Daniel : une lumière à Babylone

« Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » ou les dix commandements sont-ils pérennes ? (8)

25 Janvier 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Sabbat

Sommaire général

Maintenant que nous avons étudié plus en détails la pensée de Paul dans Galates 2 (voir l’épisode 7), entrons maintenant dans la lecture de Galates 3, d’où sont extraits deux « textes preuve » avancés par le site Bibliquest.com pour justifier la péremption du décalogue, surtout du sabbat : Galates 3.19 et 3.24.

 

La foi de Jésus ouvre la voie à toute foi authentique

Au début du troisième chapitre, Paul lance aux Galates qui veulent faire du salut une affaire légale et légaliste un appel des plus poignants :

O Galates stupides, qui vous a envoûtés alors que, sous vos yeux, a été exposé Jésus Christ crucifié ? 2 Éclairez-moi simplement sur ce point : Est-ce en raison de la pratique de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou parce que vous avez écouté le message de la foi ? 3 Êtes-vous stupides à ce point ? Vous qui d’abord avez commencé par l’Esprit, est-ce la chair maintenant qui vous mène à la perfection ? 4 Avoir fait tant d’expériences en vain ! Et encore, si c’était en vain ! 5 Celui qui vous dispense l’Esprit et opère parmi vous des miracles, le fait-il donc en raison de la pratique de la loi ou parce que vous avez écouté le message de la foi ? Galates 3.1-5, TOB

En grec les deux expressions employées ici pour la loi et pour la foi sont similaires : ἐξ ἔργων νόμου, à partir d’œuvres de la loi (ou d’une loi*) et ἐξ ἀκοῆς πίστεως, à partir d’une écoute de la foi. Dans l’épisode précédent, nous avons longuement commenté la première expression et mis en opposition deux spiritualités, celle des œuvres et celle de la foi. Nous allons retrouver ici ces deux orientations spirituelles et approfondir davantage la seconde.

* Ce type de construction au génitif — ici ἔργων νόμου — est clairement une transcription littérale de « l’état construit » ou « complément de nom » hébreu. Dans ce dernier, si aucun « article défini » (démonstratif ה) n’est présent, toutes les combinaisons au niveau de l’interprétation sont théoriquement possibles. C’est pourquoi, dans l’épisode précédent, nous avons laissé les deux mots « ἔργων» et « νόμου» indéfinis (des œuvres, une loi) afin de préserver toutes les possibilités d’interprétation.

Dans Galates 2.16, nous avons vu que ἐξ ἔργων νόμου, tiré des œuvres venant d’une loi, s’opposait à ἐκ πίστεως Χριστοῦ, tiré de la foi en Christ (si on le lit au datif) ou tiré de la foi du Christ (si on le lit au génitif). Cette foi du Christ ou « foi de Jésus » (Apocalypse 14.12) est la foi que le Christ a manifesté toute sa vie jusqu’à la croix et la foi qu’il nous inspire à son tour, donc la foi venant du Christ (le génitif indiquant l’origine) :

— La première spiritualité, celle des œuvres tirées d’une loi (ἐξ ἔργων νόμου), essaie de justifier de façon légale un statut légal par l’observance d’actes plus ou moins conformes à la loi.

— La deuxième spiritualité, inspirée par la foi du Christ (ἐκ πίστεως Χριστοῦ) laisse le Christ justifier devant le Ciel notre salut par son sacrifice ET réaliser ce salut dans nos vies, afin que nos vies soient vraiment en harmonies avec Dieu et avec ses lois.

Autrement dit :

— la première spiritualité tente de tirer des forces de soi-même et de ses œuvres, de son interprétation de la loi ;

— la deuxième tire des forces du Christ et de son œuvre admirable de Rédemption, qui nous réconcilie avec les lois de Dieu.

Selon notre hypothèse, la première spiritualité, celle qui tire son mérite de dispositions légales, est toujours bien présente dans le christianisme moderne, mais elle a subtilement (diaboliquement) changé de visage. Elle s’est muée en une justification par la « foi » purement légale, qui fait de la « foi » — l’adhésion à un concept — une sorte « d’œuvre » qui nous autoriserait à « bénéficier » automatiquement d’un système légal et légaliste où la mort du Christ se substitue à l’observation de la loi. Dans ce remake déguisé du salut par les œuvres, nous sommes ainsi déresponsabilisés de nos actes et pour ainsi dire sous tutelle. La « foi » n’est qu’une adhésion superficielle et le péché, la transgression de la loi, reste le maître réel de nos vies.

Vous me direz que les défenseurs du catholicisme ont eux aussi opposé ce type d’argument à la Réforme, dès le XVIe siècle. Mais ils l’ont fait avec fourberie et avec toute la cruauté que Satan a pu imaginer pour tenter d’étouffer dans l’œuf la foi chrétienne authentique que des hommes courageux et poussés par l’Esprit tentaient de faire renaître. Cependant la question mérite toujours d’être posée : derrière ce que nous appelons couramment « la foi », peut-il se cacher une sorte d’œuvre méritoire ?

 

Apprécier l’intensité de la foi du Christ, soumis à la torture de la croix

Réfléchissons : le Christ aurait-il souffert tout cette agonie, à cause du péché, pour dire au final que sa loi, qui condamne le péché, n’est plus valide ? Au fond, cette idée est insultante pour le Christ.

Ici, dans Galates 3.1-5, l’enjeu par rapport à la foi et les œuvres est la réception de l’Esprit, cet Esprit qui certifie que nous sommes adoptés par Dieu en Jésus-Christ. Paul enseignait que cet Esprit venait sur les croyants quand leur cœur était brisé, bouleversé, à l’ouïe du message de la foi (ἐξ ἀκοῆς πίστεως, Galates 3.2). C’est cette foi authentique que certains mouvements pentecôtistes ont tenté de raviver partiellement il y a quelques décennies (Assemblées de Dieu notamment). C’est cette foi authentique qu’il nous faut impérativement retrouver intégralement « au temps de la fin » dont a parlé le prophète Daniel (11.40, cf. 12.1). « Que celui qui lit fasse attention ! », comme disait Jésus.

Alors de quelle foi s’agit-il ? Le verset 1 nous a indiqué d’emblée où chercher la vraie foi, fidèlement à une tradition littéraire hébraïque bien ancrée qui donne toujours le message essentiel au début du passage, correspondant ici, une fois n’est pas coutume, au début du chapitre :

O Galates dépourvus de sens ! Qui vous a envoûtés alors que, sous vos yeux, a été exposé Jésus Christ crucifié ? Galates 3.1, TOB

« Jésus Christ crucifié », voilà le message de la foi qu’il nous faut ouïr (ἐξ ἀκοῆς πίστεως, versets 2 et 5) et sur lequel il nous faut revenir sans cesse, afin d’éviter les œuvres de la chair, toutes catégories confondues. Que ces œuvres de la chair soient déguisées sous une obéissance formelle et partielle à la loi ou qu’elles s’affichent sans pudeur, ce seront toujours des œuvres de la chair ! Remarquons que la foi vient de l’écoute (ἐξ ἀκοῆς), donc de la parole : c’est pourquoi Dieu a proclamé ses dix paroles à haute-voix au Sinaï, comme nous l’avons étudié dans l’épisode 3. Il appartenait et il appartient toujours à ceux qui ont entendu ou qui entendent les dix paroles de les recevoir avec foi, donc « avec tout son cœur ». Dieu ne change pas. Jésus Christ est le même, aujourd’hui comme hier ! (Hébreux 13.8)

Ainsi, selon Galates 3.1, « Jésus-Christ crucifié » est le contenu de cette « parole de la foi » (Galates 3.2, 5) qui amène avec elle l’Esprit. C’est de cette manière que Jésus « fait naître la foi » (Hébreux 12.2). C’est « Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié » (1 Corinthiens 2.2) qui ouvre le cœur à la grâce divine. C’est pourquoi « au temps de la fin » les vrais fidèles de Jésus seront « ceux qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus » (Apocalypse 14.12, Martin). C’est en effet en réfléchissant quotidiennement à la foi que Jésus a manifestée, toute sa vie, à Gethsémané et finalement à Golgotha que nos cœurs peuvent être suffisamment remplis de la grâce divine pour pouvoir traverser les temps de la fin sans perdre la foi, en persistant envers et contre tous à « garder les commandements de Dieu ».

Quelle foi Jésus a manifestée à Golgotha, pour rester sur la croix alors qu’il y était torturé avec la cruauté la plus démoniaque ! « Si tu es le fils de Dieu, descends de la croix ! » (Matthieu 27.40) Or le Psaume 22 décrit un peu les tortures du Fils de Dieu sur la croix. Dès le début du Psaume, David, poussé par le Saint-Esprit, y emploie une expression des plus pathétiques qui donne le ton à l’ensemble du poème, selon une tradition littéraire hébraïque que nous avons évoquée plus haut :

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? J’ai beau rugir, mon salut reste loin. Psaume 22.2, TOB

Voilà, le cadre est posé dès le début : le Psaume 22 est le rugissement d’un infortuné complètement abandonné du Ciel. C’est un cri d’angoisse et de détresse d’une intensité inimaginable. La racine hébraïque employée ici pour « rugir », שָׁאַג, se rapporte au rugissement d’un lion mais, au sens figuré, elle peut décrire un cri de détresse morale d’une ampleur similaire à un rugissement, comme dans Job 3.24.

Pourtant au sein de cette torture morale indicible où, chargé de tout le poids des péchés du monde il ne pouvait plus voir la face du Père, Jésus a gardé la foi. Par amour pour nous, il est resté sur la croix, jusqu’au bout. Satan a perdu cette bataille décisive et donc potentiellement la guerre. Pour réfléchir plus en profondeur sur la foi que Jésus a manifestée sur la croix et sur l’ampleur de ses souffrances, on écoutera avec grand profit la conférence de Christophe Michel « Psaume 22 : quand le péché détruit Christ à la croix », sur la chaine YouTube de la Sentinelle des temps.

C’est en entendant et en comprenant le message de la croix que nous recevons l’Esprit et qu’il peut agir dans nos cœurs. Alors et alors seulement l’Esprit parvient à réaliser en nous les justes exigences des lois divines et nous combler en plus de tous ses dons.

Accomplir des actes plus ou moins conformes à la loi et s’en servir pour définir soi-même son salut n’a aucun sens ni aucune pertinence : « O Galates dépourvus de sens ! » s’exclame Paul. Cette démarche était d’autant plus insensée que les Galates avaient déjà reçu l’Esprit, initialement. Un retour en arrière est donc toujours possible : avec le Christ, nous restons libres et maîtres de notre destinée. Ce n’est pas longtemps le cas avec Satan, attention !

De même, définir son salut de façon uniquement légale, en faisant du sacrifice du Christ un prétexte pour s’affranchir des justes lois divines, c’est ignorer ou mépriser le fardeau de la croix. C’est une grâce à bon marché qui ne tient pas compte de l’étendue de la souffrance et de la détresse (שָׁאַג) de Jésus sur la croix.

Galates 3.3 : la foi soumise à l’Esprit versus la Loi détournée par la chair

Dans Galates 3.3, Paul confirme ce que nous avions déjà pressenti dans l’épisode précédent, à savoir que ces œuvres tirées de l’observation de la loi (ἐξ ἔργων νόμου) sont en réalité des œuvres de la chair et non des œuvres de la foi, authentiques fruits de l’Esprit :

Vous qui d’abord avez commencé par l’Esprit, est-ce la chair maintenant qui vous mène à la perfection ? (Galates 3.3, TOB)

Voilà « la pratique de la loi » (Galates 3.2) qui fait problème ici : c’est une mise en œuvre(s) charnelle de la loi. Dans le cas des Galates, il s’agit de la loi de la circoncision, mais ce principe peut s’appliquer, hélas, à toute loi. Au contraire, une mise en pratique spirituelle, et néanmoins fidèle, de la loi est rendue possible par la foi de Jésus, mais seulement dans un cœur brisé et contrit par l’humilité de Dieu manifestée à la croix. David avait déjà fait cette expérience « avant l’heure » (Psaume 51.19).

Paul a raison, ce n’est pas la chair — notre observation ou notre définition charnelle d’une loi — qui peut nous mener à la perfection ou assurer notre salut : c’est Jésus qui mène notre FOI à la perfection :

Courons avec endurance l'épreuve qui nous est proposée, les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de la foi et qui la mène à son accomplissement, Jésus, lui qui, renonçant à la joie qui lui revenait, endura la croix au mépris de la honte et s’est assis à la droite du trône de Dieu. Hébreux 12.1-2, TOB. La Colombe propose une traduction similaire.

Comment Jésus peut-il mener notre foi à l’accomplissement ou à la perfection (Colombe) ? D’abord en étant lui-même le modèle de la foi. À la croix, Jésus a méprisé la honte sans égale de porter notre péché et accepté la souffrance morale indicible de la séparation d’avec Dieu qui en résulte. Voilà le modèle absolu de la foi. Cette foi de Jésus a des implications pratiques, c’est une foi qui agit (Galates 5.6), comme la foi de l’Abbé Pierre qui ne se contentait pas de prier pour les malheureux qui mouraient de froid dans la rue mais qui mettait tout en œuvre pour les arracher à ce triste sort. Voilà un catholique qui avait compris une des implications essentielles de l’Évangile. La foi de Jésus, quand à elle, se caractérise aussi par la soumission aux dix commandements (Apocalypse 14.12). C’est cette foi intégrale dont les chrétiens ont besoin aujourd’hui.

Comment acquérir cette foi de Jésus, cette foi parfaite, cette foi qui mène à la perfection par l’Esprit ? En gardant les regards sur Jésus (Hébreux 12.2). Car c’est en contemplant que nous sommes transformés (2 Corinthiens 3.18).

Si nous passons du temps à regarder les œuvres de Satan nous serons déformés à l’image de Satan, ou plutôt nous resterons déformés à l’image de Satan. Or les œuvres de Satan son manifestes : elles glorifient l’égoïsme, la toute-puissance, l’autosatisfaction, l’auto-exaltation et la violence qui en résulte. Ainsi tout ce qu’on peut voir s’étaler sans pudeur dans la majorité des productions médiatiques actuelles est à la gloire de Satan.

Mais si nous contemplons, jour après jour, l’amour inconditionnel avec lequel Dieu nous a aimés, notamment à la croix, nous serons transformés à la ressemblance spirituelle de Dieu. Nous penserons comme lui, nous aimerons comme lui : nous serons habités réellement de son Esprit, cet esprit qui nous mène vers « la perfection* » (Galates 3.3) et la pureté totale de Dieu. Nous respecterons donc les lois de Dieu, dont le sabbat.

* Le mot « perfection » est proposé ici par la TOB. Il rend bien en effet le grec ἐπιτελέω. D’ailleurs dans Hébreux 12.2 (la foi menée à la perfection ou à l’accomplissement), un autre dérivé du même radical τελειόω est employé.

Enfin cette foi semblable à celle de Jésus ne nous conduit pas seulement à aimer inconditionnellement les autres êtres humains et à obéir à tous les commandements du décalogue, mais elle nous conduit aussi tout droit à nous asseoir avec Dieu sur son trône ! (Apocalypse 3.21). C’est bien autre chose qu’une simple justification légale qui nous affranchirait artificiellement de l’obéissance à Dieu et à ses commandements : c’est un projet de transformation totale de notre esprit pour le mener à la perfection (Hébreux 12.23) dans le but de vivre éternellement au côté de l’Auteur même du décalogue ! Ce n’est pas passionnant cela ??

Or comment pourrons-nous être heureux éternellement avec Lui si nous n’adoptons pas dès à présent ses principes éternels ? Comment nous présenterons-nous devant lui pour l’éternité, si nous refusons de nous présenter devant lui pendant le sabbat hebdomadaire qu’il a béni pour cela ? Comment oserons-nous le regarder en face si nous refusons de CROIRE que ses principes, tels qu’il nous les donne, sont parfaitement adéquats avec nos besoins actuels ?

Acceptons donc les dix commandements avec une foi totale, sans craindre les conséquences ni les persécutions des hommes ou de Satan. Soyons aussi courageux et plein de foi que Jésus sur la croix !

Et pour faire une étude détaillée dans le Nouveau Testament en grec, rien ne vaut le site TheBible.org, personnalisable gratuitement !

(À suivre)

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