Daniel : une lumière à Babylone

Genèse 12.3 : La Terre à genoux

10 Avril 2011 , Rédigé par daniel-lumiere-a-babylone.over-blog.com Publié dans #Textes commentés

Je bénirai ceux qui te béniront, qui te bafouera je le maudirai ; en toi seront bénies toutes les familles de la terre. Genèse 12.3, TOB.

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Ce troisième verset du Lekh-lekha emploie trois fois le verbe hébreu barak traduit le plus souvent par «bénir» :

— la première fois au piel (intensif), à l’inaccompli : je bénirai

— la deuxième fois au piel au participe : ceux qui te béniront, littéralement les bénissant de toi

— la troisième fois au niphal (passif), à l’accomplic’est la conclusion, le résultat résolu et certain de l’intervention divine : en toi seront bénies toutes les familles de la terre.

Le vav qui préfixe le verbe, lors de cette troisième occurrence, invite à utiliser le futur dans la traduction, mais on pourrait théoriquement utiliser aussi le présent ou le passé : en toi, toutes les familles de la terre sont bénies, c’est sûr. Mais que signifie cette bénédiction ?

Au sens concret (primordial en hébreu), le verbe barak signifie s’agenouiller. Pour être béni, en effet, il faut s’agenouiller. Pour qu’il y ait bénédiction il faut que quelqu’un soit prêt à recevoir la bénédiction. Pour que quelqu’un puisse bénir, il faut que quelqu’un s’agenouille. Or c’est exactement ce qu’a fait le messie Jésus. Non seulement il a passé des nuits en prière, mais, à Gethsémani, il s’est littéralement et symboliquement agenouillé, pour toute l’humanité. D’où la troisième partie du verset : en toi, c’est-à-dire en ta descendance, toutes les familles de la terre seront mises à genoux, c’est-à-dire seront rendues aptes collectivement à recevoir individuellement la bénédiction divine. En Jésus, la bénédiction nous est devenue accessible parce qu’en lui il a été démontré, devant les hommes et les anges, que notre volonté peut se soumettre librement à celle de Dieu. Comment ?

Au sens abstrait, le verbe barak signifie louer, dire du bien de, souhaiter du bien à, d’où bénir. Dieu désire faire nos éloges, dire du bien de nous, devant l’assemblée céleste. Nous faire du bien, nous rendre meilleur, nous restaurer, voilà qui lui donne du poids (kavod) devant l’assemblée générale des univers, actuellement réunie pour la première phase du jugement (voir Daniel 7). C’est le chemin qu’a choisi de suivre le Messie Jésus afin d’obtenir le droit de reproduire cette bénédiction dans nos esprits, si nous nous attachons à ses pas. Alors, à notre tour, nous dirons du bien de YAHVEH, nous le bénirons en paroles et en actes. Maintenant qui sont ces familles de la terre qui sont inclues dans cette bénédiction ?

Le mot famille, en hébreu mishpachah, signifie aussi race, clan, tribu, corporation, mais aussi espèce, sorte (Genèse 8.19), ce qui indique au passage que la bénédiction ou restauration effectuée par Dieu va aussi affecter finalement la nature, les plantes, les animaux, et non des êtres humains seulement. En tous cas, ce terme, mishpachah, utilisé principalement pour désigner la famille, au sens large, apparaît plus de 200 fois dans la Bible hébraïque. Cette fréquence rappelle le rôle capital de la Bible pour établir dans nos esprits la notion de filiation, une notion clé pour appréhender le psychisme humain. Malheureusement, depuis 150 ans environ, l’image de la filiation s’estompe dans la mémoire collective et dans les mentalités. C’est le fruit de la théorie darwinienne de l’évolution des espèces, qui détruit la notion de filiation à ses origines mêmes, en faisant de l’humain un résultat possible d’une mécanique naturelle sélective, et non un descendant. Nous perdons notre statut de fils et de filles, et du même coup ce qui fait notre humanité. Nous sommes coupés de la parole qui nous fonde, parole qui ne peut pas provenir d’une évolution naturelle.

Le mot mishpachah, famille, dérive d’une racine peu employée, shaphah¸qui viendrait de l’arabe et signifierait à la base apparaître, être mis en évidence : c’est la naissance, événement clé du tissu familial. C’est aussi la venue du Messie, car le Messie est une mise en évidence visible du Dieu invisible et le Messie doit naître lui aussi de la femme (Genèse 3.15). Ici apparaît toute la fragilité de la famille humaine, qui sort nue du sein maternel, nudité qui rappelle celle, honteuse, de l’Eden. Ce sont ces êtres nus, faibles et honteux, que YAHVEH se plaît à couvrir* de sa justice afin de les présenter un jour, tous ensemble, restaurés, dignes, dans un nouvel univers libéré de l’emprise du mal. Les deux occurrences de la racine shaphah dans la Bible, Job 33.21 et Ésaïe 13.2, confirment avec leur contexte cette présence concomitante dans la racine shaphah de l’idée de mise en évidence et de mise à nu.

(* En hébreu, kaphar, enduit qui recouvre l’arche de Noé, mais aussi couvercle de l’arche de l’alliance dans la tente de la rencontre.)

Enfin le mot mishpachah, famille, est aussi apparenté à shiphchah qui désigne une servante, une fille esclave. Abraham a peut-être songé à ce mot, lorsque, toujours privé de descendant et arrivant à un âge avancé, il a pris sa servante Agar pour femme afin de tenter d’accomplir lui-même la promesse divine. En tous cas, Abraham a toujours traité équitablement ses serviteurs et ses servantes, montrant par là qu’il les voyait eux aussi inclus dans ces familles de la terre, objets de la bénédiction divine. Shiphchah, servante, est en tous cas un signe d’humilité, cette qualité nécessaire pour recevoir la bénédiction, à genoux (barak).

Ces familles, objet de la bénédiction, sont toutes celles de la Terre, et là ce n’est pas le mot erets, terre, pays, qui est employé, contrairement au verset 1, mais, adamah, en résonance avec mishpachah, famille (mais non en consonance directe, famille étant bien sûr au pluriel, donc mishpechoth). Mais adamah renvoie surtout à adam, l’être rouge (le glébeux selon la traduction de Chouraqui), une claire allusion au récit des origines (bereshit). Le caractère universel de la bénédiction est souligné ici. Ce n’est pas un pays particulier qui est l’objet de cette bénédiction, pas même l’état d’Israël : c’est l’adamah, le lieu de toute l’humanité.

Bien plus, pour recevoir cette bénédiction, il faut, comme nous l’apprend le verset 1 du même chapitre 12, quitter son pays (erets), la maison de son père, ses traditions, sa vaine manière de vivre (1 Pierre 1.18) qui peuvent faire obstacle à la bénédiction. Alors Dieu nous fera voir un autre pays (Genèse 12.1) que celui sur lequel le Nouvel ordre mondial focalise notre attention. Cet autre pays, cette Jérusalem-là vient du Ciel : elle n’est pas le produit des luttes politiques ni des manigances religieuses.

Alors, et alors seulement, comme l’annonçait le verset 2, YAHVEH va pouvoir faire (en hébreu à l’inaccompli) de nous une grande nation (hébreu goy). Il rendra grand (gadal au hiphil à l’inaccompli) notre nom, notre famille, et c’est pourquoi nous sommes (verbe être à l’accompli) une bénédiction. Pour réaliser tout cela, Dieu doit d’abord changer la malédiction qui s’attache à nos pas en bénédiction. Il doit réellement réaliser le tour de force de faire de nous une bénédiction, un cadeau, un présent, un hommage, suivant les sens du mot berachah, bref ce qui rapproche et réconcilie, comme le présent d’Abgaïl à David qui permit d’éviter un carnage (1 Samuel 25.27). Berachah, bénédiction, dérive bien sûr de la racine barak dont nous avons parlé plus haut. Ce n’est en effet qu’en nous mettant à genoux (barak), c’est-à-dire au service des autres, que nous pouvons leur faire du bien, les bénir. Devenons donc une bénédiction pour notre entourage !

Cependant, en tant que présent, la berachah peut aussi s’avérer un piège si elle nous fait entrer dans une alliance contraire à celle que Dieu nous propose. Voir par exemple 2 Rois 18.31, ou la berachah est proposée par le roi d’Assyrie aux Judéens afin de les détourner de la confiance en YAHVEH et en son pouvoir libérateur. Grâce à la fermeté du roi Ezéchias et au soutien du prophète Ésaïe, cette berachah trompeuse sera repoussée. Néanmoins, quand, quelques années plus tard, le roi de Babylone frappera aux portes de Jérusalem, l’histoire sera bien différente. Alors la fuite ou la soumission seront de meilleures solutions que la résistance ! Qu’en est-il aujourd’hui ? Quand et dans quelle mesure devons-nous rester et résister au pouvoir de «Babylone» et quand et comment devons-nous «fuir dans les montagnes», et donc abandonner «Jérusalem» à son triste sort, comme Jésus nous y invite ? Voilà les questions auxquelles les croyants fidèles au Créateur vont devoir répondre dans les toutes prochaines années !

La malédiction, évoquée dans la deuxième phrase de notre passage, qui te bafouera je le maudirai, est d’ailleurs déjà contenue potentiellement dans la racine barak : la bénédiction divine peut se retourner contre nous, si nous remplaçons le « bien dire » par « le mal dire », si nous changeons la lumière en ténèbres. C’est le défi auquel Job a été confronté, à cause de la perversité du satan : Job 1.11 et 2.5,9. Dans ces passages, cette même racine barak, au piel (intensif) prend le sens de maudire, c’est-à-dire s’agenouiller devant Dieu de force ou de mauvais gré, l’accusant ainsi de notre propre méchanceté ou despotisme, reportant sur lui la culpabilité résultant de notre propre mal ou de la perversité de Satan. C’est reporter sur Dieu la haine de Satan ou tout simplement notre propre haine de nous-mêmes. Or on ne manipule pas Dieu : on ne peut pas le mettre à genoux. Job résistera plutôt bien à cette tentation. Dans 1 Rois 21.10-13, la perversité satanique du roi Achab et de Jézabel essaye de faire porter à Naboth la redoutable accusation de «blasphème», afin de le faire lapider et de s’emparer de ses biens : Naboth a maudit (barak) Dieu et le roi, calomnient-ils. Naboth sera lapidé, mais Achab et Jézabel le paieront cher plus tard.

S’agenouiller, c’est se soumettre. A quelle puissance soumettons-nous notre cœur, notre volonté ? A celle de Dieu ou à celle de Satan ? Reconnaître l’autorité ou la puissance de Dieu, sans réellement soumettre notre cœur à sa bonté ni faire les changements relatifs qui s’imposent dans notre psychisme et dans notre vie, c’est prendre le risque de voir cette bonté se changer en malédiction. Qui te bafouera je le maudirai, dit notre texte. Bafouer ici rend hébreu qalal, qui signifie minimiser, prendre à la légère. Il ne faut pas prendre à la légère la bénédiction divine : ce n’est pas qu’une simple couverture pour cacher notre mal. Car nous ne pourrons indéfiniment faire porter à Dieu le poids de nos propres fautes. Le jour vient où YAHVEH devra en être libéré et où le satan sera isolé, avant d’être détruit. Car notre Dieu est aussi un feu dévorant (Deutéronome 4.24 ; Psaume 50.3 ; Hébreux 12.29).

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