Daniel : une lumière à Babylone

Daniel 3 : Fidèles jusque dans les flammes

10 Novembre 2013 , Rédigé par Daniel à Babylone Publié dans #Le livre de Daniel

Daniel 3.1 — Le roi Nabuchodonosor fit une statue d’or : sa hauteur était de soixante coudées et sa largeur, de six coudées[1]. Il la dressa dans la plaine de Doura, dans la province de Babylone.
Profondément étonné que Daniel ait pu connaître et expliquer son rêve (voir chapitre 2), le souverain de Babylone se prit d’abord à révérer le Dieu de ses esclaves hébreux. Malheureusement sa fierté naturelle finit par reprendre le dessus et il s’adonna de nouveau au culte des idoles, même avec plus de zèle. Yahveh n’avait pas encore gagné son cœur.
Le roi décida d’améliorer la statue présentée dans la vision divine. Il ne se contentait pas d’être « la tête d’or ». Il ne voulait pas qu’un autre empire remplace un jour le sien. Il fit donc fabriquer une statue recouverte d’or de la tête aux pieds pour affirmer que l’Empire babylonien resterait toujours en place. Sur ce point, son orgueil l’amenait en conflit avec le Créateur.
Les conseillers royaux s’empressèrent d’encourager le projet. Vive le patriotisme ! Et vivement que le peuple de Babylone oublie l’interprétation donnée par Daniel ! Ainsi on voulait altérer les révélations divines pour enseigner un mensonge. C’est souvent le cas dans la grande controverse qui oppose le Fils de Dieu à Lucifer, son ange rebelle (voir note en fin de chapitre). Mais Daniel et ses trois fidèles amis veillaient. Nul doute qu’ils se réunissaient souvent pour prier. On imagine avec quelle ferveur ils demandèrent à leur Dieu d’intervenir pour que la bonne nouvelle de « la pierre qui devient une grande montagne » ne soit pas rejetée. Tant que nous intercédons, se disaient-ils, Yahveh n’abandonnera pas Babylone à son ignorance.
Quel ouvrage magnifique ! Les Babyloniens n’avaient jamais vu une telle statue, entièrement recouverte de feuilles d’or. Il n’est pas nécessaire en effet de penser que la statue était d’or massif, même si ce métal abondait à l’époque : son prix de revient aurait été démesuré. Quant aux soixante coudées (de 18 à 25 mètres selon le type de coudée utilisée), ils peuvent inclure le piédestal sur lequel la statue avait été dressée. Selon les archéologues, la plaine de Dura correspond à l’actuel Tulul Dura, en Irak, à environ 10 kilomètres au sud de Babylone.
Daniel 3.2-7Le roi Nabuchodonosor fit convoquer les satrapes, les intendants et les gouverneurs, les magistrats, les trésoriers, les juristes, les juges et toutes les autorités des provinces, pour qu’ils se rendent à l’inauguration de la statue qu’avait dressée le roi Nabuchodonosor. 3Alors les satrapes, les intendants et les gouverneurs, les magistrats, les trésoriers, les juristes, les juges et toutes les autorités de la province se rassemblèrent pour l’inauguration de la statue qu’avait dressée le roi Nabuchodonosor. Ils se placèrent devant la statue qu’avait dressée Nabuchodonosor. 4Le héraut cria avec force : Voici ce qu’on vous ordonne, gens de tous peuples, nations et langues ! 5Au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la cornemuse et de toutes sortes d’instruments de musique, vous vous prosternerez pour adorer la statue d’or que le roi Nabuchodonosor a dressée. 6Quiconque ne se prosternera pas pour l’adorer sera jeté à l’instant même dans une fournaise ardente. 7C’est pourquoi, au moment où tous les peuples entendirent le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion et de toutes sortes d’instruments de musique, les gens de tous peuples, nations et langues se prosternèrent pour adorer la statue d’or qu’avait dressée le roi Nabuchodonosor.
La « fournaise ardente » était un moyen d’exécution connu des Babyloniens. Le prophète Jérémie mentionne deux faux prophètes « que le roi de Babylone a fait rôtir au feu » (Jérémie 29.22). Le code d’Hammurabi[2] prévoit l’application de cette peine. Encore à la fin du xviie siècle, le voyageur français Jean Chardin (1643-1713) a observé deux fours crématoires en activité en Perse. Des commerçants qui avaient fait payer trop cher des denrées alimentaires subirent la peine capitale de cette manière.
Selon les lois de l’univers, l’adoration est réservée au Créateur seul. La bravade des Babyloniens envers le gouvernement de l’univers n’échappe pas aux êtres célestes. Le roi Nabuchodonosor n’est ici en effet qu’un instrument entre les mains de Satan. Le chérubin rebelle (voir Ézéchiel 28.14) fait ici une folle tentative pour réduire à néant les précieuses informations communiquées aux hommes par le Ciel.
Cette guerre d’influence se poursuit actuellement. Dans les prophéties bibliques concernant notre époque, Babylone symbolise le mélange des informations religieuses. La confusion produite masque la réalité : ainsi on peut plus facilement manipuler les consciences. L’épisode de la statue d’or se répètera sous diverses formes dans un proche avenir, avant que Yahveh établisse son royaume sur des bases éternelles. Chaque être humain va jouer un rôle dans cet affrontement idéologique.
Remarquez que Nabuchodonosor soutient son culte idolâtre par le bras législatif. Cette union entre la religion et l’État peut être réprésentée par le mélange de fer et d’argile qui constituait les pieds de la statue originale (voir chapitre 2). Pourtant, aux yeux de l’univers, aucun culte rendu à la Divinité ne peut être dicté par des lois terrestres. Dans le gouvernement céleste en effet, chacun choisit librement de servir Dieu. Par conséquent, sur Terre, chaque individu doit rester libre d’adorer Dieu en accord avec sa conscience.
Plus encore, aucun adorateur sincère n’a le droit de faire usage de la force pour inciter d’autres personnes à faire de même. Toute législation du culte est inévitablement mauvaise, puisque non reconnue par le Créateur. Les autorités ont recours aux sanctions pour soumettre les récalcitrants : la liberté de choix est alors anéantie. Yahveh n’accepte de ses créatures qu’une adoration librement consentie, une soumission enthousiaste fondée sur une profonde admiration. Tout culte contraint est une forme d’idolâtrie.
Dans la foule réunie aux pieds de la statue, seuls trois Hébreux semblaient saisir cet enjeu. Daniel était absent, probablement retenu par les affaires gouvernementales. Ses trois amis avaient été dûment convoqués par le roi et ils voulaient lui obéir autant que possible. Mais ils savaient que s’incliner devant la statue équivaudrait à renier leur allégeance au roi de l’Univers. Cela, ils ne pouvaient ni ne voulaient le faire. Obéir au roi de Babylone, c’était même renier le Messie, le Fils de Dieu. D’ailleurs ce dernier participait de près à l’événement, comme nous allons le découvrir dans la suite du récit.
Dès que l’orchestre jouerait les premières mesures de l’hymne national babylonien, chacun devait s’agenouiller devant la statue en signe de soumission à la politique et à la foi royales. Le programme était bien huilé. Mais les trois jeunes Hébreux s’étaient préparés pour ce moment. Leur foi, en cet instant, fit preuve de maturité : il comprenaient les implications de la justice divine. Cette confrontation mettait à l’épreuve la validité des principes célestes, ils en avaient bien conscience. Pour eux, le Tout-Puissant méritait bien qu’on défende publiquement son autorité bafouée. Leur compréhension de la foi était plus profonde que l’ordinaire : ils ne se préoccupaient pas de leur sécurité mais ils s’inquiétaient de l’honneur divin. Ils ne priaient pas pour leur propre salut, mais pour le Messie. Davantage de croyants aujourd’hui pourraient faire la même expérience et s’affranchir d’une application simplement égocentrique de l’Évangile.
Les trois jeunes Hébreux trouvaient impossible de faire semblant d’obéir au roi, alors que le cœur n’y était pas. Leur conscience aiguisée ne l’eût pas supporté. Contrairement aux tièdes Laodicéens, auxquels Jésus écrit dans l’Apocalypse de Jean, leur foi mûre avait produit en eux une droiture sans faille, conforme aux attentes du Ciel[3]. Jamais par exemple ils ne se seraient agenouillés pour attacher leurs lacets, histoire de donner le change tout en tranquilisant leur conscience. Leur cœur était tout entier gagné à la cause divine, grâce à la Vie offerte par le Messie, celui qu’on appellerait en grec le Christ. Ils comptaient sur Dieu, et non sur leurs œuvres, pour les tirer de ce mauvais pas. Ils méritent bien d’apparaître dans la liste prestigieuse des héros de la foi (voir Hébreux 11).
Daniel 3.8-12Aussitôt après, des Chaldéens vinrent accuser les Juifs. 9Ils dirent au roi Nabuchodonosor : O roi, puisses-tu vivre toujours ! 10O roi, tu as donné un ordre d’après lequel tout homme qui entendrait le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la cornemuse et de toutes sortes d’instruments devrait se prosterner pour adorer la statue d’or, 11et d’après lequel quiconque ne se prosternerait pas pour l’adorer serait jeté dans une fournaise ardente. 12Or il y a des Judéens, ceux à qui tu as remis l’administration de la province de Babylone, Shadrak, Méshak et Abed-Nego, qui ne tiennent aucun compte de ton ordre, ô roi ! Ils refusent de servir tes dieux et d’adorer la statue d’or que tu as dressée !
Daniel avait révélé le songe du roi et dévoilé des vérités d’origine divines. Les savants Chaldéens en avaient été humiliés. Ils jalousaient donc ces Hébreux dont ils ne pouvaient réfuter les croyances ni renier le Dieu. Lâches et perfides, ils avaient encouragé le roi dans la promulgation d’une loi intolérante. Ils espéraient ainsi débarasser le gouvernement impérial des défenseurs de cette foi différente de la leur.
En fait, toute religion qui tend à s’appuyer sur la législation pour promouvoir ses principes montre sa faiblesse et sa fausseté. Les gouvernements ont le devoir d’accorder à leurs sujets la liberté religieuse.
Daniel 3.13-18Alors Nabuchodonosor, avec colère et fureur, ordonna d’amener Shadrak, Méshak et Abed-Négo. Alors ces hommes furent amenés en présence du roi. 14Nabuchodonosor prit la parole et leur dit : « Est-il exact, Shadrak, Méshak et Abed-Négo, que vous ne servez pas mes dieux et que vous n’adorez pas la statue d’or que j’ai dressée ? 15Est-ce que maintenant vous êtes prêts, au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, du luth, de la cornemuse et de tous les genres d’instruments, à vous prosterner et à adorer la statue que j’ai faite ? Si vous ne l’adorez pas, au moment même vous serez jetés au milieu de la fournaise de feu ardent, et quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? » 16Shadrak, Méshak et Abed-Négo prirent la parole et dirent au roi : « O Nabuchodonosor ! Nous n’avons pas besoin de te répondre quoi que ce soit à ce sujet. 17Si notre Dieu que nous servons peut nous délivrer, qu’il nous délivre de la fournaise de feu ardent et de ta main, ô roi ! 18Même s’il ne le fait pas, sache bien, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as dressée. »
Quel courage ! Devant une assemblée imposante de notables, les trois jeunes Hébreux tiennent tête au roi et font face à la mort. Vont-ils compromettre leur fidélité au Créateur ? Craindront-ils le feu ou la colère du roi ? Au fond d’eux-mêmes, ils sont incapables d’adorer réellement la statue. Alors pourquoi ne feraient-ils pas semblant d’obéir ? Mais non, ces jeunes gens ignorent la lâcheté. Ils savent ce qui est juste et ils sont prêts à mourir pour cela. Ils y ont réfléchi à l’avance et ont prié à ce sujet. Ils savent que si Dieu est vraiment Dieu, on ne peut l’adorer qu’avec tout son cœur et sa volonté, comme le rappelera Jésus (Matthieu 6.24). Ils se souviennent de la promesse divine, formulée par le prophète Ésaïe, bien des années avant eux : « Si tu marches dans le feu, tu ne te brûleras pas, et les flammes ne te dévoreront pas. » (Ésaïe 43.2) Ils ne tremblent pas. Tout en étant polis et respectueux, ils refusent fermement de s’engager plus avant dans la cérémonie.
Leur exemple de soumission est cependant remarquable : ils ont obéi au roi aussi loin que possible. Le Nouveau Testament défend le même point de vue : « Que chacun soit soumis aux autorités établies ; car il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par Dieu. » (Romains 13.1) « Rappelle-leur », écrit Paul à Tite, « d’être soumis aux princes, aux autorités, d’obéir, d’être prêts à toute œuvre bonne » (Tite 3.1).
Cependant, quand les lois des hommes entrent en conflit avec les lois de Dieu, nous devons préférer l’autorité du Créateur. Lorsque le Conseil juif interdit à Pierre de prêcher au nom de Jésus, il répliqua : « Est-il juste au regard de Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu ? A vous d’en juger. » « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’à des humains. » (Actes 4.19 ; 5.29) Ce fut la position des trois Hébreux, à la plaine de Dura. Shadrak, Méshak et Abed-Négo avaient été convoqués à cette cérémonie. Ils purent ainsi montrer leur bonne volonté d’obéir au roi autant que possible. Mais s’incliner et adorer sa statue, renier ce qu’ils savaient être la vérité, se donner mauvaise conscience vis-à-vis de Dieu, transgresser de façon évidente un commandement divin, afin de sauver leur emploi, leur position, leur reconnaissance sociale ou même leur vie, cela, ils ne le feraient pas. Ils ne se joindraient pas à Judas Iscariote pour trahir le Fils de Dieu.
« Inutile de nous accorder une seconde chance, font-ils comprendre au roi. Nous savons où est notre devoir. » La réponse est belle. Rien n’abat le courage des déportés*.

* Voir note en fin de chapitre.
Daniel 3.19-23Alors Nabuchodonosor fut rempli de fureur, et l’aspect de son visage changea devant Shadrak, Méshak et Abed-Nego. Il ordonna de chauffer la fournaise sept fois plus qu’il n’était habituel de la chauffer. 20Puis il ordonna à quelques soldats parmi les plus vigoureux de son armée de lier Shadrak, Méshak et Abed-Nego, et de les jeter dans la fournaise ardente. 21Ils furent donc liés, revêtus de leurs habits, de leurs tuniques, de leurs manteaux et de leurs autres vêtements, et jetés dans la fournaise ardente. 22Comme, sur l’ordre sévère du roi, la fournaise avait été excessivement chauffée, les flammes tuèrent les hommes qui y avaient jeté Shadrak, Méshak et Abed-Nego. 23Et ces trois hommes, Shadrak, Méshak et Abed-Nego tombèrent liés dans la fournaise ardente.
Le manque de maîtrise de soi et la colère puérile du chef d’un tel empire peut surprendre le lecteur d’aujourd’hui. Mais la tyrannie était habituelle aux souverains de cette époque. La réaction excessive du roi prouve qu’il est dans l’erreur. Il a soumis le monde par l’épée mais il n’a pas le contrôle de lui-même. Son visage même change, crispé de façon démoniaque. Il était bien inutile de chauffer le four plus que d’ordinaire. Cela allait seulement rendre encore plus évidente la puissance de Yahveh pour sauver ses fidèles. Yahveh, encore une fois, est maître de la situation. Ce qui se passe sur la Terre l’intéresse au plus haut point !
Daniel 3.24-25Alors le roi Nabuchodonosor fut effrayé et se leva précipitamment. Il dit à ses conseillers : N’avons-nous pas jeté dans le feu trois hommes liés ? Ils répondirent au roi : Bien sûr, ô roi ! 25Il reprit : Eh bien, je vois quatre hommes sans entraves qui marchent indemnes dans le feu ; et l’aspect du quatrième ressemble à celui d’un fils des dieux.
Même la colère de l’être humain fait la gloire de Dieu ! (Psaume 76.10) Un plus fort que le souverain de Babylone contrôle maintenant la situation. Les promesses faites par Dieu à ses serviteurs s’accomplissent à la lettre.
Comment ce roi païen reconnaît-il un être divin ? A Babylone, les Hébreux avaient parlé du Messie à venir, le Sauveur de l’humanité. Le roi se rappelle leur enseignement et l’associe à la scène fantastique qu’il contemple. Aux temps de l’Ancien Testament, le peuple de Yahveh attendait l’apparition du Messie, dans le futur. Aujourd’hui, nous observons sa première venue, dans le passé. Mais tous, nous voyons et attendons le Messie par la foi. Hier ou aujourd’hui, la vie de Dieu pour les hommes ne peut venir que de son « Fils », véritable et seul pont valable entre la Terre et le Ciel.
Nos trois héros ne semblent pas pressés de sortir du feu. Apparemment l’air conditionné fournit par Dieu semble suffisant pour répondre aux besoins ! Pourvu qu’ils marchent et parlent avec le Fils de Dieu, ils ne demandent rien de mieux. Sa compagnie est un vrai réconfort, suffisant pour supporter toutes les épreuves que la vie peut comporter. Sa présence spirituelle nous est accessible tout autant qu’à eux, dans toutes nos souffrances (voir Ésaïe 63.9 ; Jean 15.18 ; Jacques 1.2). Cela peut paraître difficile à croire. Pourtant, la prochaine fois qu’une épreuve s’abat sur vous, à cause de votre fidélité à Yahveh et à son Messie, vous vous en rendrez compte à coup sûr. Sa pensée sera alors pour vous extrêmement précieuse et vous le sentirez plus proche de vous qu’en période de tranquilité.
Daniel 3.26-30Puis Nabuchodonosor s’approcha de l’ouverture de la fournaise ardente et dit : Shadrak, Méshak et Abed-Nego, serviteurs du Dieu très-haut, sortez et venez ! Et Shadrak, Méshak et Abed-Nego sortirent du feu. 27Les satrapes, les intendants, les gouverneurs et les conseillers du roi se rassemblèrent ; ils virent que le feu n’avait eu aucun pouvoir sur le corps de ces hommes, que les cheveux de leur tête n’avaient pas été brûlés, que leurs habits n’étaient pas endommagés, et qu’ils ne sentaient même pas le brûlé. 28Nabuchodonosor dit : Béni soit le Dieu de Shadrak, de Méshak et d’Abed-Nego, lui qui a envoyé son messager et délivré ses serviteurs, car ils ont eu confiance en lui. Ils ont transgressé l’ordre du roi et livré leur corps plutôt que de servir aucun autre dieu que leur Dieu, en l’adorant. 29Voici maintenant l’ordre que je donne : Tout homme, de quelque peuple, nation ou langue qu’il soit, qui parlera inconsidérément contre le Dieu de Shadrak, de Méshak et d’Abed-Nego sera mis en pièces, et sa maison sera réduite en un tas d’immondices, parce qu’il n’y a aucun autre Dieu qui puisse délivrer comme lui. 30Après cela, le roi fit prospérer Shadrak, Méshak et Abed-Nego dans la province de Babylone.
On voulait étouffer les bonnes nouvelles pour l’avenir, apportées par Daniel à Babylone. C’est exactement le contraire qui se produit ! A présent, tout peuple, nation ou langue dépendant de l’Empire babylonien va entendre parler du Dieu des Hébreux, de sa puissance sans égale. Le stratagème des Chaldéens n’aura servi qu’a donner plus d’ampleur aux révélations de Yahveh. En résultat, il est probable que nombre de personnes décident d’adorer le Dieu créateur.
Pourtant Nabuchodonosor n’est qu’au début de ses découvertes : il connaît encore fort mal le Dieu des Hébreux. Il a raison d’honorer publiquement le Dieu du ciel en l’élevant au-dessus des autres divinités. Mais il a absolument tort d’obliger ses sujets à faire de même, surtout de cette façon !
La foi et la détermination des trois Hébreux est fort encourageante. Mais quel est le secret de leur force ? Dès leur arrivée à Babylone, ils ont refusé de compromettre leur foi (voir chapitre 1). Ils savaient que le moindre compromis les conduirait à un nouveau compromis. Fidèles dans une épreuve mineure, ils se préparaient à passer un test beaucoup plus difficile. Que le Tout-Puissant nous aide à ne rien céder face aux pressions du mal, aux tentations faciles de l’inconséquence morale et spirituelle.
L’Apocalypse de Jean nous apprend qu’un test semblable sera proposé aux croyants des derniers jours. Là encore, une statue (« une image ») sera dressée sur la Terre et tous les habitants du monde devront se soumettre à cette autorité religieuse et à ses lois, de gré ou de force. Comme à l’époque de Shadrak, Méshak et Abed-Nego, tous ceux qui refusent de se plier à ce nouveau maître du monde seront menacés de la peine capitale. Comme dans la plaine de Dura, la majorité de la population du globe s’inclinera devant la puissance de Satan. Cette épreuve me concernera et vous concernera bientôt. Qui alors choisira d’être « maltraité avec le peuple de Dieu » plutôt que « d’avoir la jouissance éphémère du péché » ? (Voir Hébreux 11.24-26) Où sont les Shadrak, Méshak et Abed-Nego d’aujourd’hui, qui dès maintenant se soumettent aux vérités divines, parce qu’ils y adhèrent de tout leur cœur ? Où sont ceux qui obéissent à Dieu, quotidiennement, dans les épreuves mineures du foyer, de l’école ou du travail ? Qui donc sera capable de tenir bon en ce jour crucial qui approche ?
Ceux qui se seront inclinés devant le Souverain de l’univers, de tout leur cœur, n’auront aucun mal à faire le bon choix. Il ne fléchiront devant aucune menace. L’amour que le Sauveur leur porte aura banni toute peur de leurs cœurs. Ils préféreront les souffrances causées par leur fidélité au Fils de Dieu à tout avantage dans la société humaine. En ce moment même, la certitude de la bonté divine et de la droiture incorruptible du Messie prépare de nombreuses personnes dans le monde à rester du côté du Vainqueur. Le Messie est le Sauveur de l’humanité et il la représente devant l’assemblée de l’univers.
Le même Dieu qui a sauvé des flammes les trois jeunes Hébreux dans la plaine de Dura agira avec puissance pour protéger ceux qui tiennent bon pour défendre son honneur. Celui qui marchait à leur côté dans la fournaise est aussi à vos côtés, où que son service vous appelle. Sa présence vous soutiendra et vous réconfortera. Ni Lucifer[4], « l’astre brillant » d’Ésaïe 14.12, ni un million d’anges rebelles ne peuvent faire le moindre mal au plus faible des fidèles de Yahveh.

 

Notes :

1. Soit environ 25 mètres de haut sur 3 de large.

2. Hammourabi ou Hammourapi (1792-1750 av. J.-C.) a fondé le premier Empire Babylonien. Son code, gravé sur une stèle de basalte noir retrouvée en 1902, est conservé au Musée du Louvre.

3. Voir Apocalypse 3.14-21. La justice par la foi n’est pas propre au Nouveau Testament. Connue dès les temps les plus reculés, elle fut l’expérience de personnages illustres de l’Ancien Testament : Noé, Abraham, Moïse…

4. Nom qui signifie « porteur de lumière » ; traduction latine du grec eôsphoros : « qui porte la lumière ou le jour » (eôs désigne aussi l’est), terme poétique pour désigner la planète Vénus, étoile la plus brillante, donc dernière à disparaître à l’aurore. Le terme eôsphoros, utilisé en Ésaïe 14.12 dans la traduction de la Bible hébraïque en grec (lxx, voir ci-dessous), correspond à l’hébreu heylel, « le brillant, l’étoile du matin ». La racine correspondante, halal, signifie « briller, luire » ou « louer, célébrer », mais aussi « se vanter, se glorifier », et même « agir follement, en insensé ». La lettre yod ajoutée dans heylel indique probablement que ce terme dérive des modes hithpaël et hithpolel qui correspondent précisément à ces deux dernières familles de sens. Ce terme n’est employé qu’une seule fois dans la Bible.
Soucieuse d’éviter le polythéisme et de ménager la toute-puissance divine, la Bible hébraïque reste très discrète sur les anges rebelles à Yahveh et sur leur chef, satan, « l’adversaire ». Ce dernier apparaît pourtant au début du livre de Job, sans doute le récit le plus ancien de la Bible. Le début de ce livre n’a d’ailleurs nullement un caractère métaphorique. De plus, les deux passages d’Ésaïe 14 et d’Ézéchiel 28 (quo vide) nous livrent des détails qui ne peuvent s’appliquer qu’à un être céleste. Les rois de Babylone et de Tyr deviennent alors un prétexte, une métaphore, pour en parler à termes couverts.
La traduction des Septante (lxx), ou Bible d’Alexandrie, a débuté sans doute au iiie siècle avant notre ère, peut-être sur l’ordre de Ptolémée ii Philadelphe (voir chapitre 11). Elle a été achevée vers 150 av. J.-C., époque qui correspond au début de la montée en puissance de Rome (voir chapitre 11).
Théodotion, un traducteur grec du iie siècle de notre ère, s’accorde avec les lxx pour situer l’épisode des trois Hébreux dans la fournaise vers 586 av. J.­C., soit à l’époque du siège final de Jérusalem.

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