Daniel : une lumière à Babylone

« Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » ou les dix commandements sont-ils pérennes ? (11)

7 Juin 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Sabbat

Sommaire général

Dans les épisodes 7 à 10, nous avons fait une halte bienfaisante dans Galates 2 et 3, montrant le sens de la véritable justice reçue par la foi. Avant d’aborder l’épître aux Romains, objet de cet épisode et des épisodes ultérieurs, il est important de comprendre que, pour Paul, Dieu, en Jésus-Christ, a déjà obtenu pour toute la race humaine la Justice, le salut, la délivrance totale du péché. Dieu a dû tout risquer pour obtenir cette délivrance de l’humanité et pour la justifier pleinement en face de l’Assemblée céleste. Il a dû aller jusqu’à la croix, il a dû envisager son propre anéantissement. L’implantation subséquente de la droiture et de la bonté divine dans le cœur d’un individu n’est donc que la conséquence possible de ce salut que Dieu a déjà réalisé pour tous les hommes en Jésus-Christ, inconditionnellement.

 

Comment la foi permet l’implantation de la justice divine dans le cœur humain

Dans la « nouvelle » alliance que Dieu a faite avec l’humanité, la justice divine, résumée dans le décalogue, est destinée à être implantée dans le cœur du croyant (Jérémie 31.31 et suivants). Il s’agit de reproduire le caractère parfait du Créateur dans le cœur du croyant, puis de pérenniser cette implantation surnaturelle afin que le croyant soit spirituellement et psychiquement apte à entrer dans la vie éternelle. Cet implant surnaturel dans la nature humaine doit permettre la délivrance totale de l’emprise du mal sur le cœur humain afin que le croyant porte les fruits de l’Esprit (Éphésiens 5.9 ; Galates 5.22), dans cette vie-ci et tout en conservant une nature déchue et sensible au mal. Cette libération du cœur humain de sa soumission naturelle au mal, annonce la libération définitive et physique du mal à la fin des temps.

Même délivré par l’Esprit de sa soumission au mal, l’esprit humain reste fondamentalement vulnérable au péché, par nature. Cependant, en coopérant avec l’Esprit divin, le cœur humain est renouvelé dans son fonctionnement. De nouvelles orientations psychiques apparaissent. Dans cet organisme naturellement affaibli et dévoyé par la révolte millénaire de l’humanité contre le Créateur, une résistance contre le mal s’organise, surnaturellement. La foi devient obéissante (Romains 1.5) : elle se soumet de tout cœur à la justice que demande la loi. Pour le dire dans le langage hébraïque imagé de l’apôtre Paul : à peine délivré de la tyrannie du péché on devient un « esclave de la Justice » ! (Lire Romains 6.17-18.)

Le cœur est le siège de la volonté dans la pensée hébraïque. Aussi, après avoir rassemblé toute l’humanité en Jésus-Christ, sans nous demander notre avis, Dieu veut maintenant obtenir notre adhésion totale à ce projet de sauvetage. Il sait que c’est la seule possibilité pour que nous soyons vraiment délivrés du mal, individuellement. Il lui faut gagner tout notre cœur. La vraie foi est donc une réponse venant du cœur, suite à la prise de conscience de tout ce que Dieu a risqué et réalisé pour nous en Jésus-Christ. C’est la réponse d’un cœur touché par la grâce et par l’Esprit, bouleversé par la puissance de la bonne nouvelle de la réalisation effective du salut de toute l’humanité en Jésus-Christ.

C’est pourquoi il est crucial (!) d’annoncer le plein Évangile et non un Évangile approximatif ou tronqué. Le vrai Évangile est l’extraordinaire bonne nouvelle d’un salut déjà acquis, par la seule initiative de Dieu. L’Évangile n’est pas un simple bon conseil qui, sans en avoir l’air, ferait de la foi ou de l’obéissance un acte méritoire pour le salut. L’Évangile ne serait alors pas fondamentalement différent du paganisme. Un Évangile tronqué ou amoindri sera toujours impuissant à susciter cette offrande sans réserve de l’esprit humain à l’Esprit de Dieu.

Ainsi la vraie foi n’est qu’une réponse appropriée de l’esprit humain à l’action salvatrice déjà réalisée par Dieu pour toute l’humanité. Cette foi authentique, cette simple réponse, ne véhicule aucun mérite. Ce n’est donc pas la foi elle-même qui apporte la justification, c’est Jésus-Christ en personne. C’est Jésus qui a justifié autrefois toute l’humanité en lui et c’est encore Jésus qui cherche aujourd’hui à justifier des individus, à transformer des personnes de l’intérieur afin d’en faire ses compagnons d’éternité, à la fin des temps. Adorable Jésus !

Notre réponse appropriée à l’amour inimaginable déployé par Dieu en Jésus-Christ entraîne notre décision d’engager les réformes qui s’imposent dans nos vies, et donc de reconnaître la validité des dix paroles divines. Cette foi authentique est à la fois différente d’une simple adhésion intellectuelle (comme la grâce à bon marché) et d’une croyance craintive, superstitieuse et sclérosante (comme le légalisme). Cette foi authentique est un vrai changement dans le cœur et dans l’esprit. Elle est la seule condition requise pour que le Créateur du sabbat puisse écrire sa loi dans nos cœurs. Il s’agit d’une expérience et non d’une profession de foi.

Pour obtenir ce résultat, répétons-le, il est capital que l’Évangile soit annoncé intégralement et sans altérations. Comment l’Évangile peut-il être tronqué ou altéré ?

  • En étant présenté comme un simple échange légal entre Jésus et nous, comme une simple adhésion à un contrat d’assurance-vie (la grâce à bon marché.

  • Par la valorisation inappropriée de la réponse de l’individu à la grâce divine (le légalisme).

  • À cause d’une vision amoindrie de l’amour mis en œuvre par Dieu, pendant l’incarnation, à Gethsémané et à Golgotha :

    • à cause d’une conception dualiste de la nature humaine de Jésus ou de Marie, conçues comme coupées génétiquement de notre humanité ;

    • à cause du dogme satanique et romain de l’immortalité de l’âme.

      Cette croyance, universellement répandue, remonte au jardin d’Éden :

      • Elle renie de fait l’unicité du Créateur en faisant de l’être humain ordinaire une sorte de dieu. Le polythéisme et l’animisme en résultent, logiquement.

      • Elle réduit la mort du Christ à un simple rituel religieux, alors que la mort de Jésus est le sacrifice réel et total de sa personne. Il est devenu indissociable de l’humanité pour l’éternité, à la vie, à la mort.

Emmanuel, Dieu avec nous. Dans la personne de son « Fils », Dieu s’est donné à nous. Il ne nous a pas seulement prêté son Fils. Incroyable bonne nouvelle ! L’observation du sabbat hebdomadaire, signe de l’œuvre divine créatrice et rédemptrice parfaitement accomplie, en découle.

Ces importantes clarifications effectuées, poursuivons notre analyse des textes utilisés par le site Bibliquest.com pour tenter de justifier l’abolition des lois de Dieu. Nous arrivons à présent à l’épître aux Romains. Cette épître est en effet citée dans le paragraphe «1.2. Quel est le rôle de la loi ?» de l’article anonyme « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » Or l’épître de Paul aux Romains est capitale pour comprendre le salut déjà réalisé «en Jésus-Christ» (ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ, Romains 3.24). Cette lettre de Paul devrait confirmer ou infirmer sans ambiguïté notre analyse de l’épître aux Galates.

Romains 3.20 : la Loi, révélateur du Péché et indicateur de la Justice

Dans Romains 3.20, utilisé comme proof text par les auteurs de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » pour tenter de justifier la péremption du quatrième commandement du décalogue, Paul déclare :

«Car nul ne sera justifié devant lui [Dieu] par les œuvres de la loi, puisque c’est par la loi que vient la connaissance du péché.» Romains 3.20, Martin.

D’abord voyons à quoi se rapporte ce « car ». Le verset précédent nous l’indique :

Or nous savons que tout ce que la Loi dit, elle le dit à ceux qui sont sous la Loi, afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit coupable devant Dieu. (Romains 3.19, Martin)

En effet, ces versets 18-20 viennent conclure la première partie de l’épître consacrée à démontrer l’universalité du péché et l’égalité fondamentale de tous, juifs et païens, devant Dieu et devant sa loi.

Dans le texte original, dans la première partie du verset 19, Paul emploie bien l’article défini devant le mot « loi » : οἴδαμεν δὲ ὅτι ὅσα ὁ νόμος λέγει τοῖς ἐν τῷ νόμῳ λαλεῖ. Il s’agit d’une loi définie, la loi de Moïse avec ses prescriptions et ses rituels. Cette loi donnée aux Hébreux par Moïse, circonstanciée, quoique bonne, n’avait donc pas pour but de les soustraire à la culpabilité que le Péché fait peser sur toute la race humaine. La loi de Moïse, selon Paul, parle « à ceux qui sont sous la loi », à ceux qui sont culturellement héritiers de la tradition judaïque, afin de les convaincre eux aussi de culpabilité, afin que « tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu » (Romains 3.19).

Transgressant ouvertement les lois divines, accomplissant sans retenue les œuvres de la chair, les non juifs sont reconnus coupables d’office, sans hésitation. Même repentants, ils ne peuvent pas se présenter devant Dieu sans un médiateur et un sacrifice suffisant, offert à la place de leur propre vie. Or le but de Paul ici est de montrer qu’il en est exactement de même pour les juifs : eux aussi sont convaincus de péché et ont 100 % besoin du même Médiateur.

Les autres peuples, devenus au fil des générations de plus en plus ignorants et rebelles par rapport au Dieu créateur et à ses justes principes d’amour, sont a priori reconnus coupables. Mais les Hébreux le sont tout autant puisque bien qu’ayant conservé pieusement la connaissance de l’existence du Créateur et de ses principes d’amour et de justice, par une longue tradition orale, bien qu’ayant reçu en plus des centaines de lois cultuelles, sociales et familiales rédigées par Moïse, ils ne se sont pas soumis à Dieu de tout cœur.

Les juifs étaient certes extérieurement plus religieux que les païens mais, aidés de la loi de Moïse, ils étaient aussi plus avertis sur les implications profondes du mal. Donc, argumente Paul dans Romains 3.19, les juifs, ainsi avertis par la loi, favorisés par le don de la loi, doivent avoir tout autant conscience de leur insuffisance devant Dieu que les non-juifs, voire plus. Pour atteindre ce but spirituel, cette prise de conscience, la loi de Moïse a bien été un plus, une aide et une bénédiction, et non un obstacle pour Paul.

Les juifs ont été doublement favorisés, par la loi et par le Messie qui a révélé toute la profondeur de la loi. Mieux instruits que les autres peuples, les juifs, aidés par les lois d’origine divines qu’ils ont reçues, étaient à même de distinguer encore plus clairement la nature du péché, comme Jésus l’a magistralement démontré dans le Sermon sur la Montagne, en approfondissant lui-même l’interprétation des dix commandements dont il est l’auteur : « Vous avez appris qu’il a été dit… mais moi je vous dis… » (Matthieu 5.21 et suivants). Jésus veut nous dire ainsi que les dix commandements, loin de se limiter à de simples interdits formels, touchent à la dimension inconsciente du mal qui nous habite.

Si une lecture au premier niveau des dix commandements ne suffit pas, cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas nécessaire. Mais, pour Paul, notre observation de la loi, souillée par le péché, ne peut nous servir de justificatif pour nous présenter devant Dieu (Romains 3.20). Même notre observation de la loi sous la conduite de l’Esprit, la vraie soumission à la loi qui accompagne le vrai repentir, pourtant nécessaire pour démontrer la réalité de notre salut, ne suffira pas à nous justifier devant Dieu. Il faut un médiateur et il faut un sacrifice. C’est cette nécessité absolue de la croix que Paul veut démontrer en écrivant aux Romains. Il est symptomatique que cette nécessité de la croix soit si fortement remise en question aujourd’hui dans les sphères élevées de la théologie, notamment dans les grandes universités de théologie où l’influence des jésuites s’est imposée.

Ainsi, pour Paul, tous, juifs et non juifs, manifestent, dans leur nature même, l’existence d’un principe opposé à l’autorité de Dieu, à son amour insondable et à sa justice sans faille. Voilà ce que sous-entend Paul dans Romains 3.19 et voilà ce qu’il démontrait déjà dans Romains 1 et 2. Ainsi le péché n’est pas une question d’actes, mais de nature. Par conséquent :

« Nul ne sera justifié devant Dieu à partir des œuvres d’une loi, puisque c’est au travers d’une loi que vient la connaissance du péché. » (Romains 3.20, traduction libre)

Le texte original de Romains 3.20 porte en effet :

διότι ἐξ ἔργων νόμου οὐ δικαιωθήσεται πᾶσα σὰρξ ἐνώπιον αὐτοῦ,

Par conséquent, à partir des œuvres d’une loi, ne sera justifiée (ou déclarée juste) aucune chair devant lui

διὰ γὰρ νόμου ἐπίγνωσις ἁμαρτίας.

puisque, au travers d’une loi, une connaissance du péché.

Remarquons l’hébraïsme « aucune chair » employé par Paul et qui se réfère directement aux révélations hébraïques de l’Ancien Testament. Le récit de la création des êtres de chairs, la vanité et la fragilité de l’existence terrestre, l’immense amour du Créateur pour ses créatures, tout cela résonne ici avec force dans cette expression « aucune chair » pour signifier « aucun être humain ». Dieu est ému jusque dans ses entrailles en voyant la condition désespérée des êtres de chair qu’il a créés parfaits et qui sont maintenant voués à la mort, sans espoir. C’est pourquoi il a envoyé son Fils pour créer, en faveur de toute l’humanité, une nouvelle Justice qui lui donne le droit de nous faire accéder à nouveau à la Vie. Ce travail fantastique ne peut en rien dépendre « des œuvres d’une loi » c’est-à-dire de notre observation de la loi, nous l’avons vu dans l’épître aux Galates.

 

Deux expériences possibles avec la loi

Les œuvres provenant (ἐξ) d’une loi, dont il est question dans Romains 3.20 et que nous pouvons réaliser, par exemple en nous réclamant d’une des dix paroles divines, peuvent être bonnes ou mauvaises : inspirées par l’Esprit et soumises à Dieu ou bien motivées par notre égocentrisme déguisé en religiosité. L’observation consensuelle et confortable du dimanche au lieu du sabbat biblique peut appartenir à cette dernière catégorie d’œuvres. Mais l’observation du sabbat peut aussi tomber dans cette catégorie. Elle peut certes être motivée par le désir de communier avec Dieu et de le glorifier devant les anges en se soumettant à sa juste autorité, mais elle peut aussi être motivée par la crainte de perdre notre place au Ciel et le désir insensé de le gagner par nos propres mérites.

Il y a là deux expériences opposées, que nous pouvons faire avec la Loi. Quoi qu’il en soit, à partir des œuvres tirées d’une loi (ἐξ ἔργων νόμου), le salut de personne ne sera justifié devant Dieu, aucun homme ne parviendra à effacer sa vie de péché antérieure et personne ne peut se rendre lui-même apte à vivre en accord parfait avec la loi divine. Cette aptitude est pourtant nécessaire pour être capable de vivre au côté de Dieu pour l’éternité. Mais aucune œuvre humaine ne peut consolider la fracture que le péché a provoquée entre notre esprit et l’Esprit de Dieu. Seul Dieu a pu acquérir le droit et possède la capacité de réunir ce qui a été divisé par le Péché.

Et Dieu l’a fait en Jésus-Christ ! Merveilleuse nouvelle !

Si nous le croyons, cela devient une réalité vivante en nous, cela touche profondément notre cœur et nous rend, enfin, désireux, d’obéir, autant que nous le pouvons, aux commandements divins. Et nous gardons les commandements, dont le sabbat, non pour gagner notre salut, mais parce que nous aimons Jésus. « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements (Jean 14.15, d’après le grec), comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père (Jean 15.10). Moi et le Père nous sommes un (Jean 10.30). » Les commandements du Père et ceux du Fils sont exactement les mêmes, pour tous, à toutes les époques ! Donc, comme le dit, dans son langage si clair, si simple et si biblique, le pasteur adventiste Jack Sequeira, nous ne gardons pas le sabbat pour être sauvé, mais parce que nous sommes sauvés, en Jésus-Christ.

Cependant, comme Paul nous le rappelle dans la deuxième partie de Romains 3.20, c’est aussi au travers (διὰ + génitif) d’une loi, dans une rencontre avec la loi, que nous connaissons le péché. Comme dans l’épître aux Galates, il est question ici, non du statut ou de la validité de la loi elle-même — que ce soit la loi de Moïse avec ses rituels imagés, aujourd’hui périmée, ou que ce soit les principes intemporels des dix paroles — mais d’une expérience avec la loi. Au travers (διὰ) d’une loi, en considérant une loi divine à sa juste valeur, nous prenons conscience du péché. La loi joue alors à cet égard un rôle similaire à celui du Saint Esprit, puisque lui aussi travaille à nous convaincre de péché (Jean 16.6-8).

L’expression ἐπίγνωσις ἁμαρτίας peut-être traduite soit par une connaissance du péché, c’est-à-dire une connaissance du phénomène du péché en général, soit par une connaissance d’un péché, c’est-à-dire la connaissance d’une transgression particulière. Cette expression est formée de la mise en relation de deux concepts, la connaissance et le péché, comme le serait un mot composé hébreu, qui n’est pas l’équivalent grammatical exact de notre complément de nom.

Pour rappel, l’absence fréquente des articles définis dans le NT ne doit pas nous troubler : il s’agit d’une pensée sémitique, liée à l’araméen ou à l’hébreu et transcrite avec des caractères et des mots grecs.

Il faut comprendre que le mot péché est ici lié étroitement au mot connaissance et que les deux concepts se « définissent » l’un l’autre. Il y a beaucoup de mots différents pour parler du péché dans la Bible, en grec comme en hébreu. Mais Paul déploie ici, dans la lettre aux Romains, une réflexion générale sur le problème du mal et sur la solution de Dieu à ce problème. Le mot connaissance est lui-même un concept très général. C’est de la « connaissance du bien et du mal », en jeu dès le jardin d’Éden, dont Paul parle ici manifestement plutôt que d’une catégorie particulière de transgression, que ce soit la transgression d’une loi de Moïse, par un juif, ou de l’une des dix paroles divines, par exemple par un Gentil. Il s’agit donc ici d’abord du phénomène du Péché, qui a atteint «tous les hommes» (Romains 5.18), plutôt que d’une transgression particulière subséquente à l’introduction du mal dans l’esprit humain.

Cependant, a fortiori, le raisonnement de Paul sur le phénomène du mal s’applique à toute situation particulière rencontrée dans notre expérience humaine. En effet, dès lors qu’une règle est énoncée et que nous la reconnaissons comme telle, nous prenons conscience de la manifestation particulière du mal visée par cette règle, dans notre vie à cet instant. La loi sert alors à développer notre conscience du bien et du mal.

Au contraire, si nous renions la règle ou si nous ne la reconnaissons plus comme valide, nous demeurons inconscients de notre péché et nous nous excluons nous-mêmes du salut, consciemment ou non. Nous risquons alors de rejeter toute règle pour devenir nous-même notre propre règle, ce que Lucifer a voulu faire mais que même Dieu ne se permet pas de faire. C’est pourtant ce que font plusieurs théologiens évangéliques, au moins par rapport au sabbat. Dieu, quant à lui, à Gethsémané et sur la croix, a été jusqu’à envisager son propre anéantissement pour faire respecter sa loi !

 

Dieu a décidé souverainement de nous sauver de la mort

Quand Paul souligne, et c’est capital, que l’observation de la loi n’a pas la capacité de nous rendre juste aux yeux de Dieu et que cette Justice parfaite nous est déjà acquise en Jésus, il ne renie pas pour autant la validité des lois divines. Au contraire, il précise un des rôles essentiels des lois divines, éternelles et universelles, dans le cadre temporel limité et particulier du plan du salut, dans notre histoire : nous faire connaître les normes de la justice divine et, par là-même, nous faire prendre conscience de nos déviations et de notre insuffisance à cet égard. Par conséquent, acceptée, reconnue comme norme divine, la loi nous invite à venir aux pieds du Christ, à la croix, et donc à recevoir le salut parfait qui nous est déjà acquis, comme nous l’avions vu dans la lettre aux Galates. La loi ne peut nous justifier, mais elle nous invite à nous rapprocher de Celui qui est la source, l’origine, le fondement et la réalisation concrète de toute justice : YOHVAH lui-même, représenté par le Fils de l’homme, crucifié. Cet être unique, Daniel l’a vu investi de l’autorité suprême par le gouvernement céleste (Voir notre commentaire sur Daniel 7.11-14) et Jean le voit dans le Ciel, devant le trône divin, sous la forme symbolique d’un « agneau qui semble immolé » (Apocalypse 5.6 ; 13.8).

Pour conclure cette première approche de l’épître aux Romains, remarquons que plusieurs éléments textuels et contextuels nous poussent à rapprocher Romains 3 de Galates 2 et 3 :

  • Dans les deux lettres, Paul utilise la même expression ἐξ ἔργων νόμου, à partir d’œuvres d’une loi, qui désigne une mauvaise expérience avec la loi, des œuvres méritoires tirées de la loi. Nous avons longuement analysé et commenté cette expression dans les épisodes précédents.

  • Dans Romains 3.20, Paul parle de la prise de conscience du péché grâce à la loi (διὰ νόμου ἐπίγνωσις ἁμαρτίας) et, dans Galates 2.21, il parle d’une prétendue justice qui viendrait par la loi (διὰ νόμου δικαιοσύνη) et qui rendrait alors la mort du Christ inutile. Il s’agit là de deux expériences opposées que nous pouvons faire avec la loi. Voir notre analyse de Galates 2.21. Cela montre une complémentarité entre les deux épîtres.

  • Le contexte de Romains 3.20 discute de l’avantage donné aux juifs par le don de la Torah (Romains 2.18-24) et du sens qu’il convient de donner à la circoncision (Romains 3.1-4), de façon similaire à ce que l’on peut observer dans la lettre aux Galates. Par exemple, dans Galates 2.15 et Galates 4.8-10, Paul souligne la supériorité de la religion hébraïque sur les superstitions des traditions polythéistes et animistes. Puis dans Galates 5, il affirme avec force que la circoncision n’a pas de valeur justificative et rédemptrice.

Ainsi les préoccupations de Paul et le langage qu’il utilise sont les mêmes dans Romains et dans Galates. Dans les deux cas, il soutient :

  • la supériorité de la révélation hébraïque sur les autres traditions culturelles, mais l’égalité de tous les hommes devant le péché et devant Dieu,

  • la primauté absolue de la foi dans l’expérience chrétienne et l’impuissance des rituels, et même des actes de foi, à justifier l’acceptation du pécheur devant Dieu et devant le Ciel.

Cette foi, cette réponse de notre cœur à l’action de Dieu, apprécie pleinement ce que le Christ a fait pour toute l’humanité. Cet admiration pour le Christ nous motive pour accomplir dans nos vies la volonté de Dieu, exprimée dans ses commandements, ce qui n’est possible que parce cette volonté s’est déjà pleinement réalisée pour l’humanité dans son Fils, par son obéissance parfaite, jusqu’à la mort.

Cependant les actes de foi et d’obéissance à la volonté divine, s’ils sont justes en eux-mêmes, ne peuvent suffire à justifier notre réintégration au Ciel. Ils peuvent éventuellement justifier Dieu, en face de l’univers (voir Luc 7.29, Romains 3.4), en montrant que son projet de nous racheter et de nous réintégrer à la famille céleste pour l’éternité est viable, puisque notre cœur et donc notre conduite peuvent être modifiés, ici et maintenant, grâce au Saint Esprit avec lequel nous acceptons de coopérer. Nos actes de foi et d’obéissance sont donc précieux pour Dieu car ils témoignent devant l’assemblée céleste de la réalisation du salut dans nos vies.

Mais la décision divine elle-même de réaliser ce salut ne dépend d’aucune œuvre humaine. La justification « légale », première, la possibilité même pour que notre salut puisse éventuellement se réaliser, a été obtenue par d’autres moyens, par pure grâce et au moyen d’un sacrifice : elle dépend uniquement de la justice parfaite du Christ, des œuvres de Dieu. Elle a été accomplie une fois pour toutes.

En revanche, la réalisation de cette justice parfaite signifiée par les dix paroles dans nos vies, la justification par la foi, est, elle, encore en cours de réalisation. Au niveau individuel, c’est l’œuvre de toute une vie. Elle est donc loin d’être négligeable dans l’ensemble du processus de rédemption.

(À suivre)

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