Quand on y réfléchit, toute vie sur cette planète dépend d'une autre vie. La vie animale dépend de la vie végétale, pour manger, respirer… Les différentes espèces animales sont dépendantes les unes des autres, chacune en son milieu, terrestre, aquatique… La vie humaine, la plus complexe et la plus fragile, dépend à la fois de la vie végétale et animale. Les êtres humains sont eux-même interdépendants, chacun avec sa propre personnalité, son tempérament, l'évolution de son humeur et de son caractère. Les hommes n'existent que par rapport aux femmes, et les femmes par rapport aux hommes. Les enfants ont besoin des adultes et les adultes des enfants. Enfin l'être humain en général n'existe que par rapport à une altérité radicale, un Autre absolu, celui qui n'est pas une créature, mais le Créateur, la source et la condition de toute vie dans les univers.

Cette Paternité absolue est le seul cas de toute-puissance authentique : authentique parce que non aliénante. Cette toute-puissance est en effet aussi toute-bienveillance. C'est une Autorité qui nous rend auteur, auteur de notre vie. Reconnaître cette filiation fondamentale, reconnaître son besoin du Père, c'est prendre le chemin pour devenir un véritable être humain et non un animal évolué seulement. C'est se laisser remplir d'humanité. C'est l'exact opposé de se prendre pour un dieu potentiel. 

Bien, mais il y a un problème justement. La présence de l'autre, sur cette planète, est souvent perçue comme dérangeante. L'autre nous gêne à cause de sa différence. L'autre nous interpelle et nous remet en question.  L'autre peut même constituer une menace bien réelle. La nature est perturbée par la lutte pour la survie. Chez les humains, cette règle de la survie des plus aptes peut prendre le visage de la perversité. Alors, faire du mal à l'autre devient une fin en soi, un moyen (illusoire) de détourner notre propre violence de nous-mêmes. D'où vient ce Mal ? D'où vient ce désir morbide et inutile de vouloir détruire l'autre ou de prendre sa place ? La nature est affectée par ce mal, mais elle ne peut en être la source.

Le désir d'annihiler l'autre est secrètement enfoui dans notre inconscient, individuel et collectif. Les prophètes hébreux de l'Antiquité ont donné dans leurs écrits des indices montrant qu'ils connaissaient l'existence de l'inconscient. Le contact direct avec Dieu leur a donné vingt-cinq siècles d'avance sur l'évolution naturelle des connaissances humaines. En voici quelques exemples :

Fourbes plus que tout sont les pensées, incorrigibles, qui peut les connaître ? Moi, le SEIGNEUR, qui scrute les pensées, examine les sentiments  (littéralement : examine les reins, siège des émotions profondes dans le langage imagé de la culture de l'époque) (Jérémie 17.9.10, VIIIe siècle av. J.-C.). Seul le Créateur a une claire vision de l'indicible, de notre inconscient. Le prophète lui répond d'ailleurs : Guéris-moi, SEIGNEUR, et je serai guéri ; sauve-moi, et je serai sauvé (17.14).

Le livre des Proverbes confirme cette maîtrise divine de l'inconscient quand il constate : Toutes les voies de l’homme sont pures à ses yeux, mais c’est le SEIGNEUR qui pèse les coeurs. (16.2) Plus loin on trouve cette déclaration révélatrice : Les pensées dans le coeur humain sont des eaux profondes ! L’homme raisonnable y puisera. (20.5) L'homme raisonnable ici, c'est celui qui est revenu à la raison, qui a fait un sérieux retour sur soi et un travail d'analyse de ses pensées et de son comportement. Il ne se fie pas uniquement à ses instincts !

Profond en effet est l'inconscient humain, profond mais protecteur. Voyez ce qu'en dit le prophète Abdias : Oui, proche est le jour du SEIGNEUR, jour menaçant toutes les nations. Comme tu as fait on te fera : tes actes te retomberont sur la tête (littéralement : reviendront dans ta tête) (Abdias 15). Notez que le prophète Abdias semble situer l'inconscient avec davantage de précision : du coeur on est passé à la tête. On assiste en tous cas ici au tragique retour à la conscience de tout le mal enfoui dans l'inconscient et qui n'a pas fait l'objet d'un travail psychique et spirituel adapté. Ce mal est peut-être resté caché sous un maquillage social sophistiqué. Ici il refait surface et c'est dévastateur.

Enfin, dans les écrits bibliques chrétiens (Nouveau Testament), on peut trouver nombre de références à la connaissance de l'esprit humain. Nous ne citerons ici que la célèbre parole du Messie Jésus crucifié : Père (notez sa reconnaissance de la filiation : exemplaire !), pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font ! (Evangile selon Luc, 23.34) Dans leur folie meurtrière, les religieux de l'époque n'ont pas conscience que leur désir meurtrier, en visant le Messie Jésus, vise Dieu lui-même. D'où vient cette haine du Messie ? Le message des évangiles est clair : cette haine vient de la différence. Différence de caractère, de méthode, d'état d'esprit entre eux, orgueilleux responsables religieux, et le Messie venu révéler Dieu. Ce Messie est pourtant aussi venu pour porter tout le poids de notre humanité, collective et individuelle, consciente et inconsciente. La résurrection de ce Messie, attestée par les quatre évangiles et par des centaines de témoins oculaires de l'époque, ouvre donc à l'humanité un espoir de réconciliation totale avec l'Altérité et donc avec la Vie.

Il nous reste alors à tenter de répondre à la question : d'où vient cette haine de l'Altérité, cette haine de Dieu, tapie dans les eaux profondes de nos pensées ? Les prophètes hébreux répondent à cette question fondamentale de l'origine du mal mais sans l'expliquer tout à fait, car l'expliquer ce serait déjà justifier le mal. Néanmoins ils rendent compte, dans certaines limites, de ce qui s'est passé. Voir le billet intitulé Le mal extraterrestre. Cela nous suffit pour donner un sens non seulement à ce qui s'est passé, mais aussi à ce qui se passe aujourd'hui et à ce qui se passera bientôt, à savoir l'anéantissement du mal.

Cet anéantissement sera finalement accepté par tous, y compris par ses défenseurs, c'est en tous cas le pari de Dieu et le but de ses efforts inlassables. Ce sera le triomphe total de l'amour et de la justice divine. Voilà pourquoi la fin du monde annoncée par les prophéties est fondamentalement une bonne nouvelle, en dépit de la perte tragique de nombreuses personnes qui seront restées fixées sur leur refus de l'altérité. Ne vous figez pas dans vos positions, restez ouverts au changement. Des surprises de taille vous attendent, je vous l'assure, et ce dans un très proche avenir !!

En attendant la fin du mal et des ses conséquences mortelles, le mensonge de l'auto-divinisation a la vie très très dure. Mine de rien, ce désir pathologique, inavoué, et inavouable d'ailleurs, est la source de nombreux maux : la peur de l'autre, le rejet de l'autre, le meutre de l'autre, acté ou non. Vouloir se rendre indépendant de tout et de tous est une attitude suicidaire, les problèmes écologiques actuels en témoignent avec force. Et, paradoxalement, vouloir se diviniser, c'est prendre le chemin opposé à celui que Dieu lui-même a pris en ce qui le concerne. Dieu en effet renonce à la toute-puissance absolue afin de permettre à l'autre d'exister, tout en lui préservant la possibilité de retrouver la vie s'il la perdait d'aventure en chemin sait-on jamais… C'est là l'originalité absolue du Dieu révélé dans la Bible. C'est là aussi la preuve qu'il continue de maîtriser la situation, en dépit du mal. Son renoncement à la toute-puissance est la preuve de sa capacité à exercer la toute-puissance. Il en est digne. En tant qu'Autre absolu, il a choisi d'exister uniquement pour le bien des autres. Et non content de ce bonheur dont il jouit, il veut le partager avec nous. Comment ? Il veut faire de nous, êtres humains mortels et abimés par la lutte pour la survie, des êtres parfaitement heureux, c'est-à-dire des êtres qui vivent pour le bien de l'autre. Dieu a la puissance et des moyens adaptés pour nous transformer de cette façon-là. Laissez faire son Esprit, en vous et autour de vous, et vous verrez que vos vies en témoigneront ! La Bible est la première source à consulter pour se mettre en contact avec cet Esprit.