Daniel : une lumière à Babylone

« Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » ou les dix commandements sont-ils pérennes ? (9)

18 Août 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Sabbat

Sommaire général

À la suite de l’épisode 8, nous continuons ici notre étude de Galates 3, d’où sont extraits deux «textes preuve» avancés par le site Bibliquest.com pour justifier la péremption du décalogue, surtout du sabbat : Galates 3.19 et 3.24.

 

Galates 3 : justifier le salut des incirconcis

Dans l’épisode précédent, nous avons vu, sur la base de Galates 3.1-5, comment écouter avec foi permet la réception de l’Esprit. Nous avons vu que Paul indiquait que cette écoute de la foi (ἐξ ἀκοῆς πίστεως) était une attention donnée à la foi du Christ, une focalisation sur Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, le modèle de la foi, qui avait été dépeint aux Galates par la prédication de Paul.

À présent, aux versets 6 à 14, Paul explique que cette foi qui touche et transforme le cœur était aussi et d’abord la foi d’Abraham. Par conséquent, tous ceux qui, touchés par la foi et la bonté de Dieu, croient en Dieu de tout leur cœur, de toute leur âme et de toute leur pensée (comme le demande aussi la loi de Moïse) sont héritiers des promesses de salut faites à Abraham, de la bonne nouvelle annoncée à Abraham (Galates 3.8), qu’ils soient circoncis (comme voulaient l’être les Galates) ou non. L’Esprit de Dieu, qui seul peut garder efficacement du péché et de la transgression des lois divines, est donc accordé à tous ceux qui croient ainsi de tout leur cœur, sans distinction. Le ministère de Paul auprès des Gentils le prouve.

À propos de la foi, aux versets 7 et 9, la version Martin nous livre une nuance intéressante du texte original :

Sachez aussi que ceux qui sont de la foi, sont enfants d'Abraham. (Galates 3.7, Martin)

C'est pourquoi ceux qui sont de la foi, sont bénis avec le fidèle Abraham. (Galates 3.9, Martin)

En effet, dans le texte grec, on retrouve dans ces deux versets la préposition ἐκ, qui indique l’origine, la provenance :

οἱ ἐκ πίστεως, οὗτοι υἱοί εἰσιν Ἀβραάμ (Galates 3.7)

Les provenant de la foi, ceux-là sont fils d’Abraham (mot à mot)

«Ceux qui sont de la foi» : c’est différent de «ce sont les croyants» (TOB) ou de «ce sont ceux qui ont la foi» (Segond). Avec ce dernier type de traduction, plus courant, la foi peut devenir subtilement dans notre esprit une adhésion méritoire, une signature nécessaire à la réalisation du contrat «Salut». Non, ici, les croyants sont des personnes qui ont été touchées par la grâce. Ces personnes n’ont pas approuvé un simple échange légal entre elles et Jésus, mais elles ont fait une expérience vivante avec Jésus. Elles ont vu Jésus sur la croix et leur cœur a été transformé.

La révolte naturelle de leur chair contre le décalogue a été crucifiée avec Christ et elles ont été réconciliées surnaturellement avec la norme de la justice divine. Cette expérience spirituelle vient «de la foi» : elle ne peut venir des «œuvres de la loi». Les œuvres résultent de la foi, mais la foi ne peut jamais résulter des œuvres. La foi est toujours la première à occuper le terrain.

 

Devenir fils de Dieu par la foi en ses paroles

Ainsi, selon Galates 3.7, 9, les vrais croyants proviennent (ἐκ) de la foi. Autrement dit, ils ont été symboliquement engendrés par la foi. Qui les a engendrés ? Quelle foi a été suffisamment puissante pour les engendrer spirituellement ? La foi de Jésus, la foi de Dieu lui-même, sauveur indéfectible de la race humaine. Nous sommes bien ici dans une filiation, dans une parole. Il s’agit bien pour Paul d’être fils, « fils d’Abraham » (Galates 3.7) et, par voie d’ascendance, fils de Dieu en Jésus-Christ.

Les dix paroles, étant des paroles de Dieu, relèvent de cette dynamique et doivent être interprétées dans cet esprit de filiation rétablie entre Dieu et nous. Nous ne sommes donc pas ici, dans l’enseignement de Paul aux Galates, dans une religion légale, faite d’œuvres humaines, de simples rituels ou d’artifices juridiques fallacieux du type «Jésus a accompli la loi à ma place, donc je n’ai plus besoin de respecter le décalogue ».

Pour certains Galates, la religion juive, si riche de symboles, avait été réduite à de simples rites utilisés comme moyen d’autojustification : ce sont les œuvres «tirées» de la loi dont nous avons parlé dans l’épisode 7. Le culte symbolique prescrit par Moïse, qui annonçait avec force le Messie promis, avait donc perdu son sens dans leur esprit. Ce sont ces «pratiquants de la loi» là qui sont «sous le coup de la malédiction» (Galates 3.10, TOB)

Là encore, la traduction Martin va nous éclairer, car elle est remarquablement proche de l’original sur ce point :

Mais tous ceux qui sont des œuvres de la Loi, sont sous la malédiction; car il est écrit : maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites au Livre de la Loi pour les faire. Galates 3.10, Martin

Notons d’abord que la majuscule ajoutée au mot « Loi » peut laisser entendre que Paul vise ici spécifiquement le décalogue, ce que ni le texte original ni le contexte n’indiquent, au contraire, nous l’avons abondamment montré dans les premiers épisodes de cette série.

Remarquons ensuite que Paul n’oppose pas ceux qui sont «de la foi  (3.7,9) et ceux qui seraient «de la loi», mais il fait une distinction entre ceux qui sont «de la foi» et ceux qui sont «des œuvres de la loi». Des œuvres de la loi et non de la loi elle-même. Il y a entre les deux un pas à ne pas franchir inconsidérément, même si c’est très tentant pour le chrétien «moderne» qui ne veut pas s’embêter avec les justes exigences des dix paroles divines et conserve inconsciemment un relent d’antisémitisme, hérité de Rome.

La loi ne peut engendrer personne spirituellement, contrairement à la foi de Jésus. C’est pourquoi Paul parle de ceux qui proviennent «de la foi», mais il ne dit mot ici de ceux qui proviendraient «de la loi»*. En revanche les œuvres de la loi la façon dont nous nous approprions la loi et la valeur que nous créditons à cette appropriation — peuvent engendrer une religion formelle et stérile, qui nous maintiendra toujours en dessous des normes célestes de la sainteté. Par conséquent, dans cette religion, nous resterons toujours des transgresseurs de la loi, en dépit de nos efforts valeureux, et nous resterons sous le coup de la malédiction de la loi qui condamne ses transgresseurs à mourir.

* Ce serait rétablir la distinction artificielle entre juifs et chrétiens vis-à-vis du salut, sur laquelle se fonde la théorie des dispensations. Paul s'est toujours opposé contre cette distinction car il savait que le Christ avait pris la nature humaine déchue et qu'il représentait donc toute l'humanité. Toute l'humanité ayant été crucifiée en lui, le «mur de séparation» (Ephésiens 2.14) élevé artificiellement entre les païens et les juifs de l'Antiquité était aboli.

Au niveau collectif, l'humanité a été délivrée de la malédiction de la loi en Christ, sur la croix, puisque la nature humaine déchue y a été condamnée définitivement en lui. Cependant, au niveau individuel, tant que la foi  en cette bonne nouvelle n'est pas venue en nous, nous restons sous un mandat d'arrêt, nous sommes sous le coup de la condamnation de la loi contre le péché, «enfermés en prison par la loi» (Galates 3.23) afin d'être poussés, conduits pédagogiquement (Galates 3.24) à faire appel au Rédempteur qui seul à le pouvoir d'ôter réellement le péché de nos vies personnelles. Voir la démonstration magistrale d'Ellet Waggoner sur ce sujet dans L'évangile dans le livre de Galates. On peut s'en procurer un exemplaire broché auprès de la Sentinelle des temps

Ainsi un échange légal, « sur le papier », entre Christ et nous ne suffit pas à ôter la condamnation que la loi porte sur le péché, sur la révolte contre Dieu. Il faut que cette condamnation soit réellement appliquée avant que nous puissions en être quittes : c'est ce qui s'est passé en Christ, le second Adam. C'est ainsi que tous les hommes ont retrouvé accès à la Vie en Christ (1 Corinthiens 15.22). Et pour que nous soyions qualifiés pour cette Vie éternelle, déjà promise à Abraham, il faut qu’un changement réel s’opère en nous lorsque sous nos yeux Jésus est dépeint comme crucifié (Galates 3.1). Ce changement commence par le cœur.

 

Vivre de la foi ou des œuvres

Le texte grec de Galates 3 emploie la même structure grammaticale pour parler du salut par la foi (3.7, 9) et pour parler de la religion qui s’appuie sur « œuvres de la loi » (3.10). Ainsi, pour Paul :

— Il y a « ceux qui sont de la foi » (οἱ ἐκ πίστεως, 3.7, 9). Ceux-là ont été engendrés par la foi du Christ. Ils sont transformés quotidiennement par l’Esprit de Dieu qui répand dans leur cœur l’amour totalement désintéressé de Dieu, grâce à la contemplation de Jésus crucifié. Ceux-là sont remis en accord avec la Loi, par une coopération avec l’Esprit de Jésus.

— Et il y a « tous ceux qui sont des œuvres de la loi » (ὅσοι ἐξ ἔργων νόμου, 3.10), ou des œuvres qui proviennent de la loi, comme l’indique le génitif. Ceux-là se sont faits tout seul, à partir d’œuvres qu’ils considèrent comme méritoires, sans avoir le cœur brisé par la croix. Ils restent gouvernés par « la chair » (Galates 3.3),  c’est-à-dire par leurs propres désirs et peurs égocentriques, y compris dans leur observation partielle et partiale des lois divines, par leurs propres forces (Galates 3.3, Segond 21).

C’est pourquoi ces derniers croyants « sont sous la malédiction » : ils restent livrés à eux-mêmes et à leur chair. Leur cœur n’a pas été touché par la grâce, leur cœur n’est pas relié au cœur du Christ. Il n’y a donc pas en eux l’esprit qui animait Jésus-Christ : ils cherchent à s’élever, à gagner le Ciel, au lieu de s’abaisser, de s’humilier à l’exemple du Christ (Philippiens 2.5-8). Même s’ils font beaucoup d’efforts, ils ne pourront jamais atteindre l’idéal très élevé que Dieu souhaite réaliser en nous afin d’arracher l’humanité à la déchéance dans laquelle elle croupit.

Cet idéal divin est exprimé de façon directe et explicite dans le décalogue et dans toutes les autres lois morales données par Dieu à l'humanité par l'intermédiaire d'Israel. Cet idéal était aussi exprimé dans certaines lois cérémonielles, quoique de façon implicite, symbolique et imagée. Cependant, pour atteindre cet idéal, l’amour agapè de Dieu doit d’abord prendre le contrôle de nos vies. Autrement dit : « le juste vivra par la foi » (ἐκ πίστεως, Galates 3.11), par la foi de Jésus-Christ et la foi en Christ qui en découle.

Pour aller plus loin sur ce thème voir la conférence de Christophe Michel, La face cachée de nos œuvres, sur la chaîne You Tube de la Sentinelle de temps.

 

Racheté de la malédiction de la transgression pour réintégrer le Ciel

Quand Paul rappelle l’évidence selon laquelle nul ne sera justifié devant Dieu par la loi, « puisqu’il est dit : Le juste vivra par la foi » (Galates 3.11), il cite l’Ancien Testament. Le salut par la foi était donc déjà la règle divine à l’époque de l’Ancien Testament. Il n’existe donc pas de «dispensation chrétienne» et de «dispensation juive». Le salut a seulement été manifesté et ratifié en Jésus-Christ, qui a concrétisé le sacrifice indispensable à notre rédemption.

Cependant, dans Galates 3.11, la plupart des versions rendent de la même façon être juste « par la foi » et être justifié « par la loi ». Par exemple :

Il est d’ailleurs évident que, par la loi, nul n’est justifié devant Dieu, puisque celui qui est juste par la foi vivra. (Galates 3.11, TOB)

Or, pas de chance pour les traducteurs, cette fois, le texte grec utilise deux prépositions différentes :

ἐν νμ οὐδεὶς δικαιοῦται παρὰ τῷ θεῷ

Personne ne sera justifié devant Dieu par la loi (ἐν νόμῳ), dans le sens de sur la base de la loi, en vertu du contenu de la loi (préposition ἐν). En effet ce contenu ne peut que nous condamner, puisque, tous, nous avons transgressé la loi. Le contenu de la loi, quoique parfaitement juste, ne peut nous justifier !

ὁ δίκαιος κ πστεως ζήσεται

Le juste vivra par la foi (ἐκ πίστεως), dans le sens de en résultat de la foi, à partir d’une expérience de foi (préposition ἐκ). C’est la foi du Christ qui la première a rendu possible la vie du pécheur, c’est son amour agapè qui pousse le pécheur à la repentance et le rend capable d’exercer la foi à son tour et de manifester l’amour agapè.

Ainsi, en Galates 3.11, contrairement aux versets précédents, Paul n’oppose pas deux expériences religieuses, celle de la loi et celle de la foi, mais il précise où s’arrête le rôle de la loi dans l’expérience du chrétien, qui est d’abord une expérience de foi, de changement du cœur. La loi n’a pas le pouvoir de changer son cœur ; la loi n’a pas le pouvoir de le sauver DU péché, mais seulement de lui indiquer la justice, qui est l’opposé du péché.

La loi n’est qu’un pédagogue, un conducteur, mais le vrai maître, le vrai Père, c’est Christ et Christ crucifié. Car Christ est celui qui met à mort notre chair en sa chair, celui qui porte notre malédiction sur la croix, maudissant ainsi notre malédiction et nous permettant d’accéder à la bénédiction d’Abraham, pour l’éternité. Cette bénédiction consiste à être réconcilié avec le Père et donc avec ses lois. C’est pourquoi Paul, dont toute l’éducation et la formation se sont faites sur la base de la Torah et des prophètes, peut s’exclamer alors, exultant de joie :

Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, quand il a été fait malédiction pour nous ! Car il est écrit: Maudit est quiconque est pendu au bois. Galates 3.13, Ostervald

« Car Il est écrit ». « Vous voyez, la loi le disait bien ! » Paul est fidèle à la tradition hébraïque biblique : il appuie son argumentation sur la loi, comme Jésus l’a fait au désert de la tentation. Vive la loi ! Que de bonnes paroles dans la loi !

Seulement tout le bien que la loi de Moïse proposait, elle n’avait pas le pouvoir de le réaliser. Même le décalogue ne peut nous justifier ou nous défendre devant Dieu et devant ses anges. Normal, puisque la loi n’est pas une personne. Mais Dieu, le Père lui-même, nous aime, d’amour agapè : il a porté notre malédiction, il l’a maudite, anéantie pour toujours et maintenant il défend notre admission au Ciel devant la Cour déleste. Réjouissons-nous donc toujours dans le Seigneur et dans sa Loi ! Autrement dit, gardons la foi de Jésus ET les commandements de Dieu (Apocalypse 14.12).

Il appartient en effet maintenant à ce Sauveur puissant de prouver, devant l’assemblée céleste, que nous sommes bien réconciliés avec les lois du Ciel, résumées par les dix commandements. Il faut en effet démontrer aux anges que, grâce au sacrifice et à l’Esprit de Jésus, de simples mortels déchus comme nous peuvent respecter les lois divines dès maintenant. Car si ce miracle est possible maintenant, alors les anges sont assurés qu’ils peuvent nous accueillir à bras ouverts dans leur monde pur et saint, sans craindre de voir surgir un nouveau Lucifer du milieu des rachetés !

Cet enjeu cosmique était déjà l’enjeu à l’époque de Job. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil. Le salut n’est pas une question d’Ancien ou de Nouveau « Testament », de soi-disant ancienne ou de nouvelle « alliance » mais une question de FOI en l’alliance ÉTERNELLE* de YAHVEH avec l’humanité.

* Voir notre analyse de la notion hébraïque d’éternité ici.

Sur le sujet de la véritable « nouvelle » alliance biblique voir l’épisode 4 et les brillants exposés de Frédéric Michel (DVD en vente ici), nourris des écrits de Waggoner sur le sujet.

 

La foi ne peut se transmettre que de personne à personne

L’alliance éternelle de Dieu avec l’humanité est aussi inamovible, certaine et fiable que le Créateur lui-même. En hébreu cette idée de certitude et de fiabilité est exprimée par la racine aman, rendue en grec par πίστις, traduit le plus souvent par «foi». Dieu a foi en son projet de sauvetage de l’humanité ! C’est pourquoi il parle directement aux Hébreux sur le mont Sinaï, alors même que ceux-ci ne sont pas disposés à l’écouter. Les Hébreux n’ont pas eu la foi, nous l’avons vu dans l’épisode 3, mais YAHVEH lui a la foi ! C’est pourquoi il a parlé aux Hébreux, suivant le principe universel : « j’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé » (cf. 2 Corinthiens 4.13). YAHVEH est durable et son alliance est durable. Il avait déjà prononcé cette alliance durable avec toute l’humanité dans le jardin d’Éden.

Au verset 12 de Galates 3, Paul, pourtant très fidèle au décalogue, comme Jésus, fait une distinction très nette entre la portée spirituelle de la loi et celle de la foi :

« Or le régime de la loi ne procède pas de la foi ; pour elle, celui qui accomplira les prescriptions de cette loi en vivra. » (Galates 3.12, TOB)

Observons que Paul ne précise pas s’il parle du rituel de la circoncision, ou de l’ensemble du culte mosaïque ou de n’importe quelle loi morale, décalogue compris. Car ici, contrairement à ce que nous avons observé précédemment (voir l’épisode 7), le mot grec pour « loi », νόμος, porte bien l’article défini (ὁ). Cependant, comme Waggoner l'a démontré dans L'Evangile dans le livre des Galates (texte original ici), Paul, dans cette épître aux Galates, comme dans l'épître aux Romains, se réfère essentiellement aux loi morales, dont les dix paroles sont le cœur et le résumé.

Bien entendu, le mot « régime » n’est pas dans l’original, ni le mot « prescriptions », pas plus que le lourd et emphatique « pour elle ». Carton rouge à la TOB pour le verset 12 ! Ce n’est pas « pour la loi », du point de vue de la loi, que les promesses divines « tu ne tueras pas », « tu ne commettras pas d’adultère », etc. sont porteuses de vie, mais c’est du point de vue de Dieu lui-même, l’auteur de la loi. La loi n’étant pas une personne n’a pas de point de vue ! Le « régime de la loi » n’existe que dans l’imagination des théologiens marqués par l’antinomisme ou le dispensationalisme. Il n’y a pas d’ancien et de nouveau régime dans la Bible, en tous cas pas dans ce verset. Nous verrons mieux pourquoi dans les épisodes ultérieurs, quand nous aborderons l’épître aux Romains.

Cependant ici, Paul, dans le texte original, dit simplement :

Or la Loi n'est pas de la foi; mais l'homme qui aura fait ces choses, vivra par elles. (Galates 3.12, Martin)

Cette traduction, on peut le vérifier facilement, est assez fidèle au texte original :

ὁ δὲ νόμος οὐκ ἔστιν ἐκ πίστεως, ἀλλὰ ὁ ποιήσας αὐτὰ ζήσεται ἐν αὐτοῖς.

« La Loi n'est pas de la foi » ou « la Loi ne provient pas de la foi » : nous retrouvons ici la préposition ἐκ, qui, aux versets 2 et 7, pointait vers la provenance divine de la foi authentique. La loi aussi est d’origine divine, seulement elle est impuissante à engendrer la foi en nous. Normal, la loi n’est pas une personne, la loi est seulement un ensemble de principes d’amour et justice. Mais seule une personne, incarnant parfaitement les principes d’amour et de justice de la Loi, peut nous inspirer la foi. Seule une personne peut nous insuffler* le courage et la force de mettre en application les principes d’amour et de justice explicitement indiqués par les dix paroles. Voilà la vraie foi, engendrée par l’amour agapè.

* En hébreu, puis en grec, l’esprit et l'Esprit sont désignés par le mot souffle.

Répétons que, même sans le secours du texte original, le contexte immédiat et le contexte historique nous indiquent clairement que l’enjeu pour Paul, dans cette lettre aux Galates, est de justifier le salut des incirconcis, et non d’abolir le décalogue, ce qui serait impensable pour lui.

Comme nous le disions plus haut, de bonnes œuvres résultent toujours de la foi authentique (normalement), mais la foi ne peut jamais provenir des œuvres, même bonnes.

Mère Theresa en fut une preuve accablante. Peu avant de mourir, elle a avoué à son confesseur, auteur de sa biographie, qu’elle n’avait pas la foi, en dépit du nombre impressionnant de bonnes œuvres qu’elle a produites et auxquelles elle a sacrifié toute sa vie. Mais c’était des œuvres de charité et non d’agapè. Normal, puisque mère Theresa a, selon ses propres termes, recherché Dieu en elle-même, sans le trouver évidemment. Si seulement elle avait regardé à la croix, plutôt qu’à elle-même ! Une personne aussi dévouée, c’est rare. Quel gâchis ! Encore une victime spirituelle indirecte de Rome et de ses dogmes infernaux.

Dans le prochain et dixième épisode nous arriverons enfin à Galates 3.19 et 3.24, utilisés comme « texte-preuve » par les auteurs de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? C’était long, mais il fallait bien faire jaillir un peu de cette lumière qui rayonne depuis l’épître aux Galates pour dissiper les ténèbres par lesquelles Lucifer a réussi à détourner les chrétiens de la fidélité au Dieu créateur et à ses dix paroles.

(À suivre)

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