

L’invitation généreuse : «venez à moi et buvez» traverse les âges jusqu’à notre époque. Nous aussi pouvons être dans une position semblable à celle des juifs de l’époque du Christ. Nous pouvons nous réjouir de ce que la fontaine de la vérité s’est ouverte pour nous, tout en ne permettant pas à son eau vive de rafraîchir nos propres âmes. Nous devons boire. C’est notre privilège et notre devoir de boire et de rafraîchir notre âme, puis, par nos paroles de courage et une sainte joie triomphale, d’encourager et de fortifier d’autres personnes. Nous devons exprimer, en paroles et en actes, les bienfaits du grand salut qui a été prévu pour nous.

La fontaine de la vie a été ouverte pour nous à un prix incroyablement élevé. Mais combien de personnes qui s’en réjouissent et s’en extasient n’en boiront pas l’eau, porteuse de guérison de santé et de vie ! Pourtant les voix de ceux qui boivent effectivement s’accorderont aux plus hautes louanges. Si peu de personne boivent ces eaux vives ! C’est la raison pour laquelle il n’y a pas davantage de joie et de bonheur au sujet de Dieu. Beaucoup de gens indiquent aux autres le flot cristallin : ils invitent les autres à en boire. Mais eux-mêmes ne goûtent pas à son eau pure.

La grâce divine opère pour tous ceux qui l’acceptent ; cependant il nous reste quelque chose à faire. Nous entendons souvent dire que le Ciel nous est assuré uniquement par ce que Jésus a fait pour nous et non par quoi que ce soit que nous puissions faire pour nous-mêmes. Dans un sens c’est vrai, mais dans un autre ce n’est pas vrai. Nous avons un travail à faire pour nous ajuster à la compagnie des anges. Nous devons être comme Jésus, libres de toute souillure du péché. Il a été tout ce qu’il nous demande d’être, il a été un modèle parfait pour l’enfant, l’adolescent et l’adulte. Nous devons étudier ce modèle de plus près.

 

Jésus était la Majesté du Ciel : pourtant il a daigné prendre des petits enfants dans ses bras et les bénir. Celui que les anges adorent écoutait avec l’affection la plus tendre leur babillages admiratifs. Nous devons être comme lui sur le plan de la dignité et de la noblesse, pendant que l’amour divin résidant dans le cœur du Christ adoucit et soumet nos cœurs. Notre conduite devrait se caractériser par la simplicité et nous devrions nous rendre proche de nos semblables [du cœur de nos frères], les aimant comme le Christ nous a aimés.

Nous avons un travail à accomplir pour façonner notre caractère selon le divin modèle. Toute mauvaise habitude doit être abandonnée. Celui qui est impur doit devenir pur de cœur, l’homme égoïste doit mettre de côté son égoïsme, l’homme orgueilleux doit se débarrasser de son orgueil, l’homme prétentieux doit surmonter son excès d’assurance et comprendre qu’il n’est rien sans le Christ. Chacun de nous sera fortement tenté; notre foi sera éprouvée à l’extrême. Notre connexion avec Dieu doit être active [vivante], nous devons participer à la nature divine. Alors nous ne nous laisserons pas abuser par les stratagèmes de l’ennemi et nous échapperons à la corruption qui règne dans le monde par la convoitise.

Il nous faut être ancrés en Christ, enracinés et fondés dans la foi. Satan travaille par des intermédiaires. Il choisit ceux qui n’ont pas bu à la source des eaux de la vie, qui ont soif de nouveauté et d’inconnu, et sont toujours prêts à boire à la première fontaine venue. On entendra dire «Le Christ est ici» ou bien «il est là» mais il ne faut pas le croire. Nous avons des preuves indiscutables permettant de reconnaître la voix du vrai Berger et il nous appelle à le suivre. Il dit : «J’ai gardé les commandements de mon Père.» Il conduit ses brebis dans le sentier d’une humble obéissance à la loi de Dieu et jamais il n’encourage quelqu’un à transgresser cette loi.

«La voix d’un étranger», c’est celle d’un individu qui n’a ni respect ni soumission pour la loi divine, sainte, juste et bonne. Plusieurs affichent des prétentions à la sainteté, se vantent d’obtenir de prodigieuses guérisons, sans toutefois avoir la moindre considération pour cette règle de justice. Mais par la puissance de qui opèrent-ils ces guérisons ? Chacun, de part et d’autre, prend-il conscience de ses propres transgressions de la loi ? Prend-il l’attitude d’enfant humble et obéissant, disposé à répondre à toutes les exigences de Dieu ? Jean fait allusion à ceux qui font profession d’être enfants de Dieu : «Celui qui dit: Je l’ai connu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est pas en lui.» 1 Jean 2.4.

Personne n’est obligé de se laisser égarer. La loi de Dieu est aussi sacrée que son trône et c’est par elle que tout homme qui vient au monde sera jugé. Il n’existe aucun autre critère permettant d’évaluer le caractère. «S'ils ne s'expriment pas selon cette parole, pour eux point d'aurore.» Ésaïe 8.20. Or allons-nous résoudre le problème en fonction de la parole de Dieu ou bien accorderons-nous du crédit aux prétentions humaines ? Le Christ a dit : «Vous les reconnaîtrez à leurs fruits.» Si ceux par l’intermédiaire desquels des guérisons s’opèrent se montrent enclins, sur la base de ces manifestations, à trouver une excuse pour leur négligence de la loi de Dieu, et persistent à désobéir, quelle que soit l’étendue de leurs pouvoirs, cela ne prouve pas qu’ils disposent de la grande puissance divine. Bien au contraire, il s’agit du pouvoir du grand séducteur à produire des miracles. Ce dernier est un transgresseur de la loi morale et il utilise tous les artifices qu’il peut maîtriser pour voiler aux yeux des hommes son vrai caractère. Nous sommes avertis que dans les derniers jours il opérera des signes et des prodiges. Il continuera de faire des merveilles jusqu’à la fin du temps de probation, et cela afin de se montrer aux hommes comme un ange de lumière et non de ténèbres.

Mes amis [Frères], nous devons nous méfier de la prétendue piété qui autorise la transgression de la loi de Dieu. Ceux qui foulent aux pieds la loi et se mesurent à un étalon de leur propre cru ne peuvent être des personnes sanctifiées. Un certain homme de loi posa à Jésus une question décisive : «Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?» Jésus lui répondit : «Qu’est-il écrit dans la loi, qu’y lis-tu ?» L’autre répondit en disant : «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même.» Ici on affirme clairement que la vie éternelle dépend de l’obéissance à tous les enseignements de la loi de Dieu*.

En nous distinguant nous-mêmes du monde en tant que peuple de Dieu gardien du commandement, nous avons éprouvé la puissance et l’opposition de l’ennemi. Au cours de nos avancées, en suivant le commandement «Allez», nous avons eu l’occasion de nous réjouir de ce que les anges de Dieu nous ont précédés et ont préparé le chemin. Nous avons, symboliquement, traversé la Mer Rouge et remarqué maintes et maintes fois la main de Dieu dans notre délivrance. Il nous appartient de rappeler les preuves de la faveur divine et de présenter notre louange et notre reconnaissance parce que le Capitaine de notre salut, caché par une nuée le jour et une colonne de feu la nuit, nous a conduits et nous conduit toujours dans toute la vérité.

Alors, si nous aussi nous faisions une fête des huttes, un joyeuse commémoration des bénédictions de Dieu à notre égard, en tant que collectivité [peuple] ? Les fils d’Israël célébraient la délivrance que Dieu avait accordée à leurs pères et la protection miraculeuse dont ceux-ci avaient joui pendant leur voyage entre l’Égypte et la terre promise ; de même le peuple de Dieu de l’époque actuelle devrait se rappeler avec gratitude les chemins variés qu’Il a tracés pour les conduire hors de ce monde, hors des ténèbres de l’erreur vers la précieuse lumière de la vérité. Nous devrions souvent rappeler à notre souvenir comment ceux qui ont initié ce travail dépendaient de Dieu. Nous devrions considérer avec reconnaissance les repères posés par nos prédécesseurs et rafraîchir nos esprits [âmes] par les souvenirs de la bonté affectueuse de notre aimable bienfaiteur.

De fait, nous sommes ici des étrangers, des migrants [pèlerins] vers un meilleur pays. Notre demeure future est la Canaan céleste, où nous boirons du «fleuve d'eau vive, brillant comme du cristal» qui jaillit «du trône de Dieu et de l'agneau.» (Apocalypse 22.1, TOB). Mais, durant notre voyage vers cette destination, quel heureux privilège nous avons d’accepter l’invitation du Christ : «si quelqu’un à soif qu’il vienne à moi et qu’il boive». Réjouissons-nous dans la bonté de Dieu et mettons en évidence les louanges de Celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

 

Ellen WHITE, The Review and Herald, 17 novembre 1885. Messages Choisis, vol. 2, p. 57-58. Lire plus décrits d’Ellen White dans différentes langues.

 

* Jésus lui-même résume ainsi l’essentiel de la Loi (Marc 12.29-31), en ayant soin de surcroît de faire précéder ce message essentiel de la Torah du shemah yisraël : «Écoute, Israël, le Seigneur [YAHVEH], notre Dieu, est l'unique Seigneur» (Marc 12.29). En tant que divin auteur de la Loi et représentant unique du seul vrai Dieu, Jésus est parfaitement à même de résumer la Loi, fondement de son activité d’unique Créateur. Cependant, ici, en tant qu’être humain porteur de notre nature déchue, Jésus  a soin de diriger d’abord les regards de ses auditeurs vers le Père — dont il sort pourtant — cela afin de prévenir tout risque d’idolâtrie. En cela Jésus est parfaitement en accord avec l’esprit de la Torah, en dépit de ses prétentions à la divinité… Vaste mystère que celui du Créateur unique ! Mystère que les Témoins de Jéhovah ne sont pas près d’élucider. Ne nous laissons donc pas embobiner par leur schémas théologiques, forcément réducteurs par rapport à l’insondable divinité et donc essentiellement idolâtres.

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