Daniel : une lumière à Babylone

La croyance en l’immortalité de l’âme : une alliance dangereuse avec la mort et un déni de la Vie éternelle (5)

5 Janvier 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Immortalité

Pour ce cinquième épisode de cette réflexion en rapport avec l’article de Billy Graham « La brièveté de la vie », paru en français sur le site Top chrétien, nous nous proposons d’examiner d’autres textes bibliques en rapport avec l’âme et l’immortalité que ceux évoqués par Billy Graham. Nous avons en effet déjà passés en revue ces derniers dans l’épisode 2, l’épisode 3 et l’épisode 4.

 

« L’âme de la chair est dans le sang »

« Car l'âme (נֶפֶשׁ) de la chair (הַבָּשָׂר) est dans le sang. Je vous l'ai donné sur l'autel, afin qu'il servît d'expiation pour vos âmes (נַפְשֹׁתֵיכֶם), car c'est par l'âme (בַּנֶּפֶשׁ) que le sang fait l'expiation. » Lévitique 17.11, Segond.

Cette traduction a le mérite d’être assez proche du texte original (voir ci-dessous), mais il faut bien décoder le sens du vocabulaire ! Voici une meilleure traduction, quoique moins cohérente au niveau du vocabulaire :

« En effet, la vie d'un être est dans le sang. Je vous l'ai donné sur l'autel afin qu'il serve d'expiation pour vos âmes, car c'est par la vie que le sang fait l'expiation. » Lévitique 17.11, Segond 21.

Ah qu’il est difficile de se séparer de ce concept séduisant de l’âme platonicienne ! Voici maintenant une traduction dynamique, cohérente au niveau du vocabulaire, interprétative forcément, mais concrète, ouverte et mesurée, bravo :

« Car le sang, c'est la vie de toute créature. Et moi, je vous l'ai donné afin qu'il serve à accomplir sur l'autel le rite d'expiation pour votre vie. En effet c'est parce qu'il représente la vie que le sang sert d'expiation. » Lévitique 17.11, Semeur

Au contraire, la Traduction œcuménique de la Bible insiste sur une vertu absolument expiatoire du sang, ce qui peut être compris comme un appui au catholicisme romain et à la blasphématrice messe-sacrifice :

« Car la vie d’une créature est dans le sang, et moi, je vous l’ai donné, sur l’autel, pour l’absolution de votre vie. En effet, le sang procure l’absolution parce qu’il est la vie. » Lévitique 17.11, TOB

Cette dernière affirmation n’est pas conforme au texte original ni à la pensée hébraïque. Le sang n’EST pas la vie, il PORTE la vie, c’est différent. On est dans une pensée concrète : le sang se réfère à une FONCTION et non à une ESSENCE comme dans une pensée abstraite dualiste néo-platonicienne.

Enfin n’oublions pas la traduction du rabbinat français :

« Car le principe vital de la chair gît dans le sang, et moi je vous l'ai accordé sur l'autel, pour procurer l'expiation à vos personnes ; car c'est le sang qui fait expiation pour la personne. »

Évidemment cette traduction ne peut donner qu’une idée générale du texte original. Elle ne peut ni ne prétend en exprimer toute la profondeur. Il est frappant qu’elle est sans ambiguïté sur l’âme, alors que nombre de juifs croient en l’immortalité de l’âme et que cette croyance transparaît parfois dans la traduction du texte biblique (par exemple dans Job 19.26 dont nous ferons l’analyse plus bas). Il aurait donc été tentant de récupérer ce texte pour soutenir la notion dualiste de l’âme immortelle, mais le rabbinat français s’en est abstenu ici, intelligemment, car il est vrai que cela aurait été hors contexte. Les chrétiens feraient bien de se tenir eux aussi au texte original et à son contexte dans ce passage.

 

Le sang du sacrifice : une couverture vitale

Maintenant tentons une traduction mot-à-mot de Lévitique 17.11 :

כִּי נֶפֶשׁ הַבָּשָׂר בַּדָּם הִוא

Car, la vie de la chair, dans le sang, elle

וַאֲנִי נְתַתִּיו לָכֶם עַל-הַמִּזְבֵּחַ לְכַפֵּר עַל-נַפְשֹׁתֵיכֶם

Et moi je l’ai donné pour vous sur l’autel pour recouvrir vos vies

כִּי-הַדָּם הוּא, בַּנֶּפֶשׁ יְכַפּר

Car, ce sang-là, dans (avec) de la vie, il va recouvrir.

On peut remplacer le mot « vie » par le mot « âme » si l’on veut, cela ne change rien : le texte ne va pas dans le sens d’une âme immatérielle distincte du matériau sanguin. La vie humaine et la matière sont étroitement liées et indissociables, ici comme ailleurs dans la Bible. C’est bien pour cela que Jésus a dû s’incarner totalement pour connaître vraiment l’expérience humaine.

Il faut reconnaître que l’idée générale de ce verset est difficile à traduire en bon français. En effet, le français est une langue forgée dans une culture marquée par les blasphèmes de Rome, pardon je voulais dire dans la continuité de la culture gréco-latine, elle-même marquée par le dualisme entre l’esprit et la matière. Pourtant, quand on le considère sans a priori, ce verset est relativement clair, même s’il touche à l’indicible.

Le sang du sacrifice sert à « recouvrir »la vie du pécheur. La racine kaphar, employée ici deux fois au mode intensif (כַפֵּר), est souvent rendue en français par « expiation ». Cependant, dans la pensée hébraïque imagée, l’expiation est une couverture et non un sacrement ou une manipulation liturgique trompeuse. Kaphar désigne bien une couverture, une enveloppe protectrice, en l’occurrence une couverture pour protéger de la mort.

La mort est le sort normal du transgresseur des lois divines universelles. Or pour protéger de la mort, la seule couverture possible est celle de la Vie. Comme nous ne possédons pas la vie en nous-mêmes, par nature, il faut que quelqu’un nous recouvre de sa vie et meure à notre place. Cette vie sacrifiée, ce sang donné, recouvre notre vie et la protège de la destruction définitive engendrée fatalement par le mal qui est en nous.

Nous trouvons alors ici, dans Lévitique 17.11, un argument fort et clair en faveur de la mortalité de l’âme humaine. Si l’âme était immortelle, aucun sacrifice ne serait nécessaire à sa survie. Il n’y aurait pas de sacrifice, pas de sang, pas de vie à offrir, car nous aurions déjà la Vie en nous, par nature, par le biais de l’« âme » immortelle. Au contraire, selon la Bible, il FAUT un sacrifice d’expiation ou de couverture. Il en résulte que, selon l’enseignement de la Torah relatif au sacrifice d’expiation, le mensonge de l’immortalité de l’âme constitue un reniement de la valeur expiatoire, salvatrice, du sacrifice du Christ. Si sa vie parfaite et sans tache, sa mort, bref son SANG doit impérativement nous couvrir, c’est bien parce que nous sommes pécheurs ET mortels, par nature.

Mais, si cette couverture du sacrifice est indispensable pour échapper à la mort éternelle, elle ne suffit pas pour accéder durablement à la Vie. Ce n’est pas tout d’être arraché à la mort, à l’incendie, mais il faut encore être rendu apte à vivre toujours, à entrer dans la Vie éternelle. Il faut passer par une transformation de nature qui, dans la Bible, s’appelle la RÉSURRECTION des morts, le relèvement ou le réveil de la mort. Et pour être jugé digne d’avoir part à cette résurrection, il faut passer, dès maintenant, par une transformation de son âme, de son caractère et de son esprit. Dans « La brièveté de la vie », Billy Graham a raison de nous exhorter à y penser sérieusement !

 

Réveillez-vous, habitants de la poussière !

« Que tes morts revivent ! Que mes cadavres se relèvent ! Réveillez-vous et tressaillez de joie, habitants de la poussière ! Car ta rosée est une rosée vivifiante, et la terre redonnera le jour aux ombres. » Esaïe 26.19

Il est impossible de donner à ce texte le moindre sens si l’on croit à l’immortalité naturelle de l’âme. Comment peut-on habiter la poussière, être réduit à une « ombre », à un simple souvenir, et être en même temps au Ciel ou en enfer ?

L’heureuse résurrection pour la vie éternelle, qui est évoquée ici, n’est pas un simple réveil de la mort, comme Lazare en en connu un avant de mourir de nouveau quelques années plus tard. Il s’agit d’une transformation en profondeur, auquel Paul fait allusion dans ses épîtres, un changement au sein même de notre nature qui rendra possible notre maintien en vie par Dieu, dans le bonheur et pour l’éternité. En revanche, pour ceux qui ne sont pas admis à la résurrection pour la vie éternelle, il n’est pas question, au réveil de la mort, de souffrances éternelles mais bien d’une destruction éternelle. En effet, quelques versets plus haut, le même prophète annonçait :

« Ceux qui sont morts ne revivront pas, des ombres ne se relèveront pas ; Car tu les as châtiés, tu les as anéantis, Et tu en as détruit tout souvenir. » Esaïe 26.14

Il s’agit d’effacer leurs noms sur les registres du Ciel (voir Exode 32.33 ; Exode 17.14 ; Apocalypse 3.5). S’ils sont effacés des registres du Ciel, à combien plus forte raison seront-ils « effacés » pour toujours dans le feu purificateur de la géhenne ! Si Dieu les oublie, une fois qu’ils seront consumés, personne ne pourra les rappeler à la vie. De toute façon, il ne pouvait rester d’eux, à la mort, que le souvenir. Mais même cela sera effacé un jour. Toute souffrance et toute source de souffrance et de mal seront donc abolies.

 

Un souffle qui ne revient pas

Sur l’impossibilité pour l’âme de survivre à la mort, les Psaumes sont également assez clairs. Citons seulement un extrait du grandiose Psaume 78 :

« Leur cœur n'était pas ferme envers lui, et ils n'étaient pas fidèles à son alliance [à l’instar des chrétiens actuels]. Toutefois, dans sa miséricorde, il pardonne l'iniquité et ne détruit pas ; il retient souvent sa colère et ne se livre pas à toute sa fureur. Il se souvint qu'ils n'étaient que chair, un souffle qui s'en va et ne revient pas. Que de fois ils se révoltèrent contre lui dans le désert ! Que de fois ils l'irritèrent dans la solitude ! »

Cette seule expression « ils n’étaient que chair » devrait nous suffire : l’être humain n’est QUE chair, et non chair + âme ! Il n’est qu’un souffle qui, une fois parti, une fois expiré, « ne revient pas ». L’âme est simplement sa vie, une vie mortelle, qui a besoin d’être rachetée, d’être transformée et d’être soutenue par le Créateur qui seul possède la Vie en lui-même. Voilà ce que Lucifer ne veut pas accepter.

 

Une âme informe et vide… mais en projet !

« Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient ; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m'étaient destinés, avant qu'aucun d'eux existât. » Psaume 139.16

Voilà un aspect que nous n’avons pas encore évoqué : celui de l’existence éventuelle de l’âme avant l’existence de l’être humain. Car si l’âme était immortelle, en toute logique, elle devrait préexister à l’individu censé la porter. Certes aucun chrétien ne défendrait cette idée, je l’espère, mais pourtant ce serait logique. Or que dit ce psalmiste anonyme sur la préexistence de l’être humain ?

Sur le plan corporel, l’être humain est comparé à une « masse informe », à un amas de cellules. Certes cette « masse informe », quand on peut la voir au microscope électronique, est déjà prodigieusement organisée. Elle dispose des millions d’informations de l’ADN, un potentiel colossal. Mais il ne s’agit pas encore d’un être humain au complet.

On remarque également que, dans la pensée biblique, très concrète, les « jours » de l’être humain commencent à sa sortie du sein maternel, puisqu’avant, en l’absence d’échographie, on ne peut voir, en tous cas pendant les premiers mois de la grossesse, qu’une « masse informe ». Et encore, à l’époque, cette masse informe ne pouvait être discernée qu’en cas de fausse couche ou d’avortement accidentel. C’est là un point de vue parfaitement réaliste et cohérent, qui n’annule pas la valeur de l’être humain pendant sa vie prénatale. La suite du verset le confirme.

Sur le plan spirituel, en effet, le psalmiste, voit l’être humain avant la conception ou la naissance, comme un projet de Dieu : « sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m'étaient destinés ». Dieu est comme des parents qui projettent d’avoir un enfant : ils pensent à cet enfant, ils imaginent cet enfant, ils se préparent à sa venue éventuelle, bref, ils l’aiment déjà avant qu’il n’existe réellement. Dieu prévoit, il ne prédétermine pas : ces jours prévus par Dieu n’existent pas encore puisqu’ils ne se sont pas encore écoulés. C’est du bon sens encore une fois ! Hélas, quand ces jours existeront, l’être humain aura le redoutable pouvoir de les abréger par sa mauvaise conduite. Cependant ils n’existent pas encore, répétons-le.

Nous ne voyons donc, dans le Psaume 139, aucune notion d’une âme immortelle, ni avant ni après la naissance ou la conception. Avant la naissance, l’être humain n’est encore qu’un projet non finalisé : soit il n’existe pas encore, soit il n’existe que de façon partielle (une masse informe), un peu comme la terre qui était « informe et vide » avant la création. Certes la racine hébraïque utilisée ici pour « informe » (golem, גלמ) est différente de l’expression « tohu bohu » employée dans Genèse 1. Mais il est stupéfiant de constater que golem signifie roulé, enveloppé, plié. C’est bien la situation du fœtus dans l’utérus ! Et cela évoque aussi la forme de l’ADN, en double hélice, qui doit se dérouler pour exposer ses informations dans la cellule, lors du processus de réplication. Nous sommes ici au cœur du matériau de l’âme. Rien d’immatériel, rien d’immortel ici.

On prolongera avec bonheur cette réflexion sur le Psaume 139 en visionnant la mini conférence (23 mn) de Joanna Andriamainanavo, interne en gynécologie obstétrique et croyante adventiste engagée, intitulée La grossesse et le plan de la rédemption. Un petit joyau spirituel et sans prétention.

(À suivre)

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