Le présent commentaire propose une application historique complète, cohérente et suivie, du livre de Daniel. Nombre de chercheurs, dès la fin du xviiie siècle, m’ont précédé dans cette tâche et je suis heureux de bénéficier ici de leurs découvertes. A cette époque, en effet, les prophéties apocalyptiques ont été redécouvertes et analysées, comme l’avaient prévu les prophéties elles-même. Aujourd’hui, l’accès à davantage de sources d’informations et le recul dont nous bénéficions permettent de mieux situer encore les prophéties de Daniel dans le déroulement historique.
Je veux dire ici combien les recherches effectuées durant le travail de rédaction ont enrichi ma vision du monde et ont comforté ma confiance dans le livre de Daniel. Daniel nous plonge dans un univers fantastique : interventions angéliques, réunion extraordinaire du conseil suprême de l’univers, résurrection générale des morts… L’étude de ce livre est réellement passionnante. C’est aussi une expérience spirituelle incomparable, dans laquelle notre esprit entre en contact avec une pensée supérieure, divine, dans le respect total de notre liberté de conscience néanmoins.
Jésus — le Messie annoncé par les prophètes Hébreux de l’Antiquité — recommandait chaudement à ses disciples l’étude du livre de Daniel (voir Matthieu 24.15). Comme on le verra, ce n’est pas par hasard. Rien que sur le plan littéraire, la composition du livre est admirable. Les parties à caractère de récit complètent ou illustrent les parties visionnaires. Les parties visionnaires sont elles-mêmes reliées entre elles par une progression pédagogique exemplaire qui nous permet d’en poser solidement l’interprétation. Les récits renvoient le lecteur à des situations politico-religieuses typiques que l’on retrouve dans l’Apocalypse de Jean et qui pourraient être bientôt d’actualité.

Par la succession des événements qu’il présente, le livre de Daniel relie étroitement son époque à la nôtre. Notre civilisation actuelle, héritière de la Rome et de la Grèce antiques, hérite en même temps de Babylone, de sa tendance à l’hégémonie et de son goût pour l’ésotérisme. Dans ce contexte, le message de Daniel, grand mage de Babylone, mais aussi hébreu et fidèle au culte du Créateur, prend un relief singulier. Il résonne comme un appel à la Liberté dont la pertinence reste totale. Il n’est donc pas étonnant que ce livre soit pris sous les feux de la critique, depuis deux siècles.
Pourtant des découvertes archéologiques récentes, au Moyen-Orient, confirment que ce livre a pu être écrit par Daniel lui-même, cinq cents ans avant Jésus-Christ, dans la région où il vivait, soit l’Irak actuel. D’abord le vocabulaire employé par Daniel correspond bien à celui d’un personnage du viie-vie siècle av. J.-C. Ensuite certains détails historiques — comme la mention de Belshatsar, dernier roi présent à Babylone avant la conquête médo-perse — ne pouvaient être connus d’un auteur du iie siècle av. J.-C, car Belshatsar est tombé dans l’oubli après sa mort. L’auteur du livre de Daniel montre par là qu’il a vécu personnellement la prise de Babylone. Belshatsar n’est d’ailleurs pas le seul à resurgir des poussières archéologiques au xxe siècle. Nombre de personnages, de peuples, de civilisations — par exemple les Hittites, les Assyriens — longtemps considérés comme des mythes, sont sortis de l’oubli grâce à l’archéologie. La Bible, elle, conserve impertubablement leur souvenir depuis des millénaires.


Le recours au texte original reste indispensable pour saisir tous les enjeux du texte, parfois voilés par les traductions. Cependant pour faciliter la tâche du lecteur non spécialiste, j’ai regroupé les explications plus techniques dans des hors-textes en bas de page. J’espère que cela aidera aussi le chercheur biblique plus exigeant, quels que soient ses horizons, à élargir son champ d’investigation. Les chapitres 7, 8 et 9 en particulier, véritables cœur et poumons du livre de Daniel, méritent une étude très approndie.
Les principales traductions utilisées ici, la Traduction œcuménique de la Bible (TOB) et la Nouvelle Bible Segond (NBS), ont l’avantage d’être récentes. Elles ne peuvent pourtant échapper toujours aux traditions dans lesquelles elles ont été forgées. Afin d’alléger la présentation, j’ai rarement précisé laquelle des deux était employée pour un passage donné. J’encourage ainsi le lecteur qui le peut à faire sa propre recherche dans ce domaine.
Pour plusieurs passages clés, je n’ai pas disposé de traduction satisfaisante et je me suis permis de proposer la mienne. Emporté par mon enthousiasme pour le texte hébraïque, je me suis parfois montré peut-être trop affirmatif sur la lecture de certains passages. Je n’oublie pas pourtant combien la connaissance du vocabulaire hébraïque et araméen reste encore partielle et j’essaye de rester ouvert à plusieurs définitions, en accord avec ce type de langue. Je souhaite que le lecteur profite de la multiplicité sémantique pour ouvrir sa propre recherche biblique, avec prudence et en tenant compte du contexte.
Daniel reçoit l’ordre de «garder secrètes» les paroles de son livre, mais seulement «jusqu’au temps de la fin». Un changement surviendra alors : «la connaissance augmentera» (Daniel 12.4). Or ce temps est maintenant arrivé. Actuellement, partout dans le monde, des millions de personnes se penchent sur ces prophéties.
Au cœur du livre, alors que la perplexité de Daniel est à son comble, l’ange qui lui sert de guide reçoit cet ordre : «Gabriel, explique-lui la vision !» (Daniel 8.16) Dieu tenait à ce que Daniel comprenne ce qu’il avait vu ; il nous aidera sûrement de même. Des anges, invisibles, sont à nos côtés, prêts à répandre autour de nous une atmosphère favorable pour que notre esprit s’ouvre à ce livre intrigant.