Daniel : une lumière à Babylone

« Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » ou les dix commandements sont-ils pérennes ? (10)

23 Mars 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Sabbat

Sommaire général

Dans l’épisode précédent, nous avons vu pourquoi la loi des dix paroles, expression parfaite et intemporelle de la loi du Ciel, est pourtant impuissante à produire la vraie foi en nous. En effet, la loi, pour divine que soit son origine, n’est pas une personne. Une fois mise par écrit, une fois coupée de la Parole, elle peut très bien rester lettre morte. C’est ce qui s’est passé pour les Hébreux au pied du mont Sinaï. Puisqu’ils ont refusé d’entendre la parole, il a fallu la mettre par écrit (voir l’épisode 3). C’est pourquoi la Parole a dû devenir chair, afin de revivifier la loi des dix commandements dans l’humanité, collectivement, et dans les cœurs, individuellement, au moyen de la foi du Christ. La foi du Christ en la justice et la bonté divines peut inspirer à son tour dans nos cœurs la foi en cette justice et cette bonté divines, exprimées dans les dix commandements. Alors les dix paroles reprennent vie en nous, dans nos cœurs d’abord, dans notre pratique ensuite.

C’est ce qui s’est passé à l’époque des apôtres du Christ : la droiture et la pureté divines ont repris vie, dans les cœurs des juifs d’abord, dans le cœur des grecs et des romains ensuite. C’est ce que raconte le Nouveau Testament dans le livre des Actes. Les auteurs de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? auraient-ils lu le livre des Actes avec des lunettes déformantes ?

 

Galates 3.19-20 : la loi est le fruit du travail d’un Médiateur

C’est un fait bien connu des psychothérapeutes, une loi n’existe que grâce à une parole. S’il y a une loi, donc une société possible, c’est parce qu’il existe des personnes porteuses de cette loi. La loi de l’interdit de l’inceste en est le meilleur exemple. Or la prégnance et la nécessité de la loi chez l’être l’humain n’est qu’un reflet particulier d’un fait universel : l’univers ne peut exister que parce qu’il repose sur des lois et ces lois ne peuvent exister que parce qu’une personne, une parole, est digne de porter cette loi. Or cette Personne, le Créateur, est digne de porter la loi (cf. Apocalypse 4.11) et il a été jusqu’à porter la loi dans notre chair : il est devenu l’Agneau immolé (Apocalypse 5.9). Amour incompréhensible ! Toute loi juste et bonne est fondée sur cet amour divin et inconditionnel (Romains 13.10).

Or, dans Galates 3.19, utilisé comme « texte-preuve » par les auteurs de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » pour tenter de justifier la péremption des dix paroles divines, Paul nous donne des informations des plus intéressantes sur la loi de Moïse. La loi de Moïse n’est pas le décalogue, répétons-le, même si la Torah rapporte l’événement historique de la proclamation orale et publique du décalogue sur le Sinaï. Mais la loi de Moïse, considérée globalement, contient le décalogue. Elle est introduite par le décalogue, elle est inspirée par le décalogue. Alors écoutons bien ce que Paul dit de la loi de Moïse ici, car cela devrait aussi pouvoir s’appliquer dans un certain sens au décalogue :

Pourquoi donc la loi ? Elle a été donnée ensuite à cause des transgressions, jusqu’à ce que vînt la postérité à qui la promesse avait été faite ; elle a été promulguée par des anges, au moyen d’un médiateur. Galates 3.19, version Segond

Nous constatons, à première lecture de cette traduction, pourtant non neutre, que Paul présente ici la loi de Moïse sous le jour le plus positif. La loi n’est pas ici un outil de coercition qui servirait à nous forcer à avouer notre impuissance à respecter les principes divins, comme voudrait le faire croire des théologiens évangéliques, mais elle est le fruit du travail d’un médiateur. Or un médiateur, grâce à la puissance de la parole, peut nous persuader de respecter les principes divins, et, dans le cas du Médiateur divin, il peut nous rendre carrément capables d’appliquer les principes divins, dans l’état d’esprit de Dieu lui-même.

Dans Galates 3.19, Paul explique que la loi de Moïse, précédée et introduite par la proclamation orale du décalogue, a été « donnée ensuite, à cause des transgressions » (version Segond). Or le texte original emploie ici le verbe προστίθημι qui ne signifie pas « donner » mais « ajouter, additionner ». La loi de Moïse, écrite, est donc une addition, un ajout à une loi universelle déjà existante, transmise oralement depuis l’origine des temps et exprimée oralement en direct par YAHVEH au Sinaï. Le sabbat de la création, indépendamment de toute tradition juive postérieure, ne peut que faire partie de cette loi universelle. Il est donc normal que le récit de Moïse, dans l’Exode, commence par la proclamation du décalogue, en juste préambule à toutes les ordonnances qui suivent et qui n’en sont qu’un développement circonstancié.

Il faut bien garder à l’esprit que cette « loi » qui est « ajoutée » désigne, dans l’esprit de Paul et de ses lecteurs, l’ensemble des prescriptions données à Moïse, et non les principes éternels divins signifiés par le décalogue, qui contient les principes vitaux à la base de toutes ces prescriptions particulières.

Mais il y a plus : la suite du verset 19 nous apprend que cette « loi », circonstanciée, adaptée au peuple hébreu sortant d’Égypte vers le XIVe siècle avant notre ère, a été « promulguée par des anges au moyen d’un médiateur ».

Pourquoi « par des anges » ? Pour faire une distinction entre ces prescriptions transmises par Moïse et le décalogue. En effet, le décalogue, contrairement à la loi de Moïse, a été promulgué par YAHVEH lui-même en personne, et non par des anges.

Pourquoi « au moyen d’un médiateur » (Moïse en l’occurrence) ? Parce ce que, fondamentalement, seul un Médiateur peut nous relier à nouveau à Dieu et nous rendre vraiment capables d’entrer dans la bénédiction signifiée par Ses lois.

Seuls nous serons toujours incapables d’entrer dans la bénédiction rattachée à la soumission aux lois divines. Mais, avec un Médiateur, tout est possible… à celui qui croit en la véracité des paroles de Dieu… et d’abord qui accepte cette médiation, bien entendu. C’est cela la bénédiction qui a été promise à Abraham le croyant : c’est une vie de confiance dans les paroles de Dieu. C’est donc une vie sans meurtre, sans adultère, sans idolâtrie, sans convoitise, sans prétentions arrogantes et blasphématrices (Rome et ses dogmes, le dimanche), sans prendre le nom de Dieu en vain, sans manque de respect pour ses parents (ou pour ses enfants), sans extorsions ni déprédations d’aucune sorte, que ce soit sous couvert de légalité (emplois fictifs ou abusifs) ou non, bref, une vie HEUREUSE. Une vie où l’on prend plaisir à se réunir chaque sabbat pour adorer YAHVEH, représenté par son Médiateur. YAHVEH est la cause et la source de ce bonheur, et il est nommément désigné au cœur du décalogue, dans le quatrième commandement !

Elle n’est pas belle cette épître aux Galates ? L’étude sérieuse de l’épître aux Galates révèle plein de bonnes nouvelles, en fait. Nous n’avons fait là qu’une première lecture de Galates 3.19. Un examen plus complet du texte original nous apprend aussi que dans la phrase « la loi a été ajoutée ensuite à cause des transgressions » :

  • Le mot grec pour « transgressions » (παράβασις) implique l’idée d’une violation accompagnée d’un mépris, d’un manque de considération, pour les lois divines éternelles, fondées sur l’amour agapè. C’est toujours d’actualité.

  • Le mot grec pour « à cause de » est le substantif χάρις, utilisé de façon adverbiale, et que l’on traduit le plus souvent par « grâce » dans le Nouveau Testament. « À cause des transgressions », dans le texte original, porte donc l’idée de « par grâce, par faveur, par bon plaisir par rapport aux transgressions » ! Impossible à rendre de façon synthétique en français, bien sûr, mais nous comprenons que la loi de Moïse a été ajoutée, après des milliers d’années de transgression de la loi universelle sur la Terre, par pure grâce, pour faire du bien aux hommes par l’intermédiaire de Moïse et des Hébreux, et non pour les décourager. Hélas, les Hébreux ont un peu failli à leur mission bienfaisante. La première alliance, qu’ils ont imposée à Dieu au Sinaï, a été un échec. Nous avons expliqué comment et pourquoi dans l’épisode 3.

Remarquons, dans le verset suivant (Galates 3.20), que si le Médiateur ultime est unique, Dieu lui-même en la personne de son Fils, les autres médiateurs ne sont pas uniques et n’interviennent pas forcément de façon unique :

Or le médiateur n'est pas d'un seul : mais Dieu est un seul. (Version Martin)

ὁ δὲ μεσίτης ἑνὸς [génitif] οὐκ ἔστιν, ὁ δὲ θεὸς εἷς [nominatif] ἐστιν.

Le génitif employé ici pour l’adjectif numéral « un » (ἑνὸς) n’est pas facile à comprendre d’emblée. Il s’agit sans doute d’un hébraïsme. Si vous avez trouvé à quelle expression hébraïque Paul se réfère ici, et éventuellement pourquoi, nous sommes preneurs de l’information ! Quoiqu’il en soit, le génitif, employé pour les médiateurs humains nous renvoie au fait qu’un médiateur humain a une origine, il a été engendré, tandis que Dieu lui n’est pas engendré, il existe par essence, d’où le nominatif. Dieu n’est pas engendré mais il peut engendrer, n’en déplaise au Coran, sinon nous n’existerions pas !

Cependant, en amont de ces réflexions théologiques, le sens général du verset 20 est assez clair : un médiateur n’est jamais un cas unique et pérenne, sauf s’il s’agit de Dieu lui-même. En effet ce Médiateur divin unique est à la fois « semblable à ses frères » (Hébreux 2.17), donc issu d’une lignée humaine, et à la fois semblable à Dieu (cf. Hébreux 1.3). Un tel personnage ne peut être qu’unique, assurément !

Moïse a joué un rôle de médiateur entre les Hébreux et YAHVEH plus d’une fois, mais pas toute sa vie. Avant lui et après lui, d’autres personnes ont tenu ponctuellement un rôle authentique de médiateur entre Dieu et certaines populations. Abraham, à un certain moment de sa vie, a été un médiateur pour la population de Sodome. David et nombre de prophètes se sont parfois positionnés en médiateurs entre les Hébreux et YOHVAH, dans des circonstances particulières, que la Bible rapporte avec une impartialité historique sans faille.

Mais personne, sauf le divin MESSIE, n’a été ni ne peut être un médiateur absolu, constant et inamovible. C’est pourquoi la médiation des prêtres catholiques n’est qu’une vaine prétention blasphématrice, pressentie comme « abominable » dans les prophéties de Daniel. Cette prêtrise usurpatrice trahit par ses prétentions son incapacité à nous mettre réellement sur le chemin de la réconciliation avec Dieu et avec ses dix paroles. Un médiateur humain n’est pas forcément envoyé par Dieu.

Galates 3.21-22 : le péché n’est pas le maître de la loi

La Loi donc a-t-elle été ajoutée contre les promesses de Dieu ? Nullement. Car si la Loi eût été donnée pour pouvoir vivifier, véritablement la justice serait de la Loi. Mais l'Écriture a montré que tous les hommes étaient pécheurs, afin que la promesse par la foi en Jésus-Christ fût donnée à ceux qui croient. Galates 3.21-22, version Martin.

Cette traduction fait un peu charabia (elle date du XVIIIe siècle). Mais au moins elle n’interprète pas le texte faussement. Même quand elle dit que « l'Écriture a montré » (verset 22) au lieu de « l’Écriture a enfermé » (3.22, Segond) elle reste dans les limites du champ sémantique du verbe συγκλείω, qui porte aussi l’idée de conclusion, et du verbe κλείω dont il dérive, qui porte aussi l’idée d’appeler, nommer déclarer et pas seulement d’enfermer.

« Les hommes », effectivement, ne se trouve pas dans le texte original. Celui-ci, plus sobre, se contente d’un adjectif neutre pluriel (à l’accusatif) : τὰ πάντα, les tous. Cependant l’ajout de l’article défini (τὰ) devant l’adjectif πᾶς indique bien que le texte fait référence à quelque chose ou à quelqu’un de déjà mentionné, de déjà connu dans le texte, exactement comme en hébreu.

Alors qui sont ces « tous » ? La réponse se trouve plus haut au verset 14 : « Afin que la bénédiction d'Abraham parvînt aux Gentils » (Galates 3.14, Martin). Tous les hommes, tous les êtres humains sont concernés, les descendants d’Abraham et les Gentils, car tous ont été créés en Adam et tous revivront en Christ ! (Cf. 1 Corinthiens 15.22) τὰ πάντα, « les tous », « ceux-là tous » fait référence ici au fameux כָּל hébreu, emblème de l’aspect inclusif (nous dirions englobant) de la pensée hébraïque dont dérive le concept « en Christ », très présent dans les écrits de Paul. Car la Bonne Nouvelle est un fait, et non une simple proposition de la part de Dieu. Paul reste fidèle à la Bonne Nouvelle, tout simplement.

Cependant la traduction de Louis Segond, « l’Écriture a tout renfermé sous le péché », est ici un peu trop concise et absolue. « Tout » veut tout dire et rien dire en français. Il fallait donc préciser qui est derrière ce « tout ». Bravo à la traduction Martin pour avoir précisé « tous les hommes ». Du reste la dernière révision de la version Segond rend cette phrase de façon plus fidèle que la version de 1910 (cf. Galates 3.22, Segond 21). La version Semeur, plus dynamique donc moins littérale, est également intéressante ici, quoique très interprétative : « Mais voici le verdict de l'Écriture : l'humanité entière se trouve prisonnière de sa culpabilité devant Dieu. » (3.22, Semeur) Bien sûr le mot culpabilité demanderait à être explicité.

L’Écriture est fiable et honnête : elle ne peut que reconnaître l’universalité du péché depuis que tous ont péché « en Adam ». Mais l’Écriture ne détermine pas cet état de fait. L’Écriture, pour impuissante qu’elle soit à communiquer la vie, n’a pas pour but de nous emprisonner dans le mal. Elle nous signifie que nous sommes esclaves du mal mais elle nous indique aussi le chemin de la libération. L’Écriture ne nous rend pas esclaves du péché : c’est le péché qui nous rend esclave de nos propres désirs. Par conséquent la traduction de la TOB, « l’Écriture a tout soumis au péché dans une commune captivité », est trop interprétative. Associer les Écritures au péché, c’est insulter Dieu qui a donné les saints écrits. Carton rouge une nouvelle fois à la TOB* !

* La TOB semble meilleure dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau Testament. Cela s’explique peut-être par le fait que nombre de traducteurs, chrétiens, n’ont que peu d’intérêt personnel pour l’Ancien Testament. Aussi, tous les efforts interprétatifs des théologiens et des traducteurs se portent sur le Nouveau Testament. L’Ancien testament, étant réputé à tort ne plus nous concerner, est traduit souvent de façon plus objective, avec moins de distorsions interprétatives que pour le Nouveau.

C’est en révélant au plus haut degré la justice et l’amour divins que le décalogue nous fait prendre conscience de notre mal, pas en présentant une liste d’interdits qui feraient une sorte de publicité pour le mal. Non, cela c’est une perversion satanique, une vision déformée de la sainte loi de Dieu. C’est notre nature pervertie qui transforme l’interdit en objet de désir, ce n’est pas la loi qui fabrique du péché en présentant des critères de sainteté trop élevés pour nous ! C’est notre nature et notre péché qu’il faut accuser, pas la loi de Dieu.

C’est d’ailleurs notre nature pervertie qui a été crucifiée avec Christ, ce n’est pas la sainte loi de Dieu. En Christ, notre chair a été anéantie, mise à mort (voir notre analyse de Galates 2.20 dans l'épisode 7). Les chrétiens évangéliques ignoreraient-ils jusqu’au sens premier de la croix ? Rome a-t-elle réussi à ce point son travail de sape du protestantisme ?

Ainsi, si l’Écriture montre que tous les hommes sont pécheurs (Galates 3.22), ce n’est pas pour les « enfermer » dans la désobéissance, pour les condamner à pécher jusqu’à ce que vienne une nouvelle « dispensation » (sic). Non, l’Écriture n’est là que pour nous servir de guide. Comment ? L’Écriture nous indique que, grâce au Médiateur, le péché n’est pas une fatalité : le péché n’est pas le maître ultime et nous ne devons donc pas lui donner consciemment la moindre autorisation de régner sur nos vies. Amen.

 

Galates 3.24 : la loi, le pédagogue du Christ

Dans Galates 3.24, autre « texte-preuve » utilisé dans le paragraphe « 1.2. Quel est le rôle de la loi ? » de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » pour tenter de justifier la péremption des lois divines, surtout du sabbat, Paul présente la loi sous le jour le plus positif, un nouvelle fois. Paul y décrit en effet la loi de Moïse, inspirée par les dix paroles universelles, non pas comme un outil au service du péché, comme le laissent entendre les théologiens évangéliques, mais comme un outil au service de la justice :

Ainsi la loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. Galates 3.24, Louis Segond

La loi de Moïse, détaillée dans les deux livres centraux du Pentateuque, est présentée ici sous les traits d’un pédagogue, certes prêt à fouetter en cas de désobéissance, mais qui dirigeait nos regards vers le Christ. La loi de Moïse, pour Paul, n’était pas comme un diable qui poussait les Hébreux à fauter en les décourageant par des exigences trop élevées pour l’humanité, comme on pourrait en avoir l’impression dans la formulation utilisée dans l’article en question. L’Écriture ne nous ficelle pas dans une prédestination infantilisante. Au contraire, elle nous appelle à la responsabilité individuelle.

Cependant, si nous sommes rebelles, de guide, l’Écriture se transforme en « pédagogue », en grec παιδαγωγός, c’est-à-dire, concrètement, en surveillant impitoyable prêt à nous fouetter en cas de désobéissance. À nous de voir ce que nous voulons : un dialogue constructif et intelligent avec les Écritures et avec l’Auteur de la loi ; ou bien des coups de fouets pour tenter de nous ramener sur le droit chemin. Chacun sa méthode. Apparemment, les juifs de l’Antiquité ont souvent opté pour la seconde méthode : Paul le reconnaît ici en toute humilité. C’est notre nature et notre attitude vis-à-vis de la loi qui peut faire problème, pas les justes exigences divines.

De plus, selon Galates 3.24, la loi de Moïse nous a conduits au Christ pour que nous soyons justifiés par la foi, c’est-à-dire rendus justes, pas pour que nous puissions transgresser le décalogue en toute impunité ! C’est aussi ce que Paul écrit aux Romains : la médiation du Christ a pour but d’accomplir « en nous » (Romains 8.4) la justice exprimée, souvent de façon symbolique, dans la loi de Moïse. A fortiori, la médiation du Christ doit aussi accomplir « en nous » la justice exprimée en clair dans le décalogue, car le décalogue est la substantifique moelle de la loi de Moïse. Voilà la véritable justification par la foi, celle qui implique une réponse et une collaboration de l’homme, et donc, à terme, une rénovation intérieure complète.

Galates 3.23-29 : nous, les juifs, et vous, les païens

Cependant les auteurs de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » interprètent Galates 3.24 comme voulant dire que « La loi est donc notre conducteur jusqu’à Christ ». C’est possible, mais dans quel sens exactement ? Les auteurs semblent comprendre qu’après le Christ la loi (sous-entendu des dix commandements) ne sert plus à rien ou ne s’applique pas aux chrétiens. Qu’en est-il ? Dans quelle mesure la loi, en tant que principes, formulés idéalement dans le décalogue, peut-elle nous conduire AU Christ, dans l’absolu, et dans quelle mesure la loi de Moïse dans son ensemble nous a-t-elle conduits JUSQU’À l’époque du Christ ? L’analyse plus approfondie du texte dans son contexte devrait répondre à ces questions légitimes.

Une première observation de Galates 3.23-29, dans n’importe quelle traduction, fait apparaître successivement deux « personnages » : « nous » et « vous » :

23 Avant que la foi vînt, nous étions enfermés sous la garde de la loi, en vue de la foi qui devait être révélée. 24 Ainsi la loi a été comme [grec : est devenue] un pédagogue pour nous conduire à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. 25 La foi étant venue, nous ne sommes plus sous ce [grec un] pédagogue. 26 Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ ; 27 vous tous, qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. 28 Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. 29 Et si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse. Galates 3.21-29, version Louis Segond

Deux pronoms personnels sont ici employés successivement : «nous» et «vous». D’après le contexte général de l’épître aux Galates, dont avons parlé dans l’épisode 7, Paul, qui est juif, s’adresse à des juifs qui veulent imposer la circoncision à des non juifs convertis au messianisme de Jésus de Nazareth. Paul étant un imitateur de Jésus-Christ sincère et engagé s’identifie sans hésiter à son peuple et il emploi le nous, alors même que beaucoup de juifs ne le reconnaissent plus comme un des leurs.

« Nous les juifs, dit-il en substance, nous étions soumis à la loi de Moïse, en particulier à la circoncision. Toutes ces lois pointaient vers le Christ ! Maintenant que nous avons été justifiés par la foi, que nous avons renoncé à tirer une justice valable aux yeux de Dieu de notre observation de la loi, nous ne devons plus voir dans notre circoncision une preuve de notre acceptation par Dieu ! Nous n’aurions jamais dû le faire d’ailleurs. Mais comme nous, les juifs, nous avons été rebelles, dès la révélation du Sinaï, la loi de Moïse s’est transformée en pédagogue : elle nous donnait des coups de fouets chaque fois que nous nous révoltions contre elle. Parfois elle nous condamnait même à mort ! Souvenez-vous de la révolte de Coré, par exemple. »

« Pourtant Dieu, poursuit Paul, ne nous a pas donné la loi par Moïse pour nous fouetter mais pour nous guider vers Christ, ce que nous n’avions pas compris. Maintenant que nous, les juifs, nous connaissons le Christ, la loi de Moïse n’est plus un père-fouettard pour nous : nous ne sommes plus sous le fouet d’un pédagogue. Car maintenant, nous avons renoncé à notre rébellion contre la justice divine. Maintenant tous les rituels de la loi de Moïse ne sont plus des prétextes pour nous auto-justifier (les œuvres de la loi) ou pour nous mortifier (le pédagogue et son fouet). Maintenant la loi de Moïse est devenue pour nous, les juifs, un fabuleux manuel symbolique des justes et éternels principes de la justice divine, formulés dans le décalogue et incarnés en Jésus de Nazareth. »

Voilà pour le nous, les juifs. Notez que si, du point de vue des théologiens évangéliques, la loi de Moïse ne concerne que les juifs, ce que dit Paul ici sur le nouveau rapport entre les juifs et cette loi ne devrait logiquement concerner que les juifs ! Par conséquent, de ce point de vue, « nous ne sommes plus sous un pédagogue » ne devrait concerner que les juifs et donc ne pas pouvoir être utilisé comme argument pour ne plus observer les dix commandements. Bon, çà c’est pour la petite histoire.

Il est vrai que les païens, eux, ne se soumettaient pas du tout aux rituels et aux lois juives, sauf exception, bien sûr. Ruth est un exemple éminent de ces exceptions. Notons pourtant, comme Paul l’explique dans Romains 2.14-15, que les païens eux-mêmes ont toujours perçu et appliqué des éléments de la loi divine universelle, malgré le péché, grâce à Dieu et à l’influence modératrice du Saint Esprit qui met des limites à l’expression du mal sur la Terre.

Cependant, avant la révélation de la croix, les païens, sauf exception, étaient généralement plutôt rebelles à la loi divine, en partie par la faute de Satan et de ses religions idolâtres. Mais les Hébreux aussi ont été souvent rebelles : le « pédagogue » a donc dû employer le fouet pour les juifs et leurs adhérents. Cependant, juif ou pas, Hébreu ou pas, la rébellion qui est en nous, par nature, est fondamentalement la même et la solution à cette rébellion contre les principes divins signifiés par les dix paroles est la même : la révélation de la croix qui bouleverse les cœurs et les réconcilie avec la justice divine.

D’ailleurs, dans la deuxième partie de Galates 3.21-29, introduite par un « car » (3.26), Paul passe du nous, les juifs, au vous et même au « vous tous » (3.27).

« Vous tous, juifs, grecs, romains, dit Paul en substance, c’est dans la croix du Christ, dans la vie protectrice dont il vous a tous revêtus (3.27), qu’il faut chercher l’assurance d’être justifié ET transformé par Dieu. Vous tous, vous êtes donc, du point de vue de Dieu et de son Christ, des enfants d’Abraham, que vous soyez circoncis ou non. Par conséquent, la bénédiction promise à Abraham et visant « toutes les familles de la terre » (Genèse 28.14) est accessible à vous tous, dans les mêmes conditions, exactement, que vous soyez juifs, que vous soyez païens convertis au judaïsme ou païen tout court. La règle est la même pour tout le monde, la loi est la même pour tout le monde ! »

« Alors, je vous en prie, que les juifs ou les convertis au judaïsme n’essayent pas d’imposer leur pratique de la loi de Moïse aux païens, que ce soit la circoncision ou d’autres rituels. Cela n’a pas de sens puisque maintenant vous vous reconnaissez tous rassemblés en Christ. Vous êtes devenus des enfants d’Abraham, des enfants de la promesse, que dis-je, des enfants de Dieu, réconciliables avec ses dix paroles ! Aussi, tous, nous choisissons de nous soumettre de bon cœur aux justes principes signifiés par le décalogue, tous, juifs, grecs et romains. Nous n’avons pas besoin d’être fouettés par un surveillant ! Vous respectez déjà tous le sabbat comme jour d’adoration, montrant bien ainsi que vous avez reconnu que Jésus, le messie juif, est le Créateur révélé dans le Pentateuque et le seul Dieu qu’il faut adorer. Alors que demander de plus ?? Contraindre des croyants à observer les rituels symboliques de Moïse ne servirait à rien et ne produirait rien de bon ! »

Voilà donc le sens de ce passage (Galates 3.21-29), tel qu’on peut le percevoir en tenant compte du contexte général de l’épître aux Galates et des pronoms personnels employés.

Mais quelle est belle cette épître aux Galates, à bien y regarder ! Paul est vraiment l’homme de la réconciliation entre juifs et païens, par le Christ et autour du décalogue. Paul n’est pas un propagateur de dispensations sectaires qui, en dressant un mur au milieu de l’histoire du salut, dressent un mur entre les peuples. Ce mur de séparation sera certes reconstruit par Rome, mais plus tard, dans la suite de l’histoire du christianisme, notamment à l’aide du repos dominical. Ce n’était pas la position des premiers apôtres.

Paul est très fier d’être juif, pas de doute, il le laisse montrer dans plusieurs épîtres. Mais Paul n’est pas orgueilleux. Ainsi, dans Galates 3.23-25, Paul, en tant que juif, fait son mea culpa national :

« Si nous, les juifs, veut-il dire, nous avions été moins rebelles au pied du Sinaï, nous aurions pu facilement comprendre que nous étions, par nature, incapables d’obéir aux dix commandements. Alors nous ne nous serions pas engagés à obéir à Dieu par nos propres forces (Exode 19.8). Obéir à Dieu, dans notre être charnel et vendu au péché (Romains 7.14) ne pouvait être qu’une grâce, accordée par l’Esprit divin, dans l’attente de la promesse de celui qui devait venir (Romains 5.14). En effet, il n’était pas nécessaire que, pendant des siècles, nous nous rebellions contre Dieu et que la loi nous fouette comme un simple surveillant. Dieu n’a jamais donné une loi quelconque pour cela. Ni le rappel du décalogue ni les prescriptions de Moïse n’avaient pour pu de nous mortifier ! C’est Rome, la toute-puissante, qui nous mortifie, nous les juifs, ce n’est pas YOHVAH ! »

« Dieu n’a jamais voulu ces échecs à répétition pour les juifs ! Il voulait seulement nous bénir au Sinaï. Mais nous avons REFUSÉ d’écouter davantage la parole divine prononcée en direct. Alors la loi est DEVENUE un pédagogue, elle s’est changée en maître à fouetter. C’est dommage, mais, en attendant la révélation de la croix qui devait changer complètement nos cœurs, il n’y avait pas d’autre solution, car nous n’avons pas laissé le choix à Dieu. Car nous, les juifs, nous n’avons pas laissé la parole divine toucher nos cœurs au pied du Sinaï ! »

« La loi, cette si belle et juste loi de Dieu, a été réduite au rôle de père-fouettard (pédagogue), à cause de notre incrédulité. Quelle tristesse ! Mais maintenant c’est fini, grâce au Christ, grâce à la croix ! Moi, Paul, je ne doute pas un instant de la grâce transformatrice de Jésus : La foi étant venue, nous ne sommes plus soumis à un surveillant (Galates 3.25, Nouvelle Bible Segond). Grâce à la foi du Christ qui change nos cœurs, plus besoin de coups de fouets pour obéir à Dieu ! Tous, juifs et païens, nous acceptons la loi par la foi, de bon cœur, sabbat compris ! Car ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ! »

Ainsi, avec le décalogue, nous avons tous accès, juifs et non juifs, à l’essentiel de la volonté de Dieu pour l’humanité. La loi de Moïse avec ses prescriptions est une grâce divine concrète, que les juifs ont vénérée à juste titre, Paul ne le nie pas. Mais la loi de Moïse n’est qu’une préfiguration de la réconciliation totale entre l’homme et Dieu. Or cette réconciliation totale est manifestement formulée dans les dix paroles, que dis-je dans les dix promesses. Cette réconciliation totale est rendue possible par la médiation du Christ, dans le désert de la tentation, à Gethsémané, à la croix et dans le sanctuaire céleste !

Notes sur la traduction Segond 1910 de Galates 3.22-29.

Le verset 23 porte : « Avant que la foi vînt, nous étions enfermés sous la garde de la loi ». Cela donne l’impression que la loi de Moïse était une prison, alors qu’elle était une symbolisation magnifique du salut. De fait, le texte original dit plutôt :

« Avant que la foi vînt, nous étions inclus, rassemblés (συγκλείω) sous la protection (φρουρέω) de la loi. »

C’est assez différent. La loi de Moïse a été, ou devait être, pour les Hébreux puis pour les juifs, un rempart protecteur contre la confusion et la violence dans lesquelles baignaient les cultures moyen-orientales de l’époque, et non une contrainte.

Le verset 24 dit bien que la loi de Moïse est devenue [grec γέγονεν] un pédagogue (un maître à fouetter) pour conduire les juifs à Christ. La loi est bien devenue quelque chose qu’elle n’était pas ou pour lequel elle n’avait pas été conçue. D’où les œuvres tirées de la loi dont nous avons déjà abondamment parlé, c’est-à-dire la valeur méritoire que nous pouvons être tentés d’attribuer à notre obéissance à la loi.

Par ailleurs, le verset 24 dit bien que la loi a conduits les juifs au Christ ou vers le Christ (préposition εἰς), afin qu’ils soient justifiés par la foi. Or la préposition εἰς indique toujours un mouvement et une direction, pas une période de temps. Étant donné que le complément est ici une personne, le Christ, εἰς doit désigner un mouvement et une direction vers cette personne. Par conséquent, l’interprétation de εἰς comme signifiant jusqu’à, donc comme séparant l’histoire en périodes distinctes, n’est pas plausible ici. Dans les faits, il est clair que la loi de Moïse a été perçue comme un surveillant, prêt à fouetter, jusqu’à ce que vienne le Christ, jusqu’à la révélation de la croix. Mais c’est vers cet événement et vers cette personne que la loi pointait, ce n’est pas vers une nouvelle ère ou dispensation.

Dans Galates 3.25, le texte original dit bien que nous (les juifs) « ne sommes plus soumis à un surveillant » (celui qui tient le fouet). La traduction de Louis Segond « nous ne sommes plus soumis à ce pédagogue » est non seulement inexacte mais propre à être utilisée de façon tendancieuse. Paul ne vise pas ici une loi particulière. Paul ne vise d’ailleurs aucune loi ici, mais il vise un vécu par rapport à la loi, un statut accordé à la loi. La loi peut être vécue comme un père-fouettard par des croyants rebelles à la volonté de Dieu exprimée si clairement dans les dix paroles. Au contraire, si nous avons adopté la foi du Christ, la loi n’est plus un surveillant pour nous, elle est une expression des principes de vie divins, symbolisés par des rituels dans la loi de Moïse, exprimés en clair dans les dix paroles de Dieu.

 

« La loi » ou « une loi » : usage des articles définis et indéfinis dans Galates 3.

Dans Galates 2, nous avons noté que Paul restait très général, en omettant tout article devant le mot loi (νόμος) (voir l’épisode 7). Or ici, dans Galates 3, Paul écrit de façon plus différenciée.

En étudiant Galates 3.1-5, au début de l’épisode 8, nous avons constaté que dans le texte original le mot loi, dans l’expression « œuvres de la loi » restait sans article, comme au chapitre 2. Dans la suite du texte, Galates 3.6-9, Paul témoigne de l’extension de la bénédiction d’Abraham aux Gentils (les incirconcis). Le mot loi n’apparaît pas.

Au verset 10, Paul revient sur l’idée des « œuvres de la loi » ou « œuvres tirées d’une loi » (ἐξ ἔργων νόμου), c’est-à-dire sur le mérite que l’on peut s’attribuer en observant une loi, quelle qu’elle soit. Pas d’article défini non plus au début du verset 10. L’article apparaît cependant à la fin du verset pour parler du livre de la loi. C’est normal, outre qu’il s’agit linguistiquement d’une transcription d’un état construit hébreu, on parle ici de quelque chose de forcément défini : LE livre de la loi. Ce ne peut être n’importe quel livre : c’est la révélation de la volonté de Dieu pour les hommes ! Il s’agit clairement du Pentateuque dans son ensemble. Paul est ici à la fois juif et protestant.

Au verset 11 cependant, l’article défini devant le mot « loi » disparaît, dès que Paul reprend sa réflexion théologique générale : « Or que par une loi (ἐν νόμῳ) personne ne soit justifié devant Dieu, cela paraît par ce qui est dit : que le juste vivra de la foi (ἐκ πίστεως). » (Galates 3.11, d’après la version Martin)

À noter que l’absence d’article défini devant le mot foi (πίστεως) n’a pas de signification particulière, la foi étant, ici, un concept très général. Le texte ne fait pas apparaître de discussion sur plusieurs types de foi. La loi, en revanche, n’est pas un concept général : ce sont des ordonnances précises, des règles qui permettent la vie et l’organisation d’une société. Il faut donc savoir de quoi l’on parle.

C’est au verset 12 que l’article défini (ὁ) apparaît de façon vraiment nouvelle devant le mot loi. « Or la Loi n'est pas de la foi; mais l'homme qui aura fait ces choses, vivra par elles. » (Martin). À la fin de l’épisode 9, nous avons analysé ce verset et supposé que Paul voulait désigner ici une loi particulière. Il devrait s’agir logiquement d’une loi déjà connue dans le contexte et à laquelle les lecteurs de la lettre vont penser immédiatement en la lisant. D’après le contexte et l’objet final de la lettre, cette loi pourrait être la circoncision, qui semble préoccuper les destinataires (voir Galates 5.6 et 11).

Cependant au verset 13, contrairement au verset 11, l’article défini revient devant le mot loi pour parler de la malédiction de la loi dont Christ nous a rachetés en étant crucifié : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi (τῆς κατάρας τοῦ νόμου). » Une fois de plus, nous comprenons que le génie inspiré de Paul embrasse ici plus que la simple loi de la circoncision. La malédiction attachée à quiconque transgresse les principes divins, quels qu’ils soient et quelle qu’en soit la forme concrète, est celle de la mort éternelle, juste anéantissement qui doit purifier l’univers du péché. Voilà la mort que le Christ a affronté en portant en lui notre nature jusqu’à la mort de la croix (Philippiens 2.8). Comme nous l’avons déjà souligné dans l’épisode 9, c’est bien notre malédiction qui a été crucifiée avec Christ et non la loi ! La malédiction n’est pas dans la loi mais bien dans notre incapacité à observer la loi, c’est-à-dire dans notre chair.

De fait, un peu plus bas, au verset 17, après être revenu sur la promesse à Abraham étendue aux Gentils, Paul montre clairement que son propos englobe toute la loi de Moïse avec ses prescriptions et ses rituels, quand il parle de « la loi qui est venue quatre cent-trente ans après » (Galates 3.17, Martin). L’article défini est bien présent ici : il s’agit d’une loi définie. Notons cependant que le texte original ne parle pas exactement de « la loi, qui est venu 430 ans après » mais, mot à mot, de « la qui est venue 430 ans après loi » ! Ce n’est pas n’importe quel principe divin, ce n’est pas la loi universelle des dix paroles sur lesquelles tout le gouvernement de Dieu repose dont il est question ici, c’est celle qui est venue 430 ans après les promesses faites aux patriarches. C’est la loi de Moïse, avec tous ses rituels et ses prescriptions. Le sabbat universel ne fait pas partie intrinsèquement de cette loi, puisqu’il remonte à la création du monde.

La loi de Moïse va seulement préciser, contextualiser, la loi universelle du repos hebdomadaire du septième jour de la création, afin d’en préciser l’application dans la société hébraïque de l’époque, très tôt lors de l’Exode, à l’occasion du don de la manne (Exode 16.22-26), avant même la proclamation orale du décalogue (Exode 20) !

Au verset 18, « Car si l'héritage est par la loi, il n'est point par la promesse », l’article disparaît de nouveau : nous sommes dans une réflexion théologique générale :

εἰ γὰρ ἐκ νόμου ἡ κληρονομία, οὐκέτι ἐξ ἐπαγγελίας· Mot à mot :

Car si à partir d’une loi est l’héritage, ce n’est pas à partir d’une promesse.

La préposition ἐκ est utilisée, indifféremment pour la loi et pour la promesse. Ainsi la provenance, l’origine, la parole fondatrice de l’héritage est bien une promesse et non une loi. C’est un engagement d’une personne et non une règle impersonnelle. Nous sommes bien dans une réflexion générale sur les conditions d’attribution de l’héritage du salut. Aucune loi n’est remise en cause ici.

Verset 19 : « Pourquoi donc la loi ? » (τί οὖν ὁ νόμος). L’article défini est de retour. Paul parle de nouveau d’une loi bien définie, la loi de Moïse avec tous ses rituels. Elle a bien été ajoutée (προσετέθη) à la loi universelle préexistante, nous l’avons vu.

De même, au début du verset 21 : La loi est-elle donc (ὁ οὖν νόμος) contre les promesses de Dieu ? Le discours de Paul sur la loi de Moïse est parfaitement logique et cohérent.

Cependant au milieu du verset 21, l’article défini disparaît de nouveau, puisque Paul fait de nouveau une réflexion générale : « S'il eût été donné une loi qui pût procurer la vie, la justice viendrait réellement de la (grec une) loi. » (3.21, Segond).

De même au verset 23 : « Avant que la foi vînt, nous étions gardés sous la (grec une) loi. » (Martin). Nous étions gardés par une loi, à défaut de vouloir nous soumettre à l’Esprit et d’être gardés par l’Esprit du Christ ! Ce n’est pas une loi en elle-même qui est visée, c’est un état de fait par rapport avec cette loi.

Verset 24 : « La loi est devenue un pédagogue » : retour de l’article défini. La loi de Moïse et le culte hébreu, qui devaient faire l’admiration de toutes les nations alentour et rendre gloire au Dieu d’Israël, ont été réduits à un maître armé d’un fouet, à cause de l’incrédulité des Hébreux vis-à-vis des promesses de Dieu d’écrire ses lois dans les cœurs. Cette promesse du salut, regreffé au cœur de l’être humain, était déjà contenue dans les promesses antérieures, la promesse du Sauveur faite à Ève dans le jardin d’Éden et la promesse faite à Abraham de bénir toutes les nations grâce à sa descendance messianique.

 

Essai de retraduction des principaux passages de Galates 3

Réécrivons maintenant les passages clés du chapitre 3 par rapport à la loi en respectant la présence ou l’absence de l’article défini dans le texte original et tout cela va être limpide. Nous ajoutons certaines prépositions grecques entre parenthèses pour plus de précision.

1 Ô Galates insensés qui vous a ensorcelés… alors que Jésus-Christ a été dépeint sous vos yeux comme crucifié ?

2 Avez-vous reçu l’Esprit à partir des (ἐκ) œuvres [tirées] d’une loi, ou à partir d’une (ἐκ) écoute pleine de foi ? [il s’agit bien de deux vécus spirituels et non de deux statuts juridiques]

5 Celui donc qui vous donne l'Esprit… est-ce à partir des (ἐκ) œuvres [tirées] d’une loi, ou à partir d’une (ἐκ) écoute pleine de foi ?

10 Mais tous ceux qui sont des (ἐκ) œuvres d’une loi, sont sous une malédiction car il est écrit : maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites au Livre de la loi pour les faire.

11 Or que par (ἐν) une loi personne ne soit justifié devant Dieu, cela paraît par ce qui est dit : que le juste vivra de la foi.

12 Or, la loi ne provient pas de (ἐκ) la foi ; pourtant (ἀλλὰ) celui qui mettra ces choses en pratique vivra par (ἐν) elles.

13 Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, quand il a été fait malédiction pour nous…

17 Quant à l'alliance qui a été auparavant* confirmée par Dieu en Christ, la [cette**] loi qui est venue quatre cent-trente ans après ne peut pas l'annuler…

* Alliance faite en Éden, après la chute, cf. v. 19. ** L’article défini grec peut être une traduction du démonstratif hébreu ה.

18 Car si l'héritage venait d’une (ἐκ) loi, il ne viendrait plus d’une (ἐκ) promesse.

19 Pourquoi donc la loi [de Moïse] ? Elle a été ajoutée par grâce par rapport aux transgressions jusqu'à ce que vienne la semence à l'égard de laquelle la promesse avait été faite. Elle a été promulguée par des anges, par le ministère* d'un Médiateur.

* En grec : la main d’un médiateur, hébraïsme.

21 La loi [de Moïse] est-elle donc contre les promesses de Dieu ? Loin de là ! S'il eût été donné une loi qui pût procurer la vie, la justice viendrait réellement d’une (ἐκ) loi.

23 Or avant que la foi vînt, nous [les juifs] étions gardés par (ὑπὸ) une loi, rassemblés, dans l'attente de la foi qui devait être révélée.

24 La loi [de Moïse] est ainsi devenue notre surveillant, [pointant] en direction du (εἰς) Christ, afin que nous soyons justifiés par (ἐκ) la foi.

25 Alors, la foi étant venue, nous ne sommes plus sous un surveillant,

26 parce que vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ.

27 Car vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ.

Loué soit YAHVEH !

(Traduction d’après le texte original réutilisant des éléments de la version Martin et Segond 1910)

(À suivre)

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