Daniel : une lumière à Babylone

Daniel 8:9 : traduction annotée

6 Juillet 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Le livre de Daniel

Voir le texte Hébreu massorétique.   Aller à la traduction du verset 9b.   Voir toutes les traductions.

9a. Or, de celle-là, d’euxkkest sortie une corne singulièrell, insignifiante au départmm.

kk. וּמִן-הָאַחַת מֵהֶם : autre traduction possible : «de celle-là qui vient d’eux est sortie…», אַחַת pouvant désigner la forme simple comme l’état construit de אֶחָד accordé au féminin. Cette expression originale associe le féminin (cette une הָאַחַת) et le masculin (eux הֶם). Cela suppose une nature et une origine double pour cette nouvelle corne.

D’une part, cette corne hors du commun vient «de cette une» (מִן-הָאַחַת), puissance déjà connue, notons en effet le démonstratif ח placé devant אַחַת. «Cette une-là» dont sort la corne insignifiante étant une puissance déjà identifiée dans la prophétie, ce ne peut être une des quatre «cornes» du bouc, simples «oracles» en hébreu (חָזוּת) (8.5), éminents certes, mais anonymes et indifférenciés dans le texte, livrés aux grés des «vents» célestes (8.8). A première vue, «cette une» dont la corne insignifiante tire ses origines devrait plutôt grammaticalement se rapporter à la «corne éminente» du bouc (8.5) qu’à l’un de ses successeurs. Il devrait alors s’agir d’une puissance de même ampleur que la corne éminente : elle devrait étendre son influence sur un territoire géographique comparable à celui d’Alexandre le Grand ! Cette corne ne serait pas alors un simple souverain d’un royaume hellénistique comme Antiochus Epiphane.

Observons d’ailleurs que le verbe «sortir», qui suit, est conjugué à l’accompli (יָצָא), et non à l’inaccompli avec waw : l’apparition de cette nouvelle corne  ne s’inscrit donc pas forcément dans le déroulement immédiat du récit. L’apparition de cette nouvelle puissance, dans le cadre de la prophétie, est un fait d’ordre plus général que la simple succession des quatre «visions éminentes» (les royaumes hellénistiques). Ajoutons que, suivant le mode pensée inclusif rencontré partout dans la littérature hébraïque, la corne, en tant que partie de la bête, peut représenter la bête tout entière. Donc il faut se montrer prudent avant de croire reconnaître un événement particulier de l’histoire dans cette nouvelle corne et bien examiner toutes les données que nous livrent le texte et le contexte.

D’autre part, cette corne insignifiante vient en même temps «d’eux» (מֵהֶם), soit, à première vue du bélier et du bouc, pris globalement. La mystérieuse puissance composite, à la fois masculine et féminine grammaticalement, qui donne naissance à cette nouvelle corne semble donc une puissance du même ordre de grandeur que le bélier ou le bouc pris globalement, une puissance comparable donc aux animaux du chapitre 7, symboles directement équivalents au bélier et au bouc.

Comme la suite du texte l’indique, cette nouvelle corne diffère des cornes du bélier, simplement fonctionnelles, et elle va plus loin dans ses actions que la grande corne du bouc. Elle n’est pas un simple rejeton de ces puissances, comme le fut Antiochus Épiphane. Elle se rattache plutôt aux «bêtes» du chapitre7, elles aussi de genre grammatical féminin (en araméen heyvah חֵיוָה), particulièrement à la quatrième bête (Daniel 7.7), différente des trois premiers animaux comme cette corne est différente des cornes précédentes.

Plus précisément, cette nouvelle corne se rapproche par son caractère de la onzième corne de la quatrième bête du chapitre 7, elle aussi différente des dix cornes de base. D’ailleurs le mot ehad (אֶחָד) «un, un certain», ici accordé au féminin (אַחַת), peut signifier aussi «onze». On pourrait presque traduire le début du verset 9 par : «de cette onzième d’eux», c’est-à-dire «de la bête à onze cornes» du chapitre précédent, ce qui identifie ou relie cette nouvelle corne à la onzième corne de cette quatrième bête.

L’originalité grammaticale de la formule מִן-הָאַחַת מֵהֶם — traduite «de l’une d’eux» par certains exégètes (le הָ n’est alors pas souligné) — invite à réfléchir sur les acteurs des chapitres 7 et 8 et sur la nature particulière de cette puissance. Comme l’indiquent les versets suivants, cette puissance est à la fois politique et religieuse. L’origine à la fois «masculine» (politique?) et «féminine» (religieuse?) de cette nouvelle corne, très proche sinon identique à la onzième corne du chapitre 7, est ainsi soulignée. Voilà une clé qui peut relie les chapitres 7 et 8 et donc éliminer l’interprétation réductrice, fautive, de type «Antiochus Épiphane». En effet, les royaumes héllénistiques ne sont pas mis en valeur au chapitre 7, éclipsés immédiatement par le monstre de fer romain qui suit.

Le côté masculin de cette mystérieuse puissance lui vient «d’eux» (mehem מֵהֶם). Or cette expression peut se référer non seulement au bélier et au bouc, mais aussi aux dix cornes du chapitre 7, rendues masculines par l’emploi du duel, qarnayin (קַרְנַיִן) (7.7), une désinence araméenne masculine équivalant à l’hébreu qeranayim (קְרָנָיִם) (8.3), terme employé pour les cornes du bélier. Le duel, et non le pluriel, est utilisé sans doute parce qu’un animal possède le plus souvent deux cornes. Cependant, le monstre du chapitre 7 possédant dix voire onze cornes, on attendait plutôt le féminin pluriel, qeranoth ou qarnoth (קַרְנ֥וֹת), selon les vocalisations. Or, aux chapitres 7 et 8, le mot «corne» (hébreu et araméen qeren, voir notej.), féminin singulier, est toujours porteur d’une terminaison masculine (qarnayim ou qarnayin) dès qu’il s’agit de plusieurs cornes, que ce soit deux ou plus. C’est bien aussi «d’eux», c’est-à-dire des dix cornes de la quatrième bête du chapitre 7, soit des suites de l’empire romain, que la petite corne du chapitre 8 tire sa sève, pas seulement du bélier et du bouc qui précèdent.

Le côté féminin vient de «cette une» (מִן-הָאַחַת), qui pourrait grammaticalement se rapporter à l’une des «quatre brises des cieux» (8.8), ruah (רוּחַ), «vent, brise, souffle» étant un mot féminin en hébreu (pluriel rouhoth רוּחוֹת). Cela soulignerait l’appui surnaturel dont bénéficie cette puissance politico-religieuse (voir note ii. Cf. Daniel 10.13, 14, 20, 21). Cependant on ne peut se limiter à cette interprétation. Les quatre vents des cieux sont ici considérés globalement, aucun ne se distingue des autres. De plus l’origine de ces vents n’est pas définie. Au contraire «cette une-là» est caractérisée et elle vient aussi «d’eux» : déjà connue, elle est rattachée à un groupe masculin également déjà connu. Il est donc peu probable que «cette une» soit l’une des «quatre visions éminentes» (hazuwth, 8.8), comme le voudrait l’interprétation de type Antiochus, d’autant que hazuwth est invariablement féminin. Or c’est «l’une d’entre eux» (masculin) qui donne naissance à la petite corne. La petite corne ne sort donc pas directement du terreau hellénistique, de même que l’Empire romain ne se réduit pas à la seule culture hellénistique, mais reprend aussi des éléments culturels et administratifs de Babylone et de la Perse.

Dans Daniel7, les quatre «bêtes», en araméen heyvan (חֵיוָן), sont féminines considérées globalement, comme la petite corne. Selon la pensée inclusive hébraïque, on peut comprendre que cette nouvelle corne a des liens avec l’ensemble des quatre animaux, avec leur culture religieuse dominatrice ou leur ambition politique totalitaire, selon les cas. Cependant les «animaux» du chapitre précédent ont aussi une caractéristique de base masculine, pris isolément, en araméen comme en français — le lion, ariy (אֲרִי), l’ours, dob (דֹּב), le léopard, nemar (נְמַר) — à l’exception de la quatrième bête (Rome), innommable, désignée seulement par le terme «bête», heyvah (חֵיוָה), féminin en araméen. C’est bien de «cette une-là», de cette bête-là (Rome), qui descend aussi «d’eux» (des autres animaux), dont sort finalement la corne insignifiante du chapitre 8. Et c’est bien du lion, de l’ours et du léopard (masculins), c’est-à-dire de Babylone, de la Perse et de la Grèce que Rome tire sa substance, synthèse de ces cultures et terreau unique où poussera la petite corne politico-religieuse, du chapitre 7 et du chapitre 8.

Enfin, détail significatif, le lion ailé du chapitre7 (Babylone) — en tant que porteur potentiel des empires suivants sur les plans spirituel, culturel et même administratif — voit son nom orthographié sous une forme particulière, aryeh (אַרְיֵה) au lieu de la forme plus courante ariy (אֲרִי). Or l’ajout du final (ה) lui donne une connotation féminine pour un lecteur hébreu, même dans un texte écrit en araméen. Babylone est en effet l’origine, la matrice, des puissances ultérieures. C’est  d’ailleurs ainsi que Jean la présente dans son Apocalypse, très inspirée du livre de Daniel.

Ainsi, comme la puissance romaine, la onzième corne du chapitre 7 et la petite corne du chapitre 8 portent cet héritage global des Grecs (le bouc) des Mèdes et des Perses (le bélier), héritage qui remonte à Babylone, au lion du chapitre 7.Ces deux cornes singulières, celle du chapitre 7 puis celle du chapitre 8, doivent donc représenter, chacune pour sa part, le seul véritable successeur de l’Empire romain dont elles découlent. Or, historiquement, cette puissance politico religieuse est l’évêché de Rome revendiquant lautorité absolue sur l’ensemble de la chrétienté et du monde.

Il est vrai qu’ici, dans la vision du chapitre 8, par besoin de synthèse, les empires hellénistiques et Rome sont considérés globalement, représentés par un seul animal, le bouc, comme les Babyloniens et les Perses pourraient être représentés par le bélier seul. L’estompage de Babylone et de Rome par rapport à la vision quadripartite du chapitre 7 est destiné respectivement à éclairer et à ménager celui qui reçoit la vision. Babylone est gommée parce qu’elle est sur le point d’être conquise, Daniel va le vivre (voir Daniel 8.1-4 et note 1); Rome est mise entre parenthèses parce que Daniel n’en a pas supporté la vision terrifiante au chapitre7 (voir Daniel 7.28) et ne va d’ailleurs pas mieux supporter cette nouvelle vision (voir Daniel 8.27). L’aspect purement politique de l’Empire romain n’est pas le sujet de ce chapitre et il se trouve de plus déjà inclus dans l’agressivité de ce bouc et dans sa volonté hégémoniste et expansionniste.

Ajoutons qu’au chapitre 7, le dernier chapitre en araméen du livre de Daniel, l’auteur utilise pour désigner la onzième corne le terme qarna’ (קַרְנָא), forme accentuée de qeren (קֶרֶן), le suffixe araméen aleph (א) correspondant au préfixe démonstratif hébreu (ה) . Qeren est employé pour la première apparition de cette onzième corne (7.8a), qarna’ est utilisé pour les occurences suivantes (7.8b, 11, 20, 21). Qarna’ pourrait se traduire «cette corne-là». De même pour le duel qarnayin  (קַרְנַיִן) (7.7), désignant les autres cornes, qui est remplacé par la forme accentuée qarnaya’ (קַרְנַיָּא) (ces cornes-là) dans la suite du texte (7.8, 20, 24).

Dans Daniel3, qarna’ est utilisé quatre fois (3.5, 7, 10, 15) pour désigner un instrument de musique (sorte de cor), dans un contexte politico-religieux et, plus précisément, liturgique. Nul doute que la puissance représentée à la fois par cette petite corne du chapitre 8 et par la onzième corne du chapitre 7 va elle aussi imposer une sorte de culte universel et consensuel: à l’époque romaine d’abord, à la faveur de l’accession au pouvoir de l’Église; au Moyen-Âge ensuite, tandis que le syncrétisme croissant détourne l’adoration due au Créateur seul vers d’autres objets; à notre époque contemporaine enfin, probablement au prix d’un nouveau syncrétisme entre les religions et au prix de la perte de la liberté de conscience. Selon le chapitre 7, cette ultime superpuissance politico-religieuse va être condamnée et détruite par le gouvernement céleste.

En résumé, la petite corne descend à la fois des quatre animaux du chapitre 7, des dix cornes du quatrième animal et des deux animaux du chapitre 8. La formule «de l’une d’eux», à la fois masculine et féminine, étrange pour nos esprits occidentaux dissociatifs, indique que la petite corne opère une synthèse, et même une «syncrèse», entre les éléments prophétiques précédents, animaux et cornes. Comme la onzième corne du chapitre 7, elle hérite des quatre puissances précédentes le goût pour le pouvoir absolu et la religion oppressive. Comme la onzième corne, elle se montre blasphématrice vis-à-vis du Dieu unique, créateur et personnel, en voulant prendre sa place dans l’esprit des hommes (cf. Daniel 8.10)

Comme au chapitre 7, cette nouvelle corne désigne donc Rome en tant que menace religieuse, potentielle puis effective. Rome n’est pas ici un simple phénomène politique: c’est aussi pourquoi Rome ne fait pas ici l’objet d’un nouvel animal. Rappelons d’ailleurs que la quatrième bête du chapitre 7 était la seule des quatre à posséder des cornes. Or si la corne est dans la Bible un symbole de force, de puissance, voire de triomphe sur les ennemis, la corne est aussi le récipient qui contient l’huile destinée à l’onction du roi choisi par Dieu, le messie David (1Samuel 16.13), l’huile symbolisant l’Esprit divin. La corne des chapitres 7 et 8 de Daniel prend donc d’autant plus facilement une connotation religieuse : c’est un faux messie, un faux oint, une onction prétendue et usurpée, un faux dispensateur de l’Esprit saint, un représentant abusif de Dieu, donc blasphémateur, associé à une religion oppressive, soutenu dans le monde surnaturel par les adversaires angéliques du gouvernement céleste, d’où l’intervention radicale finale de ce dernier (Daniel 8.25, cf. 7.26).

Cette menace religieuse de Rome va poindre très tôt, dès le Ier siècle de notre ère, avec les persécutions contre les juifs, la crucifixion du Messie Jésus, la destruction de Jérusalem et du temple (une catastrophe d’une bien autre gravité que les profanations d’Antiochus!) puis avec les persécutions cruelles contre les juifs messianiques et leurs adeptes (les premiers chrétiens). Mais Rome, animée par l’un des «quatre vents du ciel», ne va pas en rester là: la menace religieuse va prendre une ampleur plus universelle, dès le IVesiècle, avec la récupération du christianisme par le pouvoir romain. Puis cette dévastation religieuse totalitaire, unificatrice mais persécutrice, va se prolonger dans l’Occident chrétien, véritable successeur idéologique de l’Empire romain. La suite de l’empire d’Alexandre le Grand, «le roi de Yavan» (8.21), est donc présentée au chapitre 8 sous l’angle religieux et universel, et non simplement politique et chronologique immédiat, comme l’indiquent clairement à la fois le symbolisme de la corne, sa double nature masculine et féminine et le contexte immédiat.

On constate combien il est important, dans l’analyse d’un texte hébraïque, de tenir compte de la pensée analogique et synthétique, propre à cette culture. Cela évitera de ne pas tomber dans le piège d’une interprétation orientée, comme l’est l’interprétation de type Antiochus, une interprétation juive dans un premier temps, reprise par l’Eglise dans un second temps afin de mettre le clergé romain à l’abri des projecteurs prophétiques.

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ll. Hébreu קֶרֶן-אַחַת : une corne «une», seule, unique, singulière, onzième, spéciale !

mm. Hébreu mitse‘iyrah (מִצְּעִירָה), venant de la petitesse, le mem (מִ) initial pouvant indiquer, outre le participe, la provenance, l’origine. La racine tsaar (צָעַר) signifie «être ou devenir insignifiant, croître faiblement». A noter que c’est le participe féminin qui est employé et non le masculin (mitsar מִצְעָר) : cela peut indiquer qu’il s’agit d’une puissance émanant de Rome et possédant des caractères religieux (voir note kk), aspirant comme Rome à l’élévation et à la puissance de Babylone, mais ayant des origines (מִ) faibles et modestes, voire clandestines. Le christianisme correspond parfaitement à la description de cette nouvelle corne : très faible au départ dans l’Empire romain, secte juive insignifiante, il va devenir la religion officielle de l’Empire puis se centraliser à Rome, aux dépends d’Alexandrie notamment, et bénéficier de l’appui  du pouvoir politique aux plus hauts niveaux, jusqu’au soutien armé de l’Empereur romain d’Orient Justinien, à l’orée du Moyen Âge. Cette évolution se produit entre le IVe et le VIe siècle.

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9b. Puisnn sa supérioritéoo s’est accrue : vers ces terres aridespp, vers ce levantqq et vers cette magnificencerr.

nn. Reprise ici de l’inaccompli avec waw, temps du récit, alors que le verbe précédent, «est sortie» est à l’accompli. La première partie du verset pose un cadre, elle ne s’inscrit pas directement dans un déroulé chronologique par rapport aux «quatre visions éminentes précédente». Raison de plus pour ne pas considérer le développement de cette nouvelle corne comme un simple continuation des royaumes hellénistiques : il s’agit au contraire d’une évolution qui s’inscrit dans un cadre plus global.

oo. Ou «sa prééminence». Le mot yeter (יֶתֶר) comporte à la fois l’idée d’excès et d’excellence. Il est presque toujours utilisé comme nom et traduit par «reste, résidu». «Ce qui reste» est soit le meilleur, le plus résistant, soit ce qui prend de la valeur par sa rareté, suite à la disparition de la plus grande part. Dans Job 22.20, à propos de la ruine finale des méchants, Eliphaz de Téman dit que le «le feu a dévoré leur excellence» (traduction Martin) ; voir cependant la traduction Semeur, plus littérale ici : «ce qui restait d’eux, le feu l’a dévoré»  (en hébreu : וְיִתְרָם אָכְלָה אֵשׁ).  L’usage adverbial, comme ici dans Daniel 8.9, est unique. L’idée de supériorité et d’excellence rendue par le mot yeter (יֶתֶר) apparaît cependant dans Genèse 49.9, où Ruben est appelé «le premier en dignité, le premier en puissance» (traduction du rabbinat français) ; en hébreu יֶתֶר שְׂאֵת וְיֶתֶר עָז.

Enfin, dans Juges 16.7-8, Samson est lié avec «sept cordes (יְתָרִים) fraîches», soit des cordes de la meilleure qualité possible, censées lui faire perdre ses forces… Comme pour préfigurer le monde occidental, ligoté spirituellement pendant le Moyen-Âge. Effectivement, la petite corne de Daniel 7 et 8 va exceller (יֶתֶר) dans l’art et la manière d’asservir les populations pendant plus de douze siècles (Daniel 7.25, Daniel 12.7, Apocalypse 12.14;  cf. Apocalypse 11.3 et 12.6)

pp. Ou «vers ce midi», hébreu (אֶל-הַנֶּגֶב). Voir aussi note rr.

qq. Hébreu mizrach (מִזְרָח), «l’est», la racine zarach signifiant «se lever, apparaître».

rr. Hébreu hatsebiy (הַצֶּבִי), «cette gloire, cet honneur, cette splendeur, cette importance». Ce pays de la «magnificence» est bien sûr la Palestine, la pays où YOHVAH fit autrefois sa demeure parmi les hommes. Dans la prophétie de Daniel, il devient, aux temps de la fin, le point stratégique ou se dénoue le conflit final entre le bien et le mal dans l’histoire des civilisations humaines (voir Daniel 11.45).

Pour les trois termes, «midi», «levant» et «magnificence», plutôt que d’utiliser le suffixe  de direction ה, courant pour les indications géographiques, l’auteur a préféré la préposition אֶל, vers. De plus, un préfixe démonstratif ה a été ajouté devant les trois termes. Cela donne une formulation très emphatique אֶל-הַנֶּגֶב וְאֶל-הַמִּזְרָח וְאֶל-הַצֶּבִי. Comparez avec 8.4, «vers la Mer, vers le Nord et vers le Sud» (יָמָּה וְצָפוֹנָה וָנֶגְבָּה), où le suffixe de direction ה est employé, traduit «du côté de» par le rabbinat français. Ici, en 8.9, la formulation emphatique dépasse la simple notion géographique de 8.4, où il était question de la Perse. Daniel semble vouloir nous indiquer le passage vers une autre époque et vers un autre type de phénomène géopolitique.

Cependant la présence du préfixe démonstratif ה, répété pour les trois directions, indique que ces trois éléments sont des éléments constitutifs, déjà connus, du drame qui se déroule ici. Il s’agit de pôles stratégiques pour le contrôle du monde, plus que de simples directions géographiques. D’ailleurs deux points cardinaux manquent ici: le Nord et l’Ouest. L’absence de l’Ouest nous indique que la petite corne vient d’une puissance occidentale, comme Rome. L’absence du Nord nous renvoie par opposition au chapitre 11 où le Nord et le Sud vont s’affronter, jusqu’à l’intervention d’une mystérieuse troisième force, apparue au verset 16, qui conquiert le «pays magnifique». Le Nord ne réapparaîtra ensuite qu’au dernier acte, en 11.40.

«Ces terres arides» (הַנֶּגֶב), ce Sud, un sud déjà connu dans la prophétie et seul point commun entre 8.4 et 8.9, peut représenter toutes les peuplades et civilisations conquises au Sud de la Palestine par les puissances précédentes dont Rome. De même «ce levant» (הַמִּזְרָח) peut représenter tous les peuples à l’est de la Palestine ou plus généralement de l’Empire Romain, puisque, nous l’avons vu, la petite corne du chapitre 8 est issue de l’Empire romain comme la onzième corne de la quatrième bête du chapitre 7 (voir note kk).

Si ces lieux de civilisations correspondent plus ou moins aux conquêtes de l’Empire romain, ils correspondent aussi aux «conquêtes» de la nouvelle Rome, chrétienne. Au début du VIe siècle, malgré quelques violentes querelles théologiques, l’évêché de Rome a conquis idéologiquement l’Empereur romain d’Orient, Justinien (483-565), et fatalement tous ses sujets avec lui. Soutenue par Constantinople et l’empire romain d’Orient («ce levant»), Rome parvient peu à peu à endiguer les invasions barbares : celles qui viennent de l’Europe et celles qui viennent par voie maritime, du Sud («ces terres arides»), plus précisément d’Afrique du Nord. Le nouvel équilibre des forces ainsi obtenu va permettre à la petite corne issue de Rome de gagner en supériorité (יֶתֶר) et de forcer l’unité du monde occidental autour du christianisme romain. Cette unité sera cependant menacée et grignotée par l’islam, dans un second temps. Sur l’époque de Justinien en rapport avec les prophéties hébraïques, voir aussi notre article : Ilopango et Tambora : quand les volcans suivent le calendrier prophétique.

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