Daniel 1.1-2En l’an trois du règne de Yoyaqim[1], roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint contre Jérusalem et l’assiégea. 2Le Seigneur lui livra Yoyaqim, roi de Juda, et une partie des objets de la maison de Dieu. Il les emmena au pays de Shinéar, dans la maison de ses dieux, et il mit les objets dans le Trésor de ses dieux.

Nous voilà plongés au cœur d’une époque dramatique : celle de la chute d’une nation. Le peuple du Dieu unique vient d’être défait et l’on déporte des captifs à Babylone ! Aux yeux de Yahveh, le peuple hébreu était très précieux : il l’avait choisi pour éclairer les autres nations. Ainsi ces dernières apprendraient la merveilleuse nouvelle : Dieu veut sauver tous les peuples. Mais, à présent, c’est une tragédie qui se déroule.

Quel malheur ! Les fidèles du vrai Dieu n’auraient jamais dû subir une telle défaite ni connaître la captivité. Avec quel malin plaisir ces soldats étrangers ont-ils pu ridiculiser la religion des Hébreux ! Jérusalem avait bien tenté de se défendre, mais sa cause était perdue d’avance : Dieu lui même avait livré les Judéens aux mains de Nabuchodonosor. « Si le Seigneur ne garde la ville », observait déjà Salomon « la garde veille pour rien » (Psaume 127.1). Or les Judéens avaient refusé au Seigneur la garde de leur ville ; ils comptaient sur leur puissance militaire.

Les prophètes de Yahveh avaient pourtant donné l’alarme de façon répétée. Moïse lui-même avait prévenu que l’abandon des commandements divins entraînerait la déportation à l’étranger (voir Lévitique 26.14-15, 32-39 ; Deutéronome 28.58, 64). Jérémie, prophète de Jérusalem à l’époque des attaques babyloniennes, rappela aux Judéens que leur fidélité au Créateur et leur attachement au Sabbat auraient assuré en permanence la sécurité de la ville et fait sa réputation (voir Jérémie 17.24-27 ; 2 Chroniques 36.20-21). Au temps du roi Jéroboam, le prophète Ahiya répéta l’avertissement (1 Rois 14.15) comme Amos, au temps de Jéroboam II (Amos 5.26-27). Vers la fin du VIIIe siècle, soit cent-vingt ans environ avant les événements, Ésaïe affirma clairement que Jérusalem serait prise par les Babyloniens. L’imprudent roi Ézéchias venait justement de dévoiler fièrement ses trésors aux ambassadeurs de Babylone (Ésaïe 39.5-8). Le peuple de Yahveh n’avait pas écouté les avertissements prophétiques. Le Seigneur dut donc se retirer et laisser les nations environnantes poursuivre leur œuvre destructrice.

Ces maux fondirent sur les Judéens à cause de la perversité de leur roi, Manassé, le fils mal éduqué et incrédule d’Ézéchias. Manassé, en effet, plongea si profondément la nation dans l’idolâtrie et la superstition qu’il fallut attendre le retour de l’exil, soixante-dix ans plus tard, pour qu’elle parvint à en émerger (voir Jérémie 15.4-6). Les enfants peuvent se révéler une bénédiction ou une malédiction, selon l’éducation qu’ils reçoivent. Voilà de quoi faire réfléchir les parents.

Daniel 1.3-5Le roi ordonna à Ashpenaz, chef de ses hauts fonctionnaires, d’amener quelques Israélites de la descendance royale ou de familles de dignitaires, 4des garçons sans défaut corporel, beaux, doués de toute sagesse, de connaissance et d’intelligence, aptes à se tenir dans le palais du roi, à qui l’on apprendrait les lettres et la langue des Chaldéens. 5Le roi leur fixa pour chaque jour une portion des mets de sa table et du vin dont il buvait, voulant les élever pendant trois années, au bout desquelles ils se tiendraient devant le roi.

Nabuchodonosor pensait enrichir la cour de Babylone grâce aux talents de ces jeunes gens. Il espérait aussi les convertir progressivement à la culture et à la religion chaldéennes. Il était sûr de ses dieux : ceux-ci n’avaient-ils pas eu le dessus sur le fameux Dieu d’Israël ?

Les qualités intellectuelles recherchées par Nabuchodonosor chez les jeunes Hébreux nous indiquent qu’ils avaient dépassé le stade de la première adolescence et qu’ils se distinguaient par leur culture comme par leur vivacité d’esprit. S’ils vivaient à notre époque, ils feraient partie des cerveaux de l’informatique, probablement.

Daniel 1.6-7Il y avait parmi eux, d’entre les Judéens, Daniel, Hanania, Micaël et Azaria. 7Le chef des hauts fonctionnaires leur imposa des noms : à Daniel celui de Belteshatsar, à Hanania celui de Shadrak, à Micaël celui de Méshak et à Azaria celui d’Abed-Nego.

En hébreu, Daniel signifie « Dieu est mon défenseur », Hanania « don de Yahveh », Micaël « Qui est semblable à Dieu ? » et Azaria « secours de Yahveh ». Au contraire, les noms chaldéens qui leur furent attribués rendent hommage à des divinités babyloniennes. Les Chaldéens espéraient que ces jeunes Judéens oublieraient leur première éducation, centrée sur le Dieu créateur, pour s’initier aux cultes mésopotamiens et adopter leur spiritualité.

Cependant, grâce à Dieu, au sein de la violence et de l’apostasie qui régnaient à Jérusalem, quelques foyers avaient entretenu le respect de Yahveh et l’amour de son culte. Nous ignorons l’identité des parents de Daniel, mais ils méritent toute notre admiration. Leur fils, à présent loin du foyer et vivant dans une ambiance de cour, resta pourtant fidèle aux justes instructions de sa mère et à l’exemple de son père. Son courage et sa fermeté donnèrent à ses trois amis le cœur de suivre son exemple. Le monde d’aujourd’hui a besoin de parents semblables à ceux de Daniel. Grâce à Dieu, et heureusement pour lui, il en existe quelques-uns.

Daniel 1.8Daniel décida de ne pas se souiller avec les mets du roi et le vin dont il buvait, et il supplia le chef des hauts fonctionnaires de ne pas l’obliger à se souiller.

Daniel reconnaissait que le corps humain sert de temple à l’Esprit de Dieu, comme l’apôtre Paul, élève du rabbin Gamaliel, l’enseignera quelques siècles plus tard. Il savait qu’en ingérant des produits malsains, on cause du tort à soi-même et à son Créateur (1 Corinthiens 3.16-17, 10.31). Sa force de caractère résultait d’un choix net et résolu, car « il avait à cœur » de ne pas se souiller (voir TOB, Jérusalem). Face à la tentation, il avait appris à opposer un « non » si ferme que le tentateur devait se retirer vaincu ! Sa clairvoyance et sa vigueur exceptionnelles découlaient d’une adhésion indéfectible à de justes principes de vie. Des bénédictions semblables attendent ceux qui veulent rester maîtres de leurs appétits et de leurs passions, plutôt que d’en être les esclaves.

Daniel 1.9-10 — Dieu accorda à Daniel la faveur et la compassion du chef des hauts fonctionnaires. 10Le chef des hauts fonctionnaires dit à Daniel : Je crains mon maître, le roi, qui a fixé ce que vous devez manger et boire ; pourquoi vous trouverait-il moins bonne mine qu’aux autres garçons de votre âge ? Vous me feriez risquer ma tête devant le roi !

Ici le texte nous livre un détail significatif : parmi les jeunes déportés, « d’autres garçons » ne semblaient pas désireux de conserver les principes de vie enseignés au peuple hébreu[2]. Peut-être même raillèrent-ils Daniel pour sa fidélité inadaptée aux circonstances. Aujourd’hui encore, les pressions morales les plus pénibles pour un croyant viennent souvent de ses propres condisciples, supposés pourtant lui témoigner de l’amitié. En vérité, le ridicule est une arme redoutable.

Daniel 1.11-16Daniel dit au garde que le chef du personnel avait chargé de Daniel, Hananya, Micaël et Azarya : 12« Mets donc tes serviteurs à l’épreuve pendant dix jours. Qu’on nous donne des légumes à manger et de l’eau à boire. 13Puis tu regarderas notre mine et la mine de ces garçons qui mangent au menu du roi ; et selon ce que tu verras, agis envers tes serviteurs ! » 14Il les écouta sur ce point et les mit à l’épreuve pendant dix jours. 15Au terme des dix jours, on vit qu’ils avaient meilleure mine et plus d’embonpoint que tous les garçons qui mangeaient au menu du roi. 16Le garde enlevait donc leur menu et le vin qu’ils avaient à boire, et il leur donnait des légumes.

Le mot hébreu traduit ici par « légumes » est traduit par « semence » en Genèse 1.29. Ce terme fait donc référence au projet initial de Dieu pour l’humanité : « Je vous donne, dit-il, toute herbe porteuse de semence sur toute la terre, et tout arbre fruitier porteur de semence ; ce sera votre nourriture. » Le régime choisi par Daniel ne se limitait donc pas aux légumes, ni aux légumineuses. Il comprenait aussi les fruits, les oléagineux, les céréales… et cette boisson incomparable que le Créateur a prévue pour notre bien-être : l’eau pure complétée par les jus de fruits. Aucune monotonie à la table de ces jeunes : c’était une partie de plaisir continuelle !

Comme Daniel le prévoyait, après dix jours de ce régime frugal, mais nourrissant, les quatre amis étaient au meilleur de leur forme, frais et dispos pour étudier. Aujourd’hui encore, il est certain que de bonnes habitudes alimentaires alliées à un mode de vie équilibré soutiennent efficacement les énergies mentales et les forces physiques. Les étudiants ne sont pas obligés de suivre la foule : ils peuvent préférer la différence et suivre l’exemple du jeune Daniel, non sans l’adapter avec bon sens à leurs besoins particuliers.

Daniel 1.17-21Dieu donna à ces quatre garçons de la connaissance, du discernement dans tout ce qui concernait les lettres et de la sagesse ; Daniel expliquait toutes les visions et tous les rêves. 18Au terme fixé par le roi pour les lui amener, le chef des hauts fonctionnaires les amena devant Nabuchodonosor. 19Le roi s’entretint avec eux ; parmi eux tous, il ne s’en trouvait aucun comme Daniel, Hanania, Micaël et Azaria. Ils se tinrent donc devant le roi. 20Sur tous les sujets qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence, et sur lesquels le roi les interrogeait, il les trouvait dix fois supérieurs à tous les mages et les envoûteurs qui étaient dans tout son royaume. 21Telle fut l’existence de Daniel jusqu’à la première année du roi Cyrus.

Le prophète Ézéchiel, un contemporain, voit en Daniel un type du fidèle de Yahveh dans les derniers moments de l’histoire humaine (Ézéchiel 14.20). Des événements dramatiques se produiront alors, dans les cieux et sur la terre, et il lui faudra « de la sagesse et de l’intelligence » pour les interpréter, afin d’être en accord avec l’intervention divine. Pour cette raison, ceux qui veulent rester fidèles au Créateur recherchent dès à présent un style de vie équilibré, favorisant la santé, à l’exemple de Daniel dans le palais du roi de Babylone.

La première faute du genre humain fut de céder à ses envies (voir Genèse 3.6). Par suite, tous les êtres humains ont hérité cette tendance. Notre nature est devenue extrêmement sensible à la séduction et à toutes sortes d’attraits. Mais le don du Messie à l’humanité met à notre disposition des forces bien supérieures. Le Messie Jésus a été tenté plus que nous ne pourrons l’être ; il a souffert de la faim pendant quarante jours, par exemple. Or sa victoire est communicable à tout être humain : empressons-nous de la recevoir ! L’apôtre Paul nous confie : « Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière et tendant vers ce qui est en avant, je cours vers le but pour obtenir le prix de l’appel céleste de Dieu en Jésus-Christ (Jésus le Messie[3]). » « Je puis tout par Christ (le Messie), qui me fortifie. » (Philippiens 3.13-14 ; 4.13, Ostervald).

Il est impossible de surestimer la quantité de souffrances dans le monde provoquées directement par des désirs ou des appétits incontrôlés : ces maux semblent innombrables. Citons seulement l’obésité, les maladies cardiaques, les cancers provoqués par la tabagie et les troubles liées à l’alcoolisme. Jésus est, de fait, le Sauveur du monde (Jean 4.42), mais il ne peut sauver une personne qui lui résiste et rejette l’aide qu’il a fournie. Je pourrais vous accabler de statistiques aux sujets des maladies et des décès prématurés ; cela ne vous serait pas forcément bénéfique. Le Messie, lui, à cause de sa position dans l’univers, a connaissance de tous les maux. Il voit les larmes qui auraient pu être évitées et ressent la douleur de ceux qui souffrent inutilement. Il partage le deuil de ceux qui n’auraient pas dû perdre leurs proches si tôt. Selon le prophète Ésaïe, « dans toutes leurs détresses — qui étaient pour lui une détresse — le messager qui est devant lui les a sauvés ; dans son amour et sa magnanimité, il a lui-même assuré leur rédemption, il les a soutenus et portés. » (Ésaïe 63.9) Ce « messager » « n’est pas un délégué », « c’est lui, en personne » (63.9, TOB) ; et il est devenu l’un de nous ! Il a revêtu notre nature déchue, porteuse du virus du péché ; il est entré dans notre communauté. Il est juste à présent que nous apprenions à comprendre ses souffrances, à ressentir ce qu’il ressent pour l’humanité.

La déclaration suivante se rapporte à tous les maux inutiles de cette planète, mais elle s’applique en particulier aux souffrances corporelles. « Pensez-vous que je prenne le moindre plaisir à voir mourir le méchant ? demande le Seigneur, l’Eternel. Mon désir n’est-il pas plutôt qu’il abandonne sa mauvaise conduite et qu’il vive ? » (Ézéchiel 18.23, Semeur.) Imaginez que Yahveh prononce ces paroles d’une voix plaintive, car il aime suprêmement ces malheureux qui s’autodétruisent. « Pourquoi devriez-vous mourir ? » se lamente-t-il (Ézéchiel 33.11).

Le livre de Daniel nous apprend quels sont les fruits de la tempérance et de la maîtrise de soi. A la fin de leurs trois années de formation, Daniel et ses compagnons surpassaient de loin les autres étudiants de la cour. Voulez-vous élever le niveau de votre éducation ? Voilà des éléments de réflexion. Dieu formait ces jeunes pour lui servir d’ambassadeurs en Mésopotamie : grâce à eux, il allait bientôt faire connaître sa puissance de salut à la plus brillante civilisation de l’époque : un récit fantastique ! Patience, nous y arriverons plus loin.

Où sont aujourd’hui les jeunes qui veulent suivre les traces de Daniel et de ses trois amis ? Qu’ils se lèvent et que Dieu les rende aptes à devenir une source de bénédictions pour l’humanité !

Le livre de Daniel contient de vraies bonnes nouvelles

Dès le premier chapitre, la bonne nouvelle de la délivrance du péché éclate au grand jour. Voilà quatre jeunes étudiants universitaires qui par leur statut ont accès à la restauration la plus élitiste de la capitale impériale. On leur sert la carte gourmande et les produits du traiteur de la cour. A leur table, la gastronomie fait pâlir d’envie la bourgeoisie babylonienne. Les viandes, d’une qualité légendaire, proviennent des meilleurs fournisseurs de l’Empire. Les desserts ne peuvent que vous mettre l’eau à la bouche. Mais, contre toute attente, la puissance du salut divin va leur épargner un désastre sanitaire et leur éviter d’avoir les idées confuses à un moment critique (voir le chapitre trois).

Nos quatre amis demandèrent l’autorisation de suivre un régime végétarien, pauvre en sucres et en graisses, en dépît de l’appétit dévorant qu’ont encore les jeunes au sortir de l’adolescence ! Ils « résolurent dans leur cœur » (Ostervald) de ne pas tenir compte d’une envie irrésistible de produits riches pour adopter une alimentation simple. A coup sûr, ils n’étaient pas des habitués des Mac Donalds, des pizzerias, des grills et des crêperies de leur époque. Mais leur objectif n’était pas non plus d’allonger leur durée de vie pour profiter plus longtemps de Disneyland. Non, leur priorité était de garder l’esprit clair afin de suivre les conseils de l’Esprit saint dans une période solennelle.

Nous vivons actuellement une période similaire, cette fois à l’échelle mondiale. Le même Sauveur universel qui a secouru Daniel, Hanania, Micaël et Azaria vous donne (il y a là plus qu’une simple proposition) la capacité de contrôler votre appétit avec succès. L’Esprit de Dieu sera votre assistant vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Vous ne pourrez pas fauter une seule fois sans qu’il vous rappelle au préalable le bon choix et vous persuade du bien-fondé de cette attitude. Ne le réduisez donc pas au silence ; reconnaissez avec quelle bonté il aiguise votre conscience à vos devoirs les plus sacrés. « Ayez à cœur » de collaborer avec le Sauveur du monde : il vit actuellement ses dernières heures de travail au service de l’humanité. Pour lui, c’est le grand Jour où tous les problèmes de l’humanité doivent être réglés, afin que tout ce qui l’accable et le sépare du reste de l’univers soit définitivement supprimé. Quelle immense bonne nouvelle !

Notes

[1] Soit en 605 av. J.-C. Il s’agit de la façon babylonienne de compter, la première année de règne partant du premier jour de l’an (mi-mars) suivant l’accession au trône. En réalité, Yoyaqim est au pouvoir depuis plus de trois ans (voir Jérémie 46.2 et note sur Daniel 2.1)). Nabuchodonosor règne alors avec son père, Nabopolassar. Il vient de battre les Égyptiens, à Karkémish (au Nord de l’Euphrate), et il les poursuit, traversant la Judée au passage. La nouvelle de la mort de son père le fera rebrousser chemin vers Babylone. La chute de Karkémish en 605 marque la fin du royaume d’Assyrie. En 612, Nabopolassar avait d’ailleurs participé à la chute de Ninive, au côté du roi Mède Cyaxare.

[2] Le menu du roi de Babylone contrevenait aux prescriptions de la Torah (voir Lévitique 11 et 17). De plus, la consommation de viande était intimement liée au culte des divinités : partager le repas du roi c’était adopter ses dieux.

[3] En hébreu, « oint » se traduit mashiyach, qui a donné le mot « messie ». En grec, « oint » se traduit christos qui correspond au mot « Christ ».