Daniel : une lumière à Babylone

1 Pierre 3.19 : prêcher aux «esprits en prison» (2e partie)

29 Août 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Immortalité

Voir la 1re partie.

 

Dans un ouvrage d’édification récent intitulé Les mystères de la vie éternelle, Toutes vos questions sur l’au-delà, Jean-Marc Bot, un auteur catholique, explique ce qui lui paraît le bien-fondé spirituel et théologique de la supposée descente aux enfers du Christ après son décès sur la croix. Or il est de bon ton désormais dans l’Église catholique d’émailler ses dires de citations bibliques, afin de séduire les «frères séparés» (sic) protestants et de les ramener au bercail romain papal. Aussi l’auteur tente d’illustrer les dires du credo catholique sur la descente du Christ aux enfers au moyen de passages bibliques sélectionnés et interprétés à cet effet.

Dans la première partie nous avons réfuté l’usage inapproprié que fait Jean-Marc Bot de différents textes bibliques pour tenter de soutenir le dogme catholique. À présent, il nous reste à examiner le texte cité par cet auteur qui serait le plus susceptible de troubler un lecteur protestant, 1 Pierre 3.19.

 

Le texte

Car Christ aussi a souffert* une fois pour les péchés, lui juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu ; ayant été mis à mort selon la chair, mais vivifié par l’Esprit** par lequel aussi il est allé prêcher aux esprits en prison qui avaient été autrefois incrédules, lorsque, du temps de Noé, la patience de Dieu attendait, pour la dernière fois, pendant que l’arche se construisait, dans laquelle un petit nombre d’âmes, c’est-à-dire huit, furent sauvées à travers l’eau***. 1 Pierre 3.18-20, Ostervald

* Textus receptus. Selon certains manuscrits : est mort.

** Notons que le terme «âme» n’est pas utilisé.

*** Remarquons que le terme «âmes» (ψυχαί) désigne bien ici des personnes en vie et non des défunts.

Texte grec : ὅτι καὶ Χριστὸς ἅπαξ περὶ ἁμαρτιῶν ἀπέθανεν [Textus receptus : επαθεν], δίκαιος ὑπὲρ ἀδίκων, ἵνα ὑμᾶς προσαγάγῃ τῷ θεῷ, θανατωθεὶς μὲν σαρκὶ ζωοποιηθεὶς δὲ πνεύματι·ἐν καὶ τοῖς ἐν φυλακῇ πνεύμασιν πορευθεὶς ἐκήρυξεν ἀπειθήσασίν ποτε ὅτε ἀπεξεδέχετο τοῦ θεοῦ μακροθυμία ἐν ἡμέραις Νῶε κατασκευαζομένης κιβωτοῦ εἰς ἣν ὀλίγοι, τοῦτἔστιν ὀκτὼ ψυχαί, διεσώθησαν διὕδατος.

 

Analyse du texte

 

a) Il est allé prêcher (πορευθεὶς ἐκήρυξεν)

ἐκήρυξεν (il a prêché) est la 3e pers. du sing. de l’aoriste actif de l’indicatif de κηρύσσω, prêcher, proclamer, annoncer. Sous cette conjugaison, κηρύσσω apparaît deux fois dans le NT :

Actes 10.37 : βάπτισμα ὃ ἐκήρυξεν Ἰωάννης : le baptême que Jean a prêché.

1 Pierre 3.19 : πορευθεὶς ἐκήρυξεν : mot à mot «étant allé, il a prêché».

Dans la LXX (AT en grec), κηρύσσω traduit le verbe hébreu très courant קָרָא, crier, appeler, mais aussi nommer : Genèse 1.5 ; Genèse 28.19. Voir la totalité des occurrences. Or c’est à un appel des noms auquel le Christ procèdera, bien après son ascension, devant le tribunal de l’univers, et non dans un « enfer » imaginaire. Il s’agira de nommer ceux qui seront jugés dignes d’avoir part à la vie éternelle et ceux qui sont perdus pour le Ciel et pour l’univers, ceux qui resteront prisonniers du péché et devront être détruits, anéantis pour toujours, en même temps que Satan et ses anges (Matthieu 25.41). Remarquons d’emblée qu’ici, d’après le verset suivant, 1 Pierre 3.20, que l’apôtre semble parler spécifiquement du jugement de l’humanité d’avant le déluge, rapporté dans Genèse 7. Mais n’allons pas trop vite.

Πορευθεὶς (étant allé) est le participe aoriste passif de πορεύω, qui signifier aller, au sens de se mettre en marche, en route, mais aussi transporter. C’est concrètement ce que le Christ à fait, conduit par l’Esprit de son Père, durant tout son ministère terrestre. πορεύω est l’équivalent du verbe hébreu commun הָלַךְ, qui s’applique toujours à des personnes en vie, jamais à des défunts, dans la Bible. Voir toutes les occurrences de ce verbe.

πορευθεὶς ἐκήρυξεν, «étant allé il a prêché», est un hébraïsme du même type que ceux très courant dans l’AT : «il se leva et il alla», «il parla et dit». Ces expressions idiomatiques, très courantes, ne sont jamais utilisées avec des défunts comme sujet, même pas dans le cas du faux Samuel qu’une sorcière spirite fait soi-disant «monter» d’entre les morts pour Saül, le roi désobéissant (cf. 1 Samuel 28). Une fois l’apparition identifiée par Saül (pas par la sorcière, en première instance) comme étant Samuel (28.14), le texte se contente de «Samuel dit», et non «Samuel parla et dit». Celui qui vient d’être identifié, par erreur, par Saül, comme étant Samuel se met à parler, l’apparition se met à parler, ou bien une voix se fait entendre de façon concomitante à et synchrone avec l’apparition. Un simple hologramme animé.

Pierre, étant imprégné de culture hébraïque, étant un juif fidèle au commandement de la Torah qui interdit de tenter de communiquer avec les morts (Deutéronome 18.10-11), n’utiliserait jamais un verbe d’action qui signifie «se lever» ou, comme ici, «se mettre en route» (πορεύω) avec un mort comme sujet. Dans la culture hébraïque biblique, les morts dorment et ils ne peuvent pas se lever d’eux-mêmes. Les morts ne peuvent se relever qu’au moyen d’une intervention extérieure à eux, qui s’appelle la résurrection ou le réveil de la mort et qui consiste à reconstituer entièrement leur corps, seule façon pour un être humain d’exister à nouveau.

Dans la Bible, les morts sont toujours présentés couchés, ils ne se lèvent pas, même pas dans le texte de 1 Samuel 28 où c’est le verbe bien particulier עָלָה qui est employé pour parler de «l’élévation» du faux Samuel, et non le verbe usuel «se lever» (קוּם). Le faux Samuel ne se lève pas, mais «on» (qui ?) élève (עָלָה) artificiellement son image animée. Du cinéma en 3D, en quelque sorte. Dans la pensée hébraïque qui anime Pierre et Paul, un mort ne peut pas «s’en aller» ou «se mettre en route» (πορεύω), puisque, non seulement il n’y a aucune activité (עָשָׂה) dans le séjour des morts, mais il n’y a même aucune pensée, dessein ou réflexion (חָשַׁב) (voir Ecclésiaste 9.10, hébreu).

Même dans Apocalypse 6.9, vision symbolique où l’on voit les «âmes» des martyrs «crier d’une voix forte», ces personnes sont représentées comme enfouies «sous l’autel*». Elles n’apparaissent pas à la surface de la terre, ni dans un quelconque paradis.

* Grec ὑποκάτω τοῦ θυσιαστηρίου ; en grec, ὑποκάτω est un adverbe composé de la préposition ὑπο et de l’adverbe κάτω, les deux signifiant dessous, au-dessous. Ces âmes sont doublement enfouies ! κάτω, utilisé comme substantif, τά κάτω ou οί κάτω, désigne les morts, ceux qui sont sous terre, les enfers, tels que l’on se les imaginait dans la Grèce classique.

De plus, selon la vision de l’apôtre Jean, ces âmes, enfouies sous l’autel du sanctuaire céleste, ne peuvent pas être délivrées du sommeil de la mort tant que la fin du monde n’est pas venue :

« Il leur fut dit de se tenir en repos [donc couchés] quelque temps encore, jusqu’à ce que fût complet le nombre de leurs compagnons de service et de leurs frères qui devaient être mis à mort comme eux. » Apocalypse 6.11

Selon la vision de Jean, même les plus valeureux martyrs seraient bien incapables de se lever ou même de parler réellement : ils se reposent jusqu’à la fin des tribulations qui attendent les vrais chrétiens de toutes les époques. Or saint Pierre ne peut contredire saint Jean ! Saint Pierre n’oserait pas non plus contredire saint Paul sur un point de doctrine aussi fondamental que celui de l’état des morts. Or, selon l’apôtre des Gentils, les morts sont dans un état similaire à celui du sommeil (1 Thessaloniciens 4.13 ; cf. Daniel 12.2). Jésus, en tant que fils de l’homme, n’a pas pu faire exception à la règle, puisqu’il voulait nous sauver de la seconde mort, subir «la mort pour tous» (Hébreux 2.9). Il a donc dû «participer au sang et à la chair» (Hébreux 2.14) exactement comme nous, et donc «dormir» pendant les quelque 36 heures qu’a duré son décès. Il y a bien eu un déchirement au sein de la divinité, à cause de nous et pour nous.

L’hébraïsme employé dans 1 Pierre 3.19, «étant allé il a prêché», peut-il nous renseigner sur le moment où Christ a fait cette prédication par l’Esprit de Dieu, ce même Esprit qui l’a revivifié (ζωοποιηθεὶς) (3.18) à sa résurrection ? Les deux termes, πορευθεὶς et ἐκήρυξεν, étant à l’aoriste en grec, la conjugaison ne peut nous renseigner précisément sur ce moment, même si ἐκήρυξεν est à l’indicatif. Nous savons qu’il s’agit principalement d’un fait passé, mais quand ?

Cependant le contexte immédiat nous donne une indication temporelle précise en rapport avec cette prédication. Elle aurait eu lieu «lorsque la patience de Dieu se prolongeait, au temps de Noé», ἐν ἡμέραις Νῶε (littéralement dans les jours de Noé ; notez au passage l’usage typiquement hébraïque du mot «jour», ἡμέρα, non limité à une période de 24 heures ; voir aussi notre commentaire sur le récit de la création). Cette «prédication» ou proclamation particulière, dont parle Pierre ici, prédication faite par l’Esprit du Christ, qui est aussi l’Esprit de Dieu, a bien dû se faire à cette époque de Noé.
Ce fait n’a pas pu échapper à l’auteur, Jean-Marc Bot, mais cet auteur, catholique romain, n’utilise que les mots de la Bible, sans égard particulier pour son message, puisque la Bible n’est pas pour lui une autorité suprême en matière de foi. Notons que certains fondamentalistes protestants, d’une façon différente, ont parfois tendance à se fixer sur les mots de la Bible, qu’ils pensent toujours infaillibles et 100% divins. Cette fixation sur les mots, surtout s’il s’agit d’une traduction, les induit parfois à mésinterpréter totalement le message de la Bible, qui lui est vraiment 100 % inspiré, croyons-nous. Par exemple, la parabole du riche et du pauvre Lazare, unique en son genre dans la Bible, est particulièrement l’objet de mésinterprétations.

Ainsi, selon l’apôtre Pierre, l’Esprit qui a animé le Christ durant tout son ministère terrestre et qui l’a réanimé à sa résurrection, était déjà à l’œuvre pour intercéder auprès de l’esprit humain aux jours de Noé. Comme l’a montré autrefois le grand théologien protestant Oscar Cullmann, la croix, le ministère du Christ, étend ses bras des deux côtés de l’histoire. Aussi restons prudents, peut-être que cette prédication à ces «esprits en prison» ne se limite pas à l’époque de Noé.

b) Prêcher « aux esprits » (τοις πνεύμασιν)

πνεύμασιν est le datif pluriel neutre de πνεῦμα, esprit, pensée, souffle, vent. Sous cette forme grammaticale, le mot πνεύμα est employé deux autres fois dans le NT :

 

Luc 4.36 : « Et ils en furent tous épouvantés, et ils disaient entre eux: Qu’est-ce que ceci? Il commande avec autorité et avec puissance aux esprits immondes, et ils sortent ! »

1 Timothée 4.1 : L’Esprit dit expressément que dans les derniers temps quelques-uns se détourneront de la foi, s’attachant à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons. (Or selon le récit de Genèse 3, la croyance en l’immortalité de l’âme est une doctrine satanique).

On remarque que dans les deux cas, πνεῦμα désigne des puissances surnaturelles et non des esprits de défunts humains. La majeure partie des occurrences de πνεῦμα dans le Nouveau Testament désigne en effet soit l’Esprit de Dieu et de Jésus, c’est le sujet principal, soit les mauvais esprits, c’est-à-dire les anges déchus, notamment dans les miracles d’exorcisme accomplis par Jésus et rapportés dans les évangiles. Voir toutes les occurrences de πνεῦμα dans le NT.

Nous examinerons à la fin de cet article la possibilité que ces «esprits en prison» dont parle l’apôtre Pierre soient aussi des êtres surnaturels. Cependant le mot πνεῦμα dans le Nouveau Testament désigne aussi, en certains endroits, l’esprit humain, sa pensée, son psychisme, sa conscience. Voir par exemple 1 Corinthiens 14.14, ou Paul critique une expérience extatique pendant laquelle «l’esprit» (πνεῦμα) et «l’intelligence» (νος) sont dissociés. πνεῦμα désigne ici la perception, les émotions. Voir aussi 1 Corinthiens 16.18, où Paul affirme que la présence de certains chrétiens à ses côtés (nommément désignés mais inconnus en dehors de cette lettre de l’apôtre) a «tranquillisé» son esprit (de même pour l’esprit de Tite en 2 Corinthiens 7.13).

Or, dans 1 Pierre 3.19, l’expression au datif τοῖς ἐν φυλακῇ πνεύμασιν, aux esprits en prison, peut être aussi traduite : pour les esprits en prison, en faveur des esprits en prison. Il s’agirait alors de les tranquilliser, de leur donner du repos spirituel, psychique, un repos tel que Jésus le promettait à ses auditeurs, bien vivants, lors du Sermon sur la montagne (Matthieu 11.28). Or on ne tranquillise pas des défunts, ils se tiennent déjà tranquilles : c’est plutôt les survivants qui ont besoin d’être tranquillisés !

Remarquons au passage que, dans le Sermon sur la montagne, en promettant le repos, spirituel puis physique, à ceux qui l’écoutent, Jésus est dans la continuation parfaite de la Torah :

 L’Éternel répondit : Je marcherai* moi-même avec toi, et je te donnerai du repos. Moïse lui dit : Si tu ne marches* pas toi-même avec nous, ne nous fais point partir d’ici. (Exode 33.14-15)  * הָלַךְ, équivalent de πορεύω, voir a).

Ainsi, en se posant comme le Dispensateur du vrai repos, Jésus se positionne au même niveau que YOHVAH lui-même ! À noter si vous discutez parfois avec des Témoins de Jéhovah.

Dieu entend bien marcher au côté de son peuple de son vivant, pendant que son peuple traverse «la vallée de l’ombre de la mort», comme disait David, et non pendant la mort elle-même. Pendant la mort, Dieu ne peut temporairement plus marcher avec nous. Puisque nous ne marchons plus, il ne peut plus nous accompagner. Mais, pendant la mort, Dieu se souvient, précisément, de nous, et cela change tout pour l’avenir, parce qu’il est le Créateur.

Dieu veut nous donner son repos et sa paix ici et maintenant, pendant que c’est encore utile : nous n’en aurions que faire dans le séjour des morts. Mais si l’on est sous l’emprise des doctrines perverses et contre nature de Rome concernant l’état des morts, alors pas de repos, pas de paix pour le fidèle catholique romain ! Toutes ses prières doivent être mobilisées pour tenter d’être tranquille vis-à-vis de ses chers disparus, tout son argent doit être dépensé pour engraisser Rome, qui prétend pouvoir soulager d’inconscients défunts qui souffriraient. Mensonges et vénalité sont à l’ordre du jour pour la prêtrise ; tourments psychiques et appauvrissement économique sont le lot de ceux qui les écoutent. «Il n’y a pas de paix pour les méchants», écrivait déjà Esaïe. Il est donc encore nécessaire aujourd’hui, 2000 ans après la mort et la résurrection du Christ, de prêcher la libération à ces esprits-là, en prison sous les fausses doctrines de l’évêché apostat de Rome. Les voilà aussi les «esprits en prison» d’aujourd’hui !

Cependant continuons d’essayer de cerner plus complètement l’identité et la nature de ces «esprits» en prison. Le mot grec πνεῦμα, «esprit, souffle, vent», est similaire à l’hébreu rouah (רוּחַ), comme on peut le vérifier en lisant la traduction des LXX. Rouah (רוּחַ), «vent, souffle, esprit», est employé dans une variété de situation dans l’Ancien Testament, mais jamais pour parler des défunts. Deux textes de l’AT parlent en effet des supposés «esprits» des morts, mais le terme rouah n’y est pas employé :

Deutéronome 18.10-11 : Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien, d’enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits (אוֹב) ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts.

Ici c’est le terme ‘ob (אוֹב) qui est employé et ce terme désigne une outre, un simple conteneur. Autrement dit, pour les Hébreux, il n’y a rien à tirer d’un mort, sinon un peu d’eau (sale) éventuellement. Rien à voir avec un esprit «souffle» (rouah). Donc pas la peine de consulter les morts : ce sont des enveloppes vides !

Lévitique 20.6 : Si quelqu’un (נֶ֫פֶשׁ) s’adresse aux morts (אוֹב) et aux esprits (יִדְּעֹנִי), pour se prostituer après eux, je tournerai ma face contre cet homme, je le retrancherai du milieu de son peuple.

Yiddeoni (יִדְּעֹנִי), présent également dans Deutéronome 18, ici traduit inexactement par esprits, désigne en réalité ceux qui prétendent connaître (יָדַע) les esprits : les spirites. Remarquons, au début du verset, que le mot hébreu pour «quelqu’un» (nephesh נֶ֫פֶשׁ) souvent traduit ailleurs par «âme», désigne ici uniquement les vivants et non les «esprits des morts» (אוֹב). Dans la traduction grecque (LXX) de Lévitique 20, ce quelqu’un est traduit par ψυχή, qui signifie bien âme en grec. Les morts n’ont en effet, temporairement, plus de nephesh, plus de ψυχή, plus d’âme ! Ils sont bien morts, ils ne font pas semblant.

À noter que dans ces deux passages, dans la LXX, le mot πνεῦμα n’est pas utilisé. Alors continuons notre exploration du mot hébreu rouah (רוּחַ), à l’origine de ce concept de souffle, d’esprit, pour mieux comprendre qui saint Pierre avait à l’esprit (!) quand il parlait de prêcher «aux esprits en prison» (1 Pierre 3.19). Puisque ces esprits pourraient désigner ici des esprits humains plutôt que des êtres surnaturels, nous allons prendre deux textes clés de l’AT, où le mot rouah est appliqué à des êtres humains, et nous constaterons qu’à chaque fois, ce terme désigne sans ambiguïté des êtres humains vivants, et non des défunts.

Nombres 16.22 : Et ils se jetèrent sur leur visage, et dirent: O Dieu, Dieu des esprits* de toute chair, un seul homme a péché, et tu t’indignerais contre toute l’assemblée ! (Ostervald)  * ou souffles (רוּחֹת)
Ils tombèrent le visage contre terre et dirent: «O Dieu, Dieu qui donnes le souffle à toute créature! Un seul homme a péché et c’est contre toute l’assemblée que tu t’irriterais?» (Segond 21)
LXX : καὶ ἔπεσαν ἐπὶ πρόσωπον αὐτῶν καὶ εἶπαν θεὸς θεὸς τῶν πνευμάτων καὶ πάσης σαρκός εἰ ἄνθρωπος εἷς ἥμαρτεν…
Texte hébreu massorétique :
וַיִּפְּלוּ עַל־פְּנֵיהֶם וַיֹּאמְרוּ אֵל אֱלֹהֵי הָרוּחֹת לְכָל־בָּשָׂר הָאִישׁ אֶחָד יֶחֱטָא

Remarquons que la LXX ne traduit pas ici fidèlement l’hébreu quand elle parle de Dieu comme le « Dieu des esprits et de toute chair » (θεὸς τῶν πνευμάτων καὶ πάσης σαρκός). L’ajout de ce «et» suggère une distinction entre «esprit» et «chair» qui introduit subtilement une forme de dualisme extra-biblique, probablement inspiré de la culture grecque alexandrine. Or le texte hébreu ne fait pas cette distinction mais il dit littéralement : «Dieu des esprits pour, par rapport à toute chair» (לְכָל־בָּשָׂר). Ainsi le texte original lie indissociablement l’esprit et la chair de l’homme, ce qui n’apparaît pas aussi clairement dans la traduction d’Ostervald : «Dieu des esprits de toute chair», même si c’est beaucoup plus proche de l’hébreu que la LXX.

Ainsi pour le rédacteur du livre des Nombres (Moïse ou quelqu’un de proche), l’esprit, le souffle, est un don de Dieu à toute créature, à toute chair. C’est Dieu qui en est le maître. L’esprit de l’homme est aussi «fait» de chair. Si Dieu reprend le souffle, la respiration, la vie qu’il a donnée, alors la mort survient, pour l’esprit comme pour la chair : c’est le sens de Ecclésiaste 12.6-7. L’existence de l’être humain dépend de la concomittance de ces deux éléments : la chair ou «poussière du sol» (les éléments physiques et chimiques qui nous constituent) et la vie, le souffle prêté par Dieu. Qu’un de ces deux éléments disparaissent ou sois repris par Dieu et il n’y a plus d’être humain, au moins provisoirement.

Le texte hébreu de Nombres 16.22 a soin de préciser : «Dieu des esprits pour ou de toute chair» (לְכָל־בָּשָׂר). Le rédacteur du livre des Nombres n’ignore pas en effet qu’il existe d’autres catégories d’esprits, d’autres êtres de parole que les êtres humains : il y a aussi les «esprits au service de Dieu», les «vents messagers» (Psaume 104.4 ; Hébreux 1.14), c’est-à-dire les anges, dont un tiers s’est rebellé, et bien sûr, avant eux tous, l’Esprit du Créateur. Mais ici, le rédacteur du livre des Nombres veut parler des esprits humains, de ces esprits bien particuliers (notez le הָ devant רוּחֹת) qui ne possèdent pas l’immortalité, les esprits des êtres de chair. Ainsi, tout en connaissant l’existence d’êtres surnaturels, l’auteur est bien conscient que les «esprits» dont il parle ici ne sont «que chair», une chair dans laquelle l’Esprit divin ne demeure pas toujours (Genèse 6.3). Ils ne sont «qu’un souffle» (Psaume 39.12 et par.), et ce souffle est «dans leurs narines» seulement (Esaïe 2.22), il ne leur appartient pas par essence, contrairement au Créateur. Les esprits humains sont donc mortels, par nature, qu’ils soient désignés comme «en prison» ou non.

Au passage, on constate dans ce texte des Nombres, que, pour s’adresser à Dieu, les Hébreux tombent la face contre terre, et non à la renverse comme dans les expériences spirites modernes de « parler en langue inconnues » ou comme dans le yoga Kundalini (une forme de yoga particulièrement dangereuse qui fait l’objet de mises en garde de la part des adeptes du New Age eux-mêmes).

Esaïe 57.16 : Car je ne contesterai pas toujours, et je ne serai pas indigné à jamais; car l’esprit défaillirait devant ma face, et les âmes que j’ai créées. Ostervald
LXX : οὐκ εἰς τὸν αἰῶνα ἐκδικήσω ὑμᾶς οὐδὲ διὰ παντὸς ὀργισθήσομαι ὑμῖν πνεῦμα γὰρ παρἐμοῦ ἐξελεύσεται καὶ πνοὴν πᾶσαν ἐγὼ ἐποίησα.
Texte hébreu massorétique :
כִּי לֹא לְעֹולָם אָרִיב וְלֹא לָנֶצַח אֶקְּצֹוף כִּי־רוּחַ מִלְּפָנַי יַעֲטֹוף וּנְשָׁמֹות אֲנִי עָשִׂיתִי׃

Il est intéressant de constater d’emblée que les mots «esprit» (hébreu רוּחַ, souffle vent) et «âmes» (hébreu נְשָׁמֹות, souffles, respirations, halètements) sont mis ici en équivalence par le procédé bien connu du parallélisme hébraïque. De plus, le parallélisme se double du principe hébraïque d’inclusion : «esprit» est au singulier (l’esprit de l’homme en général) et «âmes» est au pluriel (les personnes constitutives de l’humanité). Chaque personne inclue dans l’humanité représente l’humanité tout entière, et toute l’humanité était inclue dans le premier couple humain. De même, plus tard, toute l’humanité va être à nouveau rassemblée dans le Messie Jésus, lors de son incarnation. L’expression ἐν Χριστῷ, en Christ, apparaît 40 fois dans le NT ; voir par exemple 2 Corinthiens 5.17. Sur le rapport entre la Rédemption en Christ et la notion hébraïque d’inclusion, on écoutera avec profit les explications de Christophe Michel dans En Christ (pardonnez-lui ses menues erreurs exégétiques qui n'annulent en rien la valeur de son propos très paulinien !).

On constate, dans la traduction d’Esaïe 57.16, que les versions Segond, Darby et Ostervald rendent נְשָׁמֹות, pluriel de נְשָׁמָה, par «les âmes», tandis que des versions plus récentes utilisent une expression plus générale, comme «les êtres», comme elles le font aussi ailleurs pour le mot nephesh (נֶ֫פֶשׁ), souvent traduit en grec par psuchè (ψυχή) qui signifie «âme». Dans nos langues modernes cependant, psuchè a donné naissance à tout un vocabulaire en rapport avec le psychisme humain, dégageant ainsi le mot grec du cadre étroit de la croyance platonicienne en l’immortalité de l’âme et le rapprochant du champ sémantique, plus large, de l’hébreu. Par rapport à la distinction entre נְשָׁמָה (souffle, halètement) et נֶ֫פֶשׁ (respiration, être, émotion, désir) voir notre analyse de Genèse 2.7.

L’équivalent grec de נְשָׁמָה (souffle, respiration, halètement) est πνοή (souffle, vent, respiration, haleine, exhalaison). Dans le NT, πνοή est employé dans Actes 17.25, où Paul s’enthousiasme pour Celui «qui donne à tous la vie et la respiration» (encore un parallélisme hébraïque). Pour Paul, éduqué dans la pensée hébraïque, concrète, associative et inclusive, il n’y a pas de vie, pas de pensée, pas d’âme s’il n’y a pas de respiration.

Dans Esaïe 57.16, la racine hébraïque ataph (עָטַף), rendue par le verbe «défaillir» et «tomber en défaillance» par les versions Ostervald et Segond, signifie aussi se cacher, se détourner, s’évanouir (Semeur) : bref disparaître ! La sonorité même du mot hébreu ataph עָטַף, formé de deux gutturales et d’une consonne sourde, suggère cette évanescence. L’esprit, l’âme, le souffle peuvent défaillir. La perte de la vie, et donc de la conscience, peuvent en résulter. Un mort ne défaille pas, il a déjà défailli.

Intéressante ici, la traduction Martin, en utilisant un autre sens du verbe ataph (עָטַף), «se revêtir», a tourné la deuxième partie du verset en une formulation positive, bien qu’un peu obscure :

Parce que je ne débattrai point à toujours, et que je ne serai point indigné à jamais; car c’est de par moi que l’esprit se revêt, et c’est moi qui ai fait les âmes. Esaïe 57.16, Martin

«De par moi» traduit ici l’hébraïsme «depuis devant ma face» (מִלְּפָנַי). La face de Dieu en hébreu désigne la salle d’audience de l’univers, le trône de Dieu. Il est bouleversant de penser que chacune de nos défaillances fait l’objet de l’attention fondamentalement bienveillante du siège du gouvernement céleste ! Cependant, qu’il soit «revêtu par Dieu» de la vie (Martin) ou qu’il «s’évanouisse» dans l’oubli de la mort (Semeur), l’esprit humain ne peut pas exister sans l’intervention de Dieu : il n’existe pas par lui-même, il ne possède pas l’immortalité.

Ainsi, dans la Bible, en grec (πνεῦμα) comme en hébreu (רוּחַ), l’esprit humain ne peut exister que dans un être humain vivant. Un être humain décédé n’a plus d’esprit, sinon dans le souvenir de Dieu. Il est totalement inconscient. Par conséquent il ne semble pas possible de prêcher à des morts et d’en obtenir une réponse. Les «esprits» dont parle l’apôtre Pierre dans sa première épître (3.18-20), s’ils sont des esprits humains, ne peuvent donc être que des êtres humains vivants. Nous devons maintenant essayer de déterminer en quoi et pourquoi Pierre les décrit comme «en prison».

c) « En prison » (ἐν φυλακῇ)
φυλακή désigne en première instance l’action de garder, de surveiller, la vigilance et la précaution, se tenir sur ses gardes, et, en deuxième instance la prison où l’on garde quelqu’un. Le radical φυλάσσω recouvre les mêmes significations de surveillance, de conservation, de préservation, mais aussi d’observation (veiller à, prendre garde à, guetter). On constate d’emblée que le champ sémantique est plutôt large. L’interprétation ne pourra se faire sur ce seul mot.

Dans le Nouveau Testament, l’utilisation du deuxième sens de φυλακή, prison, est prédominant. Néanmoins le sens premier de garde et de vigilance apparaît également :

Matthieu 24.43 : si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit (ποίᾳ φυλακῇ) le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison. (même usage en Marc 6.48 ; Luc 2.8 ; 12.38)

Actes 12.10 : Et quand ils eurent passé la première et la seconde garde (πρώτην φυλακὴν καὶ δευτέραν), ils vinrent à la porte de fer, qui conduit dans la ville.

Exemples d’utilisation du radical φυλάσσω dans le Nouveau Testament :

Matthieu 19.20 : «j’ai gardé toutes ces choses [les lois divines signifiées par les dix commandements] depuis ma jeunesse».

Luc 8.29 : «l’homme avait été lié et gardé dans les chaînes et avec les fers aux pieds».

Dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, φυλακή correspond à différents mots hébreux :
— soit à des dérivés de la racine shamar (שׁמר) signifiant garde, veille, soins, prison,
— soit au mot כֶּלֶא, signifiant enclos, confinement, retenue. La racine כלא signifiant restreindre, retenir, contenir, empêcher.

Exemples d’utilisation de φυλακή pour traduire des dérivés de shamar (שׁמר) :

Genèse 40.3 ; il les fit mettre en prison (בְּמִשְׁמַר) dans la maison du chef des gardes (LXX : καὶ ἔθετο αὐτοὺς ἐν φυλακῇ)

Exode 14.24 : À la veille du matin (בְּאַשְׁמֹרֶת הַבֹּקֶר), l’Éternel, de la colonne de feu et de nuée, regarda le camp des Égyptiens. LXX : ἐν τῇ φυλακῇ τῇ ἑωθινῇ.

Nombres 3.25-36 : Pour ce qui concerne la tente d’assignation, on remit aux soins (ou à la charge) des fils de Guerschon (מִשְׁמֶרֶת בְּנֵי־גֵרְשֹׁון) le tabernacle et la tente. LXX : ἡ φυλακὴ υἱῶν γεδσων

1 Chroniques 9:27 : ils passaient la nuit autour de la maison de Dieu, dont ils avaient la garde (כִּי־עֲלֵיהֶם מִשְׁמֶרֶת),. LXX : ὅτι ἐπ’ αὐτοὺς φυλακή.

Exemples d’utilisation de φυλακή pour traduire כֶּלֶא (enclos, confinement, retenue) :

 2 Rois 17.4 : C’est pourquoi le roi des Assyriens le fit enfermer et enchaîner dans une prison (כֶּלֶא בֵּית). LXX : ἐν οἴκῳ φυλακῆς, mot à mot la maison de surveillance.

Esaïe 42.7 : Pour ouvrir les yeux des aveugles, pour faire sortir de prison* le captif, et du cachot (מִבֵּית כֶּלֶא) ceux qui habitent dans les ténèbres. LXX : ἐξ οἴκου φυλακῆς καθημένους ἐν σκότει. * Vocabulaire différent ici : hébreu מִמַּסְגֵּר, LXX ἐκ δεσμῶν.

Cette utilisation est beaucoup moins fréquente que la précédente.

À noter que lorsque כֶּלֶא ne désigne pas un simple emprisonnement, mais une situation vécue comme étouffante ou désespérée, φυλακή ne semble pas employé par la LXX. Par exemple, dans Psaume 88.8(9) : je suis séquestré (כָּלֻא) et je ne puis m’évader (rabbinat français). LXX : παρεδόθην καὶ οὐκ ἐξεπορευόμην.

Enfin Proverbes 4.23, où la racine shamar (שׁמר) est associée à son synonyme, natsar (נצר), mérite une mention spéciale :

Garde ton cœur plus que toute autre chose, Car de lui viennent les sources de la vie. (Segond)
 מִכָּל־מִשְׁמָר נְצֹר לִבֶּךָ
LXX : πάσῃ φυλακῇ τήρει σὴν καρδίαν ἐκ γὰρ τούτων ἔξοδοι ζωῆς

φυλακή, traduit ici en français par chose, est mieux rendu dans la version Martin, mais au prix de la perte du comparatif (מִ) :

Garde (נְצֹר) ton cœur de tout ce dont il faut se garder (מִשְׁמָר) ; car de lui procèdent les sources de la vie.

Le Rabbinat français donne à shamar un sens positif ici :

Plus que tout trésor (מִשְׁמָר) garde ton cœur, car de là jaillissent des flots de vie.

Enfin, nous proposons la traduction suivante, inspirée de Martin et du rabbinat :

De toute prison (φυλακῇ) (מִשְׁמָר), garde ton cœur !

Sachant que celui qui se livre au péché est esclave du péché (Jean 8.34), prisonnier de ses propres fautes (Actes 8.23 ; Proverbes 5.22)
 
Exemples d’utilisation du radical φυλάσσω pour traduire la racine shamar (שׁמר) :

Exemple d’utilisation le plus courant, avec le sens de conserver, veiller sur : Lévitique 18.4 : Vous pratiquerez mes ordonnances et vous garderez mes lois pour les suivre: Je suis l’Éternel, votre Dieu. (Ostervald)
LXX : τὰ κρίματά μου ποιήσετε καὶ τὰ προστάγματά μου φυλάξεσθε πορεύεσθαι ἐν αὐτοῖς.
Texte hébreu massorétique :
אֶת־מִשְׁפָּטַי תַּעֲשׂוּ וְאֶת־חֻקֹּתַי תִּשְׁמְרוּ לָלֶכֶת בָּהֶם אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם׃

Exemples avec l’idée de surveiller pour protéger d’un danger :
Genèse 2:15 : L’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder (לְשָׁמְרָהּ). LXX : φυλάσσειν.
Genèse 3.24 : Il mit à l’orient du jardin d’Éden les chérubins qui agitent une épée flamboyante pour garder (לִשְׁמֹר) le chemin de l’arbre de vie ; LXX : φυλάσσειν τὴν ὁδὸν.
1 Samuel 26.15 : Pourquoi donc n’as-tu pas gardé (לֹא שָׁמַרְתָּ) le roi, ton maître ? Car quelqu’un du peuple est venu pour tuer le roi, ton maître. LXX : οὐ φυλάσσεις τὸν κύριόν σου τὸν βασιλέα.

Exemple (rare) d’utilisation avec l’idée de garder prisonnier :
Josué 10.17-18 : Les cinq rois se trouvent cachés dans une caverne à Makkéda. Josué dit : Roulez de grosses pierres à l’entrée de la caverne, et mettez-y des hommes pour les garder (לְשָׁמְרָֽם). LXX : φυλάσσειν ἐπ’ αὐτούς.
Exemple similaire : 1 Rois 20.39 : Garde cet homme; s’il vient à manquer, ta vie répondra de sa vie. LXX : φύλαξον τοῦτον τὸν ἄνδρα.

En résumé, en ce qui concerne φυλακή et son radical, φυλάσσω, le premier sens de prison vient se compléter dans la Bible d’une notion de protection et de vigilance, très souvent présente. Dans Galates 3.23, avec l’expression «enfermés sous la garde de la loi» (ὑπὸ νόμον ἐφρουρούμεθα συνκλειόμενοι), on trouve une idée similaire d’emprisonnement, bien que le vocabulaire soit différent. Voir notre analyse de Galates 3.23 et notre essai de retraduction. Cet emprisonnement résulte de notre péché, de nos transgressions de la loi. Mais, par l’amour infini de Dieu pour l’humanité, la captivité dans laquelle le péché nous entraîne est surpassée par la protection dont Dieu environne notre planète afin de mettre des limites au mal. Voilà ce que porte l’usage du mot φυλακή dans la Bible.

Et, ô bonne nouvelle, la grâce de Dieu, qui ne demande qu’à nous faire sortir de notre prison, est plus puissante que le péché qui habite notre chair (Romains 5.20). Car Christ aussi a souffert à cause du péché qu’il portait dans sa chair, mais ce péché a été mis à mort ! (1 Pierre 3.18) Il est donc possible de vaincre le péché dans la chair (Romains 8.3), comme Christ a vaincu (Apocalypse 3.21) et par son Esprit qui habite en nous (Romains 8.11) ! Merveilleux, mais profondément dérangeant.

 
Conclusion
Nous avons montré, par l’étude du texte original, du contexte et de la terminologie biblique, que la prédication faite par l’Esprit divin aux esprits en prison, dont parle l’apôtre Pierre (1 Pierre 3.19) :

  • Ne peut se faire que par un être vivant, et non un mort, fut-il le Christ en personne ;
  • Ne peut s’adresser qu’à des êtres vivants et non à des défunts ;
  • Concerne l’époque de Noé, une époque où la fin du monde était imminente, comme la nôtre.

Avant de conclure, il nous reste, pour être exhaustif, à examiner la possibilité que cette prédication ou proclamation s’adresse aussi à des esprits surnaturels, et non à des esprits humains seulement. Car, nous l’avons vu, πνεῦμα désigne le plus souvent des esprits surnaturels dans la Bible. Voir le paragraphe b). Mais pourquoi l’Esprit du Christ aurait-il eu besoin d’annoncer quelque chose aux esprits rebelles, aux anges déchus ? Tout a déjà été dit entre eux et le Ciel, en tout cas depuis la venue du Christ.

Cependant, à l’époque de Noé, dans un contexte de fin du monde, il est possible que Christ, dans sa miséricorde envers ces anges séduits par Lucifer, les ait prévenus de la catastrophe qui allait bouleverser la planète. Écoutons comment Ellen White, femme inspirée et visionnaire, décrit la situation :

« La violence de l’orage grandit, et le bruit des éléments en furie s’unit aux lamentations des humains qui avaient méprisé l’autorité du Très-Haut. Arbres, constructions, rochers et bancs de terre étaient projetés dans toutes les directions. La frayeur des hommes et des bêtes était indescriptible. Satan lui-même, qui n’avait pu échapper aux éléments déchaînés, tremblait pour sa vie. Après s’être réjoui de pouvoir tenir sous sa coupe une race aussi puissante, et désiré voir les hommes se livrer à leurs abominations et se révolter toujours plus contre le Dieu du ciel, il se répandit en imprécations contre lui, l’accusant d’injustice et de cruauté. Parmi le peuple, nombreux furent ceux qui, comme Satan, blasphémèrent le Très-Haut, et, s’ils avaient pu faire aboutir leur révolte, l’auraient volontiers chassé de son trône d’équité. » L’histoire de la Rédemption, chapitre 8, p. 56

Voilà ce qu’ont vécu lors du déluge les esprits (πνεῦμα) humains et non humains. Ces esprits angéliques aussi sont en prison, φυλακή, dans le sens où ils sont prisonniers de leur révolte contre Dieu, qu’ils ne veulent plus abandonner. Cependant dans l’Apocalypse, dans un contexte analogue à l’époque du déluge, un contexte de fin du monde, le mot φυλακή, prison, révèle un sens plus concret de cette «prison» où peuvent se trouver les êtres angéliques rebelles, particulièrement dans un contexte chaotique comme celui du déluge où l’être humain rebelle à Dieu a disparu, provisoirement.

D’abord il est intéressant de noter qu’avant de devenir une prison pour les anges déchus, la terre est présentée à la fin des temps comme étant leur repaire. En effet à cette époque troublée où un reste de fidèles persévère à garder les commandements de Dieu et la foi de Jésus, une ultime proclamation (Apocalypse 14.1-12) se fait entendre, à l’aide d’un quatrième ange appelé en renfort des trois premiers  :

Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande, et elle est devenue la demeure (κατοικητήριον) des démons, et le repaire (φυλακὴ) de tout esprit immonde, et le repaire (φυλακὴ) de tout oiseau immonde et horrible. Apocalypse 18.2.

Avez-vous remarqué ? C’est le même mot, φυλακὴ (la prison des esprits de 1 Pierre 3.19), qui est utilisé pour parler du repaire des démons. Ce repaire, la Terre sous le contrôle de «Babylone», pourrait-il aussi devenir leur prison, faute d’êtres humains corrompus avec lesquels collaborer ? C’est  un peu ce qui s’est passé pendant l’année du déluge : les démons ont été au chômage. Leur royaume, vidé de ses sujets, est devenu un désert, une vraie prison pour eux ! Aujourd’hui, de même, Dieu doit mettre fin à l’histoire des civilisations humaines parce que celles-ci sont arrivées à un point où elles sont en accord parfait avec les démons (excepté une minorité de fidèles que Dieu délivrera par la même occasion : 1 Thessaloniciens 4.13-17).

Cependant, ce même repaire va aussi devenir un désert, un grand vide où le diable sera prisonnier, n’ayant plus de collaborateurs humains :

Et il saisit (κρατέω) le dragon, l’ancien serpent, qui est le diable et Satan, et le lia (δέω) pour mille ans. Et il le jeta (βάλλω) dans l’abîme (ἄβυσσος), il l’y enferma (κλείω), et mit un sceau sur lui (σφραγίζω), afin qu’il ne séduisît plus les nations, jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. Apocalypse 20.1-3

Notez l’accumulation extraordinaire de verbes d’action ici : saisir, lier, jeter, enfermer, sceller, c’est très musclé ! Le diable est ici plongé dans une tourmente au moins aussi violente que celle du déluge. Autant dire qu’en ce qui concerne les êtres humains, simples êtres de chair, qui n’ont pas été enlevés au Ciel par Jésus juste avant, il n’en reste rien ! Pas une âme qui vive à séduire ! La Terre est plongée dans un chaos pire que celui qui précédait la création du monde (voir l’état de la planète pendant les mille ans dans Jérémie 4.23-31).

Mais en quoi consiste au juste cet abîme ou Satan plonge, impuissant ? L’évangile de Luc nous le révèle. Une légion de démons possédait un habitant de la région de Gadara, sur la rive orientale du lac de Galilée. Lorsque Jésus ordonne à ces démons de quitter ce malheureux, ils supplient Jésus en disant :

« Ne nous envoie pas dans l’abîme. » (ἄβυσσος). Luc 8.31

Alors Jésus, miséricordieusement, permet à ces démons infortunés de posséder un troupeau de porc, afin d’éprouver les habitants de la région et de donner à ses disciples une leçon sur la dureté du cœur humain, quand il est animé par l’égocentrisme et l’esprit de profit. Cette expérience évangélique nous donne en tous cas la parfaite définition de l’abîme que redoutent les démons : un lieu vide, sans être vivant à séduire ou à posséder, la solitude totale et l’angoisse inexprimable qui l’accompagne, bref ce qu’ils ont commencé à ressentir après leur exclusion du Ciel. C’est dans ce tourment sans nom que Satan et ses anges seront plongés pendant mille ans. Mille ans dans ces conditions de solitude effroyable, c’est long, même pour des anges.

Les autres morts ne revinrent pas à la vie avant que les 1000 ans soient passés. C’est la première résurrection. Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! La seconde mort n’a pas de pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et de Christ et ils régneront avec lui pendant 1000 ans. Apocalypse 20.5-6
Et quand les mille ans seront accomplis, Satan sera délivré de sa prison (ἐκ τῆς φυλακῆς αὐτοῦ). Apocalypse 20.7

N’oublions pas que cette même prison (φυλακὴ) était encore peu de temps avant le repaire (φυλακὴ) des démons (Apocalypse 18.2). Comment Satan et ses sujets vont-ils en être délivrés ? Par la seconde résurrection : enfin des êtres humains à se mettre sous la dent !

Ils [Satan, ses anges et les nations, cf. versets 7 et 8] montèrent (ἀναβαίνω*) sur toute la surface de la terre et ils encerclèrent le camp des saints et la ville bien-aimée. Mais un feu [venu de Dieu] descendit du ciel et les dévora. Apocalypse 20.9, Segond 21  * verbe utilisé seulement dans l’Apocalypse, et qui y décrit uniquement des phénomènes surnaturels (11.7,12 ; 13.1,11 ; 14.11 ; 17.8 ; 19.3). La résurrection en est un.

Un feu du ciel les dévore, les anéantit, tous hommes et anges. Leur prison sera finalement leur tombeau, car seul Christ, le Fils, a le pouvoir de faire sortir quelqu’un de sa prison ! Et ce moyen est la croix. Sinon c’est la mort éternelle, la mort totale et définitive.
 
La prédication faite par l’Esprit du Christ à toute l’humanité vivant aux jours de Noé, mentionnée par l’apôtre Pierre dans sa première épître (3.18-19), était déjà évoquée dans le récit de la Genèse :

 Et l’Éternel dit : Mon Esprit ne plaidera point à toujours avec les hommes, car aussi ils ne sont que chair; mais leurs jours seront cent vingt ans. (Genèse 6.3, d’après Martin)
 לֹא־יָדֹון רוּחִי בָאָדָם לְעֹלָם בְּשַׁגַּם הוּא בָשָׂר וְהָיוּ יָמָיו מֵאָה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה׃

La racine traduite ici justement par plaider, דין ou דון, qui signifie juger, porte à la fois les idées de défendre et de contester. Dieu conteste le mal qui est en nous, mais il cherche à nous défendre en nous délivrant de ce mal. Et il fait ce travail de défense et de contestation en nous d’Esprit à esprit, comme le dit mot à mot le texte hébreu de Genèse 6.3 :

Il ne plaidera pas, mon Esprit, DANS l’être humain (בָאָדָם), pour toujours.

Un avertissement semblable doit être entendu aujourd’hui, alors que nous sommes arrivés aujourd’hui à la fin des temps (1 Corinthiens 10.11), et même doublement arrivés par rapport à l’époque des apôtres. Ces temps de la fin étaient déjà énoncés dans le livre de Daniel.

La plaidoirie de Dieu adressée à l’humanité a toujours existé. Dieu est resté le même : il aime l’humanité et veut sauver le plus grand nombre de personnes possible. Si nous nions la réalité de la mort du Christ, nous nions le salut qu’il a accompli pour tous les hommes. En faisant promener son «âme» dans le séjour des morts pendant son décès, comme le fait le dogme catholique, nous nions que Christ a subi notre mort, la mort pour tous, pour chacun, une mort bien spéciale (Hébreux 2.9).

Ainsi donc, Christ ayant souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même pensée. Car celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché. (1 Pierre 4.1).

David le chantait déjà dans ses complaintes : «Il n’y a rien de sain dans ma chair à cause de ta colère, Il n’y a plus de vigueur dans mes os à cause de mon péché.» (Psaumes 38.4). Or Paul dit que, sur la croix, où Christ a mené notre nature déchue, nous sommes morts au péché afin de vivre pour la justice (Romains 6.13 ; 1 Pierre 2.24). Mais au fond y croyons-nous ? Le voulons-nous ? C’est là que peut résider l’obstacle, car le péché, finalement c’est de ne pas croire (Jean 16.9) à la prédication de la Bonne Nouvelle. Et cette bonne nouvelle c’est Jésus-Christ lui-même, porteur de l’humanité et de son péché, l’humanité crucifiée et ressuscitée en lui. On ne peut plus pécher quand on est mort : c’est bien à des humains vivants que la prédication de l’Esprit du Christ s’adresse !

Pierre est d’accord avec Paul et avec sa conception de la foi quand il dit que l’Esprit du Christ a été prêché aux esprits en prison qui avaient été incrédules aux jours de Noé (1 Pierre 3.20). Or, en grec, le verbe traduit par avaient été incrédules, ἀπειθέω, signifie à la fois désobéir et ne pas croire. En plus ce verbe est ici, dans l’original, non pas au plus que parfait mais au participe aoriste actif, ce qui signifie que l’incrédulité n’est pas l’apanage de la génération de Noé : c’est un phénomène qui accable toute l’humanité de toutes les époques.

Pour prêter attention à la prédication de l’Esprit du Christ aujourd’hui, passons plus de temps avec lui ! Pour bien commencer je vous suggère de regarder la vidéo suivante de Christophe Michel sur la chaîne de la Sentinelle des temps :
Quelle est la Vraie Bonne Nouvelle de l’EVANGILE
Bonne méditation !

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