Daniel : une lumière à Babylone

De l’indistinct à la séparation, ou des ténèbres à la lumière — (1) La Création

6 Mars 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Textes commentés

Quand le génie du Créateur triomphe des forces confusionnelles grâce à la puissance de sa parole.

 

L’action du Créateur s’oriente toujours du désordre vers l’ordre, du confusionnel vers la clarification, du fusionnel vers la liberté, comme il l’a montré lors de la libération des Hébreux de l’Égypte. Tous les êtres humains profitent du génie créateur de YOHVAH à chaque instant et à tous les niveaux de leur vie. Or, dès le début de la Création de notre univers, ce génie clarificateur agit pour produire du bon et du bien. Notre univers n’est que chaos (tohu et bohu en hébreu), mais l’Esprit d’Elohim est déjà en pleine réflexion, « au dessus des eaux » (Genèse 1.2).

Les eaux sont un élément indispensable à la vie. Plus tard, dans les prophéties hébraïques, les eaux pourront symboliser les vies ou les forces humaines (Psaumes 144.7 ; Ésaïe 8.7 ; Jérémie 51.55 ; Apocalypse 17.1-2). Cependant, au début de la Genèse, YOHVAH se présente comme celui qui préside à la naissance de la vie humaine : celui qui maîtrise la création de la vie et dont l’Esprit est au dessus de l’esprit humain. Ce faisant, il s’annonce comme celui qui veillera sur le développement de la vie humaine et sur son histoire. Il se présente ainsi comme celui qui a l’autorité pour juger si une vie humaine doit prendre fin… ou ressusciter. YOHVAH est le seul être de l’univers à posséder cette autorité sur la vie.

Cependant, dans le récit de la Création, la vie ne naît pas spontanément de l’eau : elle n’est pas le fruit d’une évolution naturelle. Soulignons la force du récit à cet endroit :

« L’esprit d’Elohim planait au-dessus des eaux. Alors Elohim dit : Que la lumière soit ! » (Genèse 1.2)

Comme le montre la suite du récit, toute la création et la vie vont naître par la puissance de la parole, de la parole du Créateur. L’eau est nécessaire à la vie, mais elle n’est pas suffisante. Il faut la parole, la parole créatrice.

Maintenant que l’esprit divin et la parole créatrice sont prêts, tout est en place pour que l’on passe du chaos à une merveille d’organisation. La Création et donc la différenciation peuvent commencer.

 

1. D’abord YOHVAH établit une distinction claire entre la lumière et les ténèbres. Première frontière (Genèse 1.2-4). Cette séparation est importante, car les ténèbres, חשך en hébreu, évoquent ce qui est occulte, donc potentiellement dangereux ou malveillant. D’ailleurs ces ténèbres recouvrent ici la surface de l’abîme, ce même abîme d’où la bête satanique de l’Apocalypse monte (17.8) et où Satan sera emprisonné pendant mille ans, après la fin du monde et le retour de Jésus (Apocalypse 20.1-3). Mais disons ici simplement que l’abîme, en hébreu תהום, se rapporte toujours à la mort dans la Bible, y compris dans le Nouveau Testament (Luc 8.30-31 ; 16.25-26 ; Romains 10.7 ; 2 Corinthiens 11.25). La racine hébraïque correspondante au mot abîme, הום ou המם, se rapporte au trouble, à l’agitation (Deutéronome 7.23 ; 1 Samuel 4.5 ; Psaume 55.2, Proverbes 15.16) ou à la confusion (1 Samuel 14.20).

Nous voilà arrivés à fin du premier jour, qui marque l’apparition de ce type premier de distinction temporelle : le jour de 24 heures. Le temps aussi doit être organisé, donc différencié, en même temps que l’espace.

 

2. Ensuite YOHVAH sépare les masses d’eau en deux pour distinguer entre les eaux célestes (l’atmosphère) et terrestres. Deuxième jour, deuxième frontière. (Genèse 1.6-8)

Cette séparation permet alors, au troisième jour, une nouvelle séparation : celle entre le liquide et le solide. Les eaux se regroupent en un même lieu et la terre ferme apparaît (Genèse 1.9-10). Nouveau progrès, nouvel ordre. En trois jours à peine, l’espace terrestre s’est structuré : le fusionnel et confusionnel s’est effacé, la vie va maintenant pouvoir apparaître.

 

3. Cependant, au troisième jour, contrairement à toute prévision évolutionniste, la vie n’apparaît pas dans l’eau mais sur la terre d’abord. Car c’est sur la terre que doit apparaître le couronnement de la création divine : l’être de parole. Le sol produit des végétaux, sur l’ordre de la Parole. Il ne produit pas un végétal générique, multifonctions, mais plusieurs types de végétaux, depuis les graminées jusqu’aux espèces ligneuses les plus imposantes et chaque arbre fruitier « selon son espèce » (Genèse 1.11).

Le mot espèce ne doit pas être pris au sens botanique scientifique, tel qu’on le concevra à partir du XVIIe siècle, mais il s’agit ici de plusieurs « sortes » d’arbres, au sens le plus général du terme. Quoi qu’il en soit, on passe de l’indistinct, le sol avec les potentialités minérales qu’il renferme, considérables mais inertes, à une biodiversité, végétale, ordonnée, incroyablement riche. Seule la Parole a pu fournir ces informations génétiques, sans lesquelles le sol seul n’aurait rien pu produire.

Donc après avoir séparé les éléments liquide et solide, Dieu crée des espèces végétales distinctes, séparées, chacune ayant sa semence, donc son code génétique spécifique, comme on le constate encore aujourd’hui après des milliers d’années d’évolution naturelle et de perturbations, d’origine naturelle ou humaine. Fin du troisième jour.

 

4. Et maintenant, pensez-vous, après l’organisation du monde terrestre, Dieu va opérer de la même façon dans le monde aquatique : il va y produire une distinction semblable à celle qu’il a produite dans le monde terrestre végétal. Et bien pas du tout ! La distinction et la séparation entre les ténèbres et la lumière, symboles du bien et du mal, est tellement importante — pour lui et pour l’être de parole terrestre pour lequel tout cet écrin biologique est conçu — qu’il va d’abord, au quatrième jour, ajouter des éléments distinctifs supplémentaires entre le jour et la nuit : les astres apparaissent. (Genèse 1.14-19)

Ces astres sont formés distincts, différents, selon la fonction et la place qu’ils occupent dans le temps et l’espace : la lune, le soleil, les étoiles… Certes la distinction temporelle fondamentale du jour de 24 heures avait été posée dès le premier jour de la Création, au moyen des notions de « soir » et de « matin » (Genèse 1.5), avant même la création des astres. Avant même que le soir et le matin apparaissent physiquement, au quatrième jour, ils étaient déjà là, au premier jour, définis par la Parole seule, et non par la puissance du soleil et de la lune.

C’est dire l’importance du jour de 24 heures et son origine fondamentalement langagière et donc son indépendance totale par rapport à toute force de la nature, astrale ou non, réelle ou supposée. Le récit se situe ici en pleine opposition avec les cultes panthéistes en vigueur dans le Moyen-Orient ancien.

Exit l’astrologie ! L’astrologie et toutes les pseudo-sciences apparentées sont écartées ici d’emblée : elles semblent tout juste bonnes pour la poubelle des superstitions rétrogrades et régressives qui polluaient déjà l’humanité depuis des millénaires au moment où Moïse met la Torah par écrit, vers le XIVe siècle avant J.-C. Moïse se place ici à l’opposé de la culture égyptienne, dans laquelle il a été formé intellectuellement.

Ainsi, maintenant, au quatrième jour, qui fait écho au quatrième commandement du décalogue, les deux valeurs physiques distinctes du jour de 24 heures, la journée et la nuit, se différencient plus nettement, grâce à l’apparition d’astres dédiés.

Déjà, au premier jour, le récit précisait que ce premier jour de la création, et par extension tous ceux qui allaient lui succéder, étaient destinés à être identifiés et quantifiés par les humains à l’aide d’un soir et d’un matin. Maintenant le jour et la nuit sont bien caractérisés, ils forment des périodes distinctes, qu’on ne peut plus confondre ni fusionner, l’éclairage artificiel n’existant pas encore à cette époque… Alors, maintenant, et seulement maintenant, des formes de vie plus « évoluées », plus complexes, plus sensibles, possédant une psyché, vont pouvoir être façonnées par le Créateur, dans l’eau, mais aussi dans l’air, et toujours par la Parole.

 

5. Au cinquième jour, YOHVAH crée toutes sortes d’animaux aquatiques et de volatiles (Genèse 1.20-23), sans passer par la case terrestre, contrairement à toute logique évolutionniste ! Ce regroupement inattendu dans son travail créateur, le même jour, avant la création des animaux terrestres, fait écho à la séparation effectuée au second jour entre les eaux célestes (l’atmosphère, les airs), et les eaux terrestres. L’environnement n’étant plus fusionné mais agencé en parties distinctes, des sortes d’êtres vivants également bien distincts et séparés vont pouvoir apparaître sur l’ordre de la Parole, chacun dans l’environnement qui a été conçu pour lui : l’eau ou l’air.

Ces volatiles et ces animaux aquatiques apparaissent, chacun selon son espèce (Genèse 1.20-23), avec son propre patrimoine génétique, comme pour les végétaux. Chaque sorte d’animal nageant ou volant ne pourra évoluer ensuite que dans les limites de ce code génétique. Ces limites sont très larges, il est vrai, et heureusement à cause de la tragédie qui va suivre (Genèse 6.17). La tragédie du déluge universel et les catastrophes subséquentes obligeront en effet la nature à déployer toutes les possibilités de ses prodigieuses facultés d’adaptation.

Le Créateur a été très prévoyant. Le code génétique de l’ADN animal comporte des millions d’informations, spécifiques à chaque espèce biologique, et qui peuvent dans une certaine mesure se recombiner à l’intérieur d’une même « espèce ». Il n’y aura cependant pas de fusion possible ni de ponts entre ce que les hommes appelleront plus tard les « familles », les « genres » et les « embranchements », dans leur système artificiel de classification du vivant.

Non, sauf exception, sauf manipulation génétique extra-naturelle, chacun restera à sa place et conservera son identité de base, pour le bonheur de chacun et l’équilibre de l’ensemble. Les animaux marins resteront fondamentalement dans l’eau et les oiseaux continueront d’occuper les airs et la surface de l’eau. Ils ne se croiseront pas entre eux, ni avec les reptiles pour donner des dinosaures ! Non, cette transgression des frontières ne serait pas qualifiée par YOHVAH de « bonne » (Genèse 1.10, 1.12, 1.21, 1.25) ni de « très bonne » (1.31), mais d’abominable.

Ainsi, au cinquième jour, dans la séparation, dans la distinction, la bénédiction divine va permettre aux espèces animales d’être fécondes et de se multiplier (Genèse 1.22), dans un environnement lui-même clairement différencié, ordonné et agencé, stable et équilibré. Plus tard, au moment où YOHVAH va provoquer le déluge universel, cet équilibre aura déjà été rompu par les humains, avec la complicité des anges déchus.

 

6. Ce n’est qu’au sixième jour que le sol, différencié de l’eau au troisième jour, se couvre enfin d’êtres vivants terrestres (Genèse 1.24-25). Sans surprise, chaque sorte d’être vivant terrestre appartient à son « espèce ». Il pourra évoluer au sein de son « espèce », mais il ne pourra pas s’introduire au sein d’une autre « espèce ». Ni agression, ni intrusion, ni fusion ne sont prévues entre les différentes sortes d’animaux : chacun possède toutes les informations nécessaires dans son patrimoine génétique pour être heureux et prolifique au sein de son « espèce ».

Mais Dieu ne s’arrête pas là dans son travail Créateur, marqué par une clarification et une spécialisation croissante. YOHVAH veut encore distinguer entre les êtres vivants terrestres ordinaires et l’être vivant terrestre créé à son image, donc possédant comme Lui la parole.

Une nouvelle distinction fondamentale s’opère ici. L’être humain n’est pas formé de la même façon que les animaux, par la seule parole de Dieu : il fait l’objet d’une attention spéciale, comme va le préciser Genèse 2.7. Mais, d’emblée, au chapitre 1, qui porte la première mention de la création de l’homme, le genre humain se différencie des autres êtres vivants terrestres de deux façons singulières.

a) D’abord, il lui est donné autorité sur les autres êtres vivants, c’est-à-dire les animaux. Cette autorité découle du fait qu’il soit à l’image de Dieu, donc possédant comme Dieu la parole. C’est la parole en effet qui confère à l’homme une autorité sur le monde animal. Cette autorité n’est pas une autorisation de dominer « avec dureté » (cf. Lévitique 25.43), mais une responsabilité de gérer les autres êtres vivants, et plus généralement la nature. Pas de les surexploiter, mais plutôt de les protéger, au moins à l’origine.

Le texte hébreu l’exprime par la racine רדה (Genèse 1.26) qui certes exprime l’idée de domination ou de soumission (TOB), mais au sens d’une supériorité intrinsèque qui donne une légitimité à une gouvernance, à une administration. L’homme sera donc l’administrateur de la nature, mais un bon administrateur, dans l’idée de Dieu, qui est amour et qui exerce lui-même une autorité dans le but de protéger, sauver et aimer.

b) Ensuite le genre humain est présenté comme présentant en lui-même une distinction fondamentale : l’homme et la femme. (Genèse 1.27) Les animaux sont séparés par « espèce », l’être humain lui est créé homme et femme, constitué en lui-même d’une séparation. Cette différenciation n’est pas précisée pour les animaux, alors que, biologiquement, elle existe évidemment. Mais, chez l’être humain, elle ne sera pas que biologique, elle est prononcée par Dieu, car l’être humain a reçu de Dieu la parole. Cette différenciation sexuelle sera donc, chez l’être humain, chargée de valeur symbolique et liée à la parole.

La sexualité humaine est une différenciation en elle-même. La sexualité au sein des êtres de parole est rendue possible par cette différenciation entre l’homme et la femme. La sexualité va à son tour permettre la formation de nouveaux êtres humains, qui vont à leur tour permettre la transmission de la parole c’est-à-dire la transmission du propre de l’humanité, de génération en génération. L’humanité est en effet destinée à être une image de Dieu, de la Parole.

c) Enfin observons, au chapitre 2, que cette différenciation entre l’homme et la femme fait l’objet d’une autre attention spéciale de la part de Dieu : Dieu crée l’homme et la femme selon deux modes totalement différents. L’homme est formé de la « poussière du sol » (Genèse 2.7), donc des éléments chimiques et minéraux qui composent le sol, dont principalement le carbone, l’hydrogène et l’oxygène, les trois composants majoritaires du tissu organique. Tandis que la femme est formée directement à partir de ce tissu organique vivant (Genèse 2.21-22) : c’est une création plus élaborée, qui met en œuvre une technologie plus évoluée. La femme est d’emblée plus en contact physique direct avec le mystère de la vie. Effectivement.

Le texte hébreu précise que Dieu façonne la femme à partir d’un un « côté » (צלעה) d’Adam. Il y a là une nouvelle et subtile différenciation, qui évoque ce qui arrivera ensuite dans la reproduction humaine. En effet, lors de la fécondation des gamètes, l’homme ne fournit, par le spermatozoïde, qu’un « côté », qu’une moitié des chromosomes (23 paires) ; l’autre moitié est fournie par l’ovule de la femme, ce qui donne 46 paires de chromosomes contenant la totalité du code génétique humain. Ainsi, bien compris, le texte hébreu ne nous dit pas que la femme n’est qu’une moitié de l’homme, mais plutôt que l’homme ne porte que la moitié de la vie humaine.

Une autre distinction subtile entre l’homme et la femme se trouve dans le verbe utilisé pour décrire l’acte créateur divin. Pour élaborer l’homme, Dieu forme, façonne, structure (יצר) la poussière du sol (2.7), tandis que, pour créer la femme, il construit, bâtit, établit (בנה) des matériaux biologiques repris de l’homme (le fameux « côté ») (2.22). La même racine (בנה) est ailleurs employée pour parler de bâtir une ville ou un autel mais aussi à propos de fonder un foyer ou d’avoir des enfants (Genèse 16.2, 30.3). Voir Nombres 32.16 où la construction de villes est étroitement associée à la pérennisation de la famille.

Porter un enfant, l’allaiter et lui fournir les premiers rudiments du lien social est en effet un vrai travail de construction (בנה), qui vaut bien l’érection de gratte-ciels et d’autres tours de Babel ! Le texte hébreu n’est peut-être pas très féministe, mais il est réaliste et éloquent.

Cela dit, n’oublions pas qu’il est question ici de la valeur symbolique de l’homme et de celle de la femme, avec leurs points communs et leurs différences. La Bible nous présente ici une loi générale de la vie de l’humanité, elle n’est pas en train d’enfermer l’individu dans un rôle ou un destin figé et obligatoire.

Le récit ne dévalorise ni l’homme ni la femme, comme nous pourrions le comprendre avec notre point de vue occidental contemporain. Au contraire, dans la différenciation, chacun est valorisé d’une façon unique et particulière. Chacun reste fondamentalement libre de ses choix, au moins dans les limites que la société impose…

Jésus, lui-même, homme juif de l’époque romaine, vivant dans une culture souvent contraignante pour la femme, montrera, à l’encontre des mœurs de son époque, quelle haute estime il a pour le genre féminin. Il suffit de relire les évangiles avec cette optique pour s’en rendre compte. Voir aussi notre article Jésus sait parler aux femmes.

 

Un souffle, des vies

Avant de conclure cette partie sur la création de l’être humain, revenons un instant sur Genèse 2.7. Après avoir façonné l’homme à partir des matériaux chimiques du sol, comme il l’avait fait aussi pour les animaux (Genèse 2.19), YOHVAH lui communique un « souffle de vie » (נשמת חיים). Or en hébreu le mot « vie » est ici au pluriel (חיים), contrairement à Genèse 1.30 où, à propos des animaux, on parle du « souffle de vie » (נפשׁ חיה) au singulier, c’est-à-dire de l’existence (נפשׁ) des animaux.

Ce pluriel s’explique par le fait que, dans le premier couple humain, Dieu voit déjà tous les couples humains ultérieurs, tous les individus et les peuples, toutes les vies humaines qui vont être engendrées à partir de ce couple unique. C’est dire à quel point le Créateur aime ses créatures et les projette déjà dans son esprit, avant même qu’elles existent. Le Nouveau Testament assume pleinement son héritage hébraïque par rapport à ce principe d’inclusion quand il annonce que « comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ » (1 Corinthiens 15.22). Merveilleuse bonne nouvelle !

Cependant, en Genèse 1.30, les animaux sont qualifiés par l’expression «souffle de vie» ou «être vivant» (autre traduction de נפשׁ חיה). Certes, en Genèse 2.7, l’être humain est aussi désigné par la même expression «être vivant» (נפשׁ חיה). L’être humain et les animaux ont en effet en commun le bios et la psychè. Mais l’être humain, lui, qui se distingue fondamentalement par la parole, reçoit au préalable un «souffle des vies» (נשמת חיים). Or, si la racine נפשׁ, utilisée à la fois pour les animaux (1.24 et 1.30) et pour l’homme (2.7), désigne primitivement «ce qui respire», la racine נשׁה, employée en 2.7 pour parler du «souffle des vies» (נשמת חיים), se rapporte à une respiration intense, un halètement, comme pendant l’accouchement ou les rapports sexuels. Pas de doute : l’homme est distinct de l’animal à tous les niveaux de sa vie !

 

A suivre dans :

De l’indistinct à la séparation, ou des ténèbres à la lumière — (2) Le Shabbat

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