Daniel : une lumière à Babylone

« Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » ou les dix commandements sont-ils pérennes ? (7)

14 Août 2017 , Rédigé par Misha Publié dans #Sabbat

Sommaire général

Dans le premier paragraphe de la sous-partie intitulée « 1.2. Quel est le rôle de la loi ? », les auteurs de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » du site Bibliquest.com se réfèrent à Galates 3.19, Galates 3.24, Romains 3.20 et Romains 7.7 pour appuyer leurs prétentions à abroger les lois divines, notamment les dix commandements et surtout le sabbat. Voyons alors ce que ces textes de l’apôtre Paul enseignent réellement. Car si l’on remplace le sabbat par le dimanche, on se soumet implicitement aux exigences tyranniques et dictatoriales du magistère «catholique» romain. Il ne reste donc plus de légitimité au protestantisme. L’heure est grave !

 

Paul et les Galates : de quelle « loi » parle-t-on ?

Puisque les auteurs de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » se réfèrent au troisième chapitre de l’épître de Paul aux Galates, nous allons avoir l’occasion d’approfondir davantage la théologie de Paul en rapport avec la loi et la foi. La lettre aux Galates est des plus intéressantes à ce sujet, pourvu qu’on la considère dans son contexte, sans a priori théologiques tardifs par rapport à l’époque de Paul. Pour cela, il nous faudra parfois recourir au texte original.

Rappelons d’abord que, quand Paul parle de « la loi » dans ses épîtres, il parle de l’ensemble des règles religieuses et sociales données par Dieu aux Hébreux et rédigées par Moïse dans le Pentateuque. Toutes ces règles figuraient et annonçaient le Messie à des degrés divers. Le décalogue est le préambule de ces règles, donc, selon un usage courant dans la littérature hébraïque, un fondement spirituel, un aboutissement de la «loi de Moïse» qui suit.

De plus, suivant le principe d’inclusion, cher à la pensée hébraïque, Dieu fait également précéder ses dix paroles d’un autre préambule : « Je suis l'Éternel [YAHVEH], ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude. » (Exode 20.2) Le préambule du préambule en quelque sorte. En effet, les dix paroles, rappel de la loi universelle en vigueur depuis la création du monde, ne pouvaient être prononcées que dans un contexte de LIBÉRATION, et non de servitude. Ces dix paroles de YAHVEH sont destinées à libérer, et non à asservir. Seul un détournement de ces dix paroles et de la loi de Moïse qui s’en inspire peut engendrer l’esclavage qui menaçait les Galates. Nous allons le démontrer ci-après.

Si nous prenons une loi quelconque pour servir de faire-valoir de nos œuvres devant Dieu, alors cette loi n’est plus qu’un prétexte pour nous faire-valoir nous-mêmes devant le gouvernement céleste, sans la médiation du Messie. Mais si nous prenons les dix paroles comme des promesses bienveillantes de YAHVEH, alors la libération de l’Égypte, de Sodome et du mal, devient une réalité. Car « le péché, c’est la transgression de la Loi » (1 Jean 3.4) et « quiconque se livre au péché est esclave du péché » (Jean 8.34).

Dans le Pentateuque, la « loi » de Moïse dont parle Paul aux Galates commence à se décliner à la proclamation d’Exode 20. La loi divine universelle et intemporelle est alors prononcée par Dieu lui-même, en public, devant des milliers de personnes (voir l'épisode 3 de cette série). Le Pentateuque rapporte le récit de cette proclamation orale des dix paroles au Sinaï, parmi d’autres faits historiques. Mais le Pentateuque, considéré en tant que« loi », n’est pas les dix paroles de Dieu. Ce sont plutôt les dix paroles qui sont un condensé essentiel et universel de la loi du Pentateuque, un condensé de cette « loi de Moïse » qui était une pierre d’achoppement pour les Galates. On peut bien sûr rattacher le décalogue à la « loi » dont parle Paul. Les règles transmises par Dieu aux Hébreux par l’intermédiaire de Moïse sont fondées sur les principes universels du décalogue. Mais le décalogue ne constitue pas cette « loi ». Donc quand Paul parle de « la loi », il ne vise pas spécifiquement les dix commandements mais l’ensemble des règles du Pentateuque subséquentes à la théophanie d’Exode 20.

Cette précision établie, parlons maintenant du contexte général de l’épître aux Galates. Dans cette épître, Paul est préoccupé par la volonté des Galates d’imposer la circoncision et d’autres règles du judaïsme aux chrétiens, ce qui révèle une tentative de salut par les œuvres. Il est donc clair que Paul a à faire ici surtout à des Juifs et non à des Gentils. Les Gentils ont d’ailleurs été dispensés officiellement de la circoncision par le concile de Jérusalem, rapporté dans Actes 15. Que ce concile ait eu lieu avant ou après la rédaction de l’épître aux Galates ne change rien à l’affaire : on imagine mal des Grecs nouvellement convertis au christianisme revendiquer le besoin de se faire circoncire pour être reconnus chrétiens ! À moins d’être un peu masochistes…

Ces Galates auxquels Paul s’adresse sont donc essentiellement des juifs messianiques qui veulent imposer leurs traditions et certaines lois de la Torah, principalement la circoncision, aux croyants messianiques d’origine grecque ou romaine. Dans Galates 2.14, Paul parle de «forcer les païens à judaïser». C’est dire si la tentation de la coercition est forte dans cette Église de Galatie, majoritairement juive, comme elle le sera beaucoup plus tard dans l’Église universelle passée sous la domination de Rome.

Cependant les lois de la Torah ne sont pas destinées à être un instrument de coercition. Elles ne sont pas un obstacle en soi à la réception par la foi du salut en Christ. La circoncision était déjà pratiquée par Abraham, cela ne l’a pas empêché d’être justifié par la foi et même d’être un modèle de foi pour Paul, puisqu’il le propose comme exemple aux Galates (Galates 3.6-9). Abraham avait bien compris que la circoncision n’était pas le salut, mais seulement un signe possible du salut, une façon de montrer sa foi. YAHVEH n’a jamais voulu pour personne et à aucune époque qu’une loi soit un moyen de salut.

L’observation du sabbat aussi est un signe et non un moyen de salut. Le sabbat est un signe incontournable de notre libre allégeance au Dieu Créateur qui nous sanctifie par la foi, contrairement au dimanche qui est un signe servile de notre soumission au pape, qui veut nous imposer le salut par les œuvres. Certes, en tant que pilier du décalogue, le Sabbat se distingue clairement des règles mosaïques postérieures. L’observation du sabbat hebdomadaire est une loi essentielle, au même titre que l’interdiction du meurtre.

Mais le sabbat, bien qu’indispensable, reste un signe. L’observation du sabbat n’est pas un moyen de salut, mais un signe de la réalité de notre salut. Théoriquement bien sûr, car dans la réalité chacun peut s’examiner pour voir si sa pratique du sabbat relève bien de la foi et non de son interprétation personnelle. Car tout ce qui ne découle pas de la foi est péché ! (Romains 14.23) Si l’observation du sabbat est conçue comme notre œuvre et non comme un cadeau de Dieu et une rencontre privilégiée avec lui, cette observation ne vaut pas mieux que la sanctification du dimanche, au niveau individuel, s’entend.

 

L'alliance éternelle ou la promesse de la justice

Pour Paul, ce qui fait problème chez les Galates, nous allons le vérifier dans l’analyse du texte plus bas, c’est leur vision des lois mosaïques en tant que moyen de salut, alors que ces ordonnances étaient un moyen de manifester sa foi dans la promesse du salut par le Messie à venir, promesse faite notamment à Abraham (Genèse 12.1-3)  Aussi Paul tente de persuader les Galates que les croyants en Christ d’origine gréco-romaine sont eux aussi de vrais descendants spirituels d’Abraham, même s’ils demeurent incirconcis (Galates 3). La réalité du salut pour tous promis à Abraham, indépendamment de la circoncision, est le point clé et la conclusion de l’épître aux Galates (Galates 5).

Jésus a été lui-même circoncis le huitième jour, rappelons-le. Jésus-Christ est en effet le descendant d’Abraham par excellence. Cette merveilleuse réalité de l’incarnation rend la circoncision obsolète, mais elle n’implique nullement que le décalogue soit aboli. Au contraire, c’est maintenant que le décalogue va être pleinement ouvert et accessible à tous par le Saint-Esprit, alors qu’il n’était connu précédemment que des juifs et des sympathisants gréco-romains du judaïsme. Notons que Paul ne mentionne jamais le sabbat hebdomadaire dans sa lettre aux Galates (ni les jours fériés juifs d’ailleurs) : c’est bien la preuve que le sabbat n’est pas en cause ici.

À l’époque de l’apôtre Paul, les Grecs et les Romains récemment convertis au christianisme sont en majorité des sympathisants du judaïsme, qui respectaient déjà plus ou moins le sabbat. Donc, a fortiori, maintenant qu’ils adoptent le messie juif Jésus de Nazareth, ils vont continuer d’observer le sabbat, mieux que jamais. Malgré l’imposition dictatoriale du dimanche romain, seulement à partir du IVe siècle, la fidélité des chrétiens au sabbat biblique va perdurer dans tout le bassin méditerranéen jusqu’au Ve siècle au moins. Nous en avons fourni une preuve historique irréfutable dans l’épisode 2.

Les chrétiens évangéliques, dont le point de vue est faussé par la théorie des dispensations, aiment distinguer dans la Bible ce qui concerne les juifs de ce qui concerne les chrétiens. Eh bien, en toute logique, ils devraient soumettre aussi l’épître aux Galates à ce critère fantasmatique. Si Paul écrit ici à des juifs qui ont du mal à abandonner l’idée que la loi soit un moyen de salut, alors, les évangéliques devraient penser que l’épître aux Galates ne concerne absolument pas les chrétiens d’aujourd’hui, puisque ceux-ci prétendent comprendre et vivre pleinement le salut par la foi seule, sans connaître toutefois le contenu réel de la vraie foi, de la foi d'Abraham. Par conséquent l’argumentation que Paul y développe par rapport à la loi et à la foi ne devrait même pas retenir leur attention.

En réalité, comme l'a montré Ellet J. Waggoner dans les années 1880 et 1890, l'ancienne et la nouvelle alliance sont une question d'état d'esprit, absolument pas d'époque. Abraham était sous la nouvelle alliance en recevant sans réticence les promesses de Dieu de faire de lui une source de bénédiction pour toutes les nations du monde, dans la descendance de Sarah, «la femme libre» ; Abraham repasse sous l'ancienne alliance quand il s'unit à Agar, «l'esclave» et enfante Ismaël, le fils selon la chair. 14 ans plus tard cependant, Dieu accomplit sa promesse (son alliance) et donne à Abraham le fils selon l'Esprit, le fils de la Parole, Isaac (Galates 4.22-31).

Abel est sous la nouvelle alliance, celle du salut par la foi, tout en respectant les règles du sacrifice demandé par Dieu pour permettre à l'être humain déchu de manifester sa foi en lui (la loi cérémonielle de l'époque) ; Caïn et son sacrifice de fruits de la terre, d'œuvres supposées méritoires, est bien sous le joug de l'ancienne alliance, du salut par les œuvres, l'alliance proposée à Dieu par l'homme et qui fait des principes divins un joug. Caïn reste donc sous la condamnation de la loi, comme nous pouvons l'être nous aussi aujourd'hui.

Par l'alliance éternelle que Dieu a faite avec l'humanité dès le jardin d'Eden, Dieu s'engage à nous redonner accès à la patrie perdue, à la vie éternelle et à la communion avec son Fils et avec ses anges. Cette alliance éternelle inclut donc la promesse de nous réconcilier avec les lois divines et les principes céleste. Le cœur humain, quand il fond de joie et de reconnaissance devant cette bonne nouvelle, devient vraiment croyant, il expérimente la foi, et ce, quelle que soit la religion et l'époque à laquelle il appartient.  Aussi nous ferons bien de prêter attention à ce que Paul écrit à ces juifs qui cherchent à justifier leur salut par leur observation des lois mosaïques, principalement la circoncision, ou de traditions rabbiniques extrabibliques. Car le principe du salut par les œuvres peut nous concerner aussi, même si nous ne faisons aucun cas de la loi de la circoncision ou des traditions juives extrabibliques.

Répétons cependant que le sabbat de la Création et du décalogue ne se réduit absolument pas à une loi mosaïque ou à une tradition juive. Le sabbat réside à un niveau bien supérieur : en pointant vers la bonté et la justice du Créateur, en reconnaissant le Créateur comme un interlocuteur, universellement digne d’intérêt et de considération, le sabbat est la base de toute adoration authentique, en tout temps et en tous lieux. C’est pourquoi, dans le contexte des «temps de la fin », le message du premier ange d’Apocalypse 14 invite tous les habitants de la terre à adorer le Créateur (Apocalypse 14.6-7). Et les dix paroles demeurent une source d’inspiration universelle pour toute loi juste, bonne et utile, que ce soit les lois transmises aux Hébreux par Moïse ou d’autres lois.

 

Galates 2 : « œuvres de la loi », œuvres de la chair

A la fin du deuxième chapitre de l’épître aux Galates, à partir du verset 15, Paul, tout en s’affirmant 100 % juif en préambule, s’oppose fermement à l’idée que l’on puisse être justifié « par les œuvres de la loi », que l’on soit juif ou grec ou romain :

Sachant que l'homme n'est pas justifié par les œuvres de la Loi, mais seulement par la foi en Jésus-Christ, nous [les juifs], dis-je, nous avons cru en Jésus-Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi de Christ, et non point par les œuvres de la Loi ; parce que personne ne sera justifié par les œuvres de la Loi. (Galates 2.16, Martin)

Personne ne sera justifié « par les œuvres de la loi », nous dit-on. De quoi s’agit-il exactement ? L’expression utilisée trois fois par Paul au verset 16 est ἐξ ἔργων νόμου, soit une justice « tirée d’œuvres d’une loi », littéralement. L’absence de tout article défini dans le texte original suggère que Paul fait ici une réflexion de principe qui ne s’applique pas seulement à la loi particulière de la circoncision revendiquée par les Galates. Cela s’appliquerait alors à tous les chrétiens, d’origine juive ou non. Nous allons voir en effet que la réflexion de Paul dans Galates 2 et 3 est suffisamment judicieuse et inspirée pour pouvoir s’appliquer à propos de n’importe qu’elle loi, divine ou autre, sans pour autant qu’il soit nécessaire de remettre en question l’applicabilité de la loi visée : ce n’est pas le propos. Même la circoncision est applicable à l’époque de Paul (voir Actes 16.3), seulement elle n’est plus obligatoire. Il n’en est pas de même du sabbat : il est non seulement applicable mais requis, si c’est bien le Créateur que nous voulons adorer et non une créature.

Pour introduire ces « œuvres venant de la loi », en grec ἐξ ἔργων νόμου, traduit souvent par « par les œuvres de la loi », Paul emploie la préposition ἐκ (ἐξ devant une voyelle). Paul n’utilise ici ni la préposition διὰ, ni le datif instrumental, comme il le fait en Galates 2.19 (voir plus bas). Ce « par les œuvres de la loi » mérite alors d’être explicité davantage.

La préposition ἐκ signifie «hors de, à partir de». Comme le génitif, elle indique une origine, plutôt qu’un moyen. En utilisant la préposition ἐκ, plutôt que διὰ ou le datif instrumental, Paul veut donc exprimer, en Galates 2.16, que cette fausse justification est « tirée (ἐκ) des œuvres » : c’est un produit secondaire, TIRÉ d’une observation d’une loi. Il s’agit d’une expérience faite par certains croyants et non d’une position légale absolue, contrairement à ce que pensent nombre de chrétiens aujourd’hui. Les « œuvres » dont il est question ici ne sont donc pas l’observation d’une loi en elle-même, mais la vertu qu’on attribue à cette observation, un vécu par rapport à la juridiction céleste.

Il existe deux façons de vivre l’adoption d’une loi : comme une bénédiction venant d’une instance supérieure qui veut nous protéger d’un mal, ou bien comme un étendard infantile de notre propre justice imaginaire. L’enjeu est donc de savoir qui possède réellement la Justice, et qui a le droit de la définir et de l'appliquer.

Qui possède l’autorité législative ? Est-ce le Législateur, comme l’enseigne la Bible, ou est-ce l'administré, comme le suggère Satan, suivi par Rome ? Rome pousse le blasphème jusqu’à s’ériger en administrateur de toute la chrétienté. Il s’agit donc d’une question cruciale pour les chrétiens, si vous nous permettez ce jeu de mot. Car un Dieu qui possède l’autorité législative doit posséder aussi la capacité de sauver et de protéger, c’est-à-dire de faire appliquer ses lois. Or Dieu est capable de nous arracher à la mort, ce fait est établi par l’incarnation et par son sacrifice ; son autorité législative ne peut donc être légitimement contestée. Désolé pour Lucifer.

Crucifié avec Christ pour redevenir obéissant à la loi malgré la chair

Dans Galates 2.16-21, Paul introduit avec une force enthousiasmante la véritable puissance de justification et de salut, indépendamment de toute œuvre bonne, à savoir la croix, le sacrifice de Christ. Déjà, à la fin du verset 16, il emploie l’expression hébraïque « toute chair »* (en grec πᾶσα σάρξ), précédée de la particule de négation οὐ, pour dire que « personne » ou « nulle chair » ne sera justifiée par des œuvres tirées d’une loi (Galates 2.16). Or c’est notre chair que Jésus a portée sur la croix.

* L’expression « toute chair » est récurrente dans l’Ancien Testament, à partir de Genèse 6.12, et elle correspond à l’hébreu כל בשר. Comme souvent dans le Nouveau Testament, nous trouvons ici de l’hébreu ou de l’araméen traduit mot à mot en grec.

Ensuite, au verset 19, Paul, par analogie, introduit le thème de la mort, un thème étroitement associé à notre condition charnelle puisque, bibliquement parlant, nous ne possédons pas d’âme immortelle, contrairement à Dieu :

« Car c'est par la loi que je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu. » (Galates 2.19)

Comment suis-je « mort à la loi » ? La suite du texte le révèle : sur la croix, « j’ai été crucifié avec Christ » (Galates 2.20). Mais que dit la suite du verset 20 ?

« Si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. » (Galates 2.20)

Il s’agit bien de la crucifixion de la chair, de NOTRE chair. C’est notre nature pécheresse qui devait être mise à mort et même crucifiée, donc maudite pour toujours. Selon la loi de Moïse :

Si l'on fait mourir un homme qui a commis un crime digne de mort, et que tu l'aies pendu à un bois, son cadavre ne passera point la nuit sur le bois; mais tu l'enterreras le jour même, car celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu, et tu ne souilleras point le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne pour héritage. (Deutéronome 21.22-23)

C’est pourquoi des juifs ont voulu que Jésus soit crucifié, alors que, légalement, il ne méritait «que» la lapidation. En effet, ces juifs jugeaient Jésus coupable de blasphème, car il se faisait l’égal de Dieu tout en étant «bien un homme» (Philippiens 2.7). Or la peine capitale pour le blasphème était la lapidation. Mais les juifs ont voulu aller plus loin : déclarer Jésus maudit par Dieu pour toujours, ce qui revient à le condamner à la mort éternelle. C'est pourquoi ils ont voulu qu'il soit crucifié, pendu au bois. Cependant les disciples de Jésus ont compris, après sa résurrection, que cette mort infâme et au caractère définitif était notre salut, car ainsi notre nature pécheresse que Jésus portait a reçu pour toujours sa juste condamnation éternelle. Aussi l’apôtre Pierre écrira :

Lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice ; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. (1 Pierre 2.24)

Pierre fait ici clairement allusion à la malédiction du Deutéronome concernant un condamné «pendu à un bois». Cependant cette malédiction se transforme en bénédiction, puisque, comme le disait le regretté professeur adventiste Marcel Fernandez, c’est « une malédiction de notre malédiction ». C’est pourquoi Pierre est heureux de voir sa chair crucifiée « sur le bois », car sa chair morte, sa malédiction anéantie pour toujours, il sait qu’il est rendu capable par l’Esprit de vivre « pour la justice », donc de vivre pour observer la loi divine, en dépit du fait que sa chair n’a pas encore changé.

Pour aller plus loin sur le thème de la crucifixion avec Christ on écoutera avec profit la conférence intitulée « Pas moi, mais Christ » sur la chaine You Tube de La Sentinelle des temps, dont cette réflexion s’inspire largement.

Si tous les chrétiens disent généralement « amen » à Galates 2.19-20, c’est un «amen» purement formel et légal. Ils s’imaginent que leur crucifixion à la croix est d’ordre purement juridique et qu’elle permet de se débarrasser de la loi divine par un artifice légal. Il n’en est rien. Au contraire, la crucifixion de notre chair, de notre nature humaine déchue, en Christ sur la croix, est bien une réalité concrète, annoncée à l'homme dès le jardin d'Eden (c'est le talon «écrasé» par le serpent de Genèse 3.15). La crucifixion est la condition nécessaire à la réalisation des promesses de l'alliance éternelle, répétée à Abraham, promesses qu’il nous revient de saisir par la foi, en croyant du cœur. Alors, le cœur bouleversé par tant d'amour inconditionnel, débarrassés de tout légalisme et de toute idée de prédestination, nous renonçons à toutes les «œuvres mortes», les œuvres de notre chair qui a été maudite pour toujours sur la croix. Par conséquent, nous obéissons, par la foi et par l’Esprit, à TOUS les commandements du décalogue !

«Ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi» (Galates 2.20). Or Christ ne peut être «serviteur du péché» (Galates 2.17). Car si la loi est «sainte, juste et bonne» (Romains 7.12), son Auteur aussi est a fortiori saint, juste et bon. Donc Christ ne peut vivre en moi et approuver la transgression du plus petit commandement du décalogue, encore moins la transgression du plus grand et du plus long commandement du décalogue : le sabbat hebdomadaire du Créateur, le sabbat et le repos du Christ.

Maintenant récapitulons le thème de la chair dans Galates 2.16-20 :

— aucune chair n’est justifiée par ses œuvres (2.16) ;

— la chair, avec ses œuvres mauvaises, a été mise à mort comme le demandait la loi (2.19-20) ;

— je vis certes par la foi dans l’effet salvateur de cette mise à mort, mais je vis toujours dans la chair (2.20).

Par conséquent, toute œuvre que je peux tirer de l’observation d’une loi, sera toujours une œuvre accomplie dans ma chair. Je n’ai donc pas le droit de la considérer comme méritoire par rapport au salut. Que ce soit l’obéissance à une loi de Moïse ou au décalogue prononcé par Dieu lui-même, je ne peux en tirer aucune justification devant Dieu. Encore une fois nous voyons donc que ce n’est pas une loi en elle-même qui peut éventuellement être un obstacle à la justification, mais bien la chair.

Cependant, si toute œuvre accomplie dans la chair est sans mérite ni justice intrinsèque, cela ne veut pas dire que l’observation d’une loi dans la chair est forcément nuisible ou même inutile. Dieu souhaite me voir accomplir des bonnes œuvres qu’il a préparées d’avance pour moi (Éphésiens 2.10), parce que LUI peut en tirer une justification de Son travail salvateur. Jésus lui-même le constate : «les publicains ont justifié Dieu» en se faisant baptiser par Jean, par exemple (Luc 7.29). Obnubilé par notre salut et par notre justification, nous oublions souvent que c’est la justice DE DIEU, et non la nôtre, qui est remise en cause : par la révolte de Lucifer, par la transgression du décalogue et par tous les maux qui en résultent. Donc nos bonnes œuvres gardent toute leur importance, même si elles sont impuissantes à nous justifier devant le Ciel. Car les œuvres de la foi sont capables de justifier Dieu dans l’action rédemptrice qu’il a entreprise, selon Jésus.

Ces œuvres bonnes, par exemple une obéissance au décalogue qui procède de la foi, quoique accomplies dans la chair, ne seront pas les œuvres DE la chair, mais les œuvres de la foi que Jacques valorise dans son épître et dont Paul parlait aux Éphésiens (2.10). Les œuvres de la chair qui ont été mises à mort à la croix sont quant à elles bien connues : Paul en donne une liste sans ambiguïté dans Galates 5.19. Ces œuvres sont à l’opposé de toute loi, elle rejettent toute autorité et toute juridiction et elles découlent de la négation ou de l’abandon des lois divines.

Ainsi, pour revenir à Galates 2.16, nous comprenons que ces « œuvres venant d’une loi », tirées de NOTRE observation personnalisée de la loi, ces œuvres qui font obstacle à la foi, sont des œuvres de la chair dissimulées dans l’accomplissement d’actes formels tirés d’une loi. Les actes demandés par une loi, la circoncision dans le cas des Galates, servent de prétexte à cette autojustification. De même, l’observation du dimanche imposée et substituée à celle du sabbat biblique sert de prétexte à l’auto-proclamation de la suprématie romaine sur la chrétienté. Dans tous les cas, il s’agit d’un détournement de la loi, d’une perversion qui s’oppose au but de la loi, qui est la Vie. La loi dit en effet : «Celui qui mettra ces choses en pratique vivra par elles.» (Galates 3.12)

De ce type d’œuvres là évidemment, rien de bon ne peut sortir, surtout pas une justification acceptable pour le Ciel, mais seulement de la propre justice, orgueilleuse et intolérante. C’est pourquoi les Galates voulaient forcer les païens à judaïser, comme Rome veut forcer le monde à observer le dimanche. Or tout ce qui ne vient pas de la foi, donc de la LIBRE ADHÉSION, est un péché, selon Paul. Ce qui montre une nouvelle fois que le pouvoir ecclésiastique romain est bien « l’homme de péché », l’apostat dont Paul a prédit la venue (2 Thessaloniciens 2.3).

Le pape Pie IX, par exemple, confirme l’hostilité de Rome au salut par la foi en condamnant, dans les termes les plus violents, le principe même de la liberté d’adhésion : « Les doctrines absurdes, erronées ou extravagantes favorables à la liberté de conscience sont une erreur pestilentielle, une peste des plus redoutables pour un État. » (Encyclique du 15 août 1854) Le même pape, dans son encyclique du 8 décembre 1864, anathématise ceux « ceux qui dénient à l’Église le droit de se servir de la force ». Pie IX ne fait ici que suivre les traces totalitaires et intolérantes de ses prédécesseurs immédiats : voir une étude plus détaillée de ce sujet ici (site athée). L’orgueil s’accompagne toujours de l’intolérance, à Rome comme en Galatie où l’on voulait « forcer les païens à judaïser ».

« Mort à la loi », mort au péché et rendus justes par Dieu

Avant d’entrer dans Galates 3, d’où sont extraits deux « textes preuve » avancés par le site Bibliquest.com pour tenter de justifier l’abandon de l’observation du décalogue, revenons un peu sur Galates 2.19-21. Le verset 19 mérite une attention particulière :

« Car c'est par la loi que je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu. »

ἐγὼ γὰρ διὰ νόμου νόμῳ ἀπέθανον ἵνα θεῷ ζήσω.

« C’est par la loi », au travers de la loi, dans le cadre de la loi (διὰ νόμου), que j’ai été mis à mort. « Je suis mort à la loi », νόμῳ ἀπέθανον, correspond à un datif instrumental qui serait plus justement rendu par : « je suis mort par la loi, en vertu de la loi ». Je n’ai pas été condamné à mort sur un mouvement d’humeur d’un Dieu irascible (tel le Dieu du Coran), mais j’ai été mis à mort en fonction de dispositions légales précises, justes et fiables. J’ai reçu la juste sentence de mort que la loi demandait, ni plus ni moins. La loi n’a donc pas été annulée en Christ, au contraire elle a été appliquée dans toute sa rigueur ! Mais, « caché en Christ » (Colossiens 3.3), j’ai été protégé de l’anéantissement définitif que je méritais. Merveilleuse nouvelle !

Cela ne veut pas dire que la loi n’est plus valable pour moi ou qu’elle devient sans effet : au contraire, ma mort en Christ sur la croix prouve que la loi divine ne pouvait être ni abolie, ni modifiée, et qu’elle conserve toute sa pertinence pour m’indiquer comment doit se manifester le salut en Jésus-Christ dans ma vie. Nous le verrons plus précisément dans Galates 3.

Comment Dieu prouve-t-il son amour pour nous, juifs et païens ? Non pas en abolissant sa loi, soi-disant trop difficile à observer, mais en mourant pour nous «par» (διὰ) la loi, dans le cadre de sa loi, en vertu de sa loi, qui condamne le mal à mourir. La loi divine ne pouvant être abolie, le Mal ne pouvant triompher du Bien infini, Dieu lui-même doit envisager la mort éternelle s’il veut arracher les transgresseurs à leur juste sort et leur offrir le salut ! C’est pourquoi la croix est une bonne nouvelle : maintenant que je suis libéré de la CONDAMNATION de la loi, de la peine capitale, je vais pouvoir servir Dieu en esprit et en vérité. Je vais pouvoir, avec l’aide du Saint Esprit, délaisser le péché, renoncer à la transgression de la loi, au détournement propre juste de la loi et à la personnalisation de la loi, pour accomplir la justice que la loi demande dans ma vie personnelle.

Enfin, disons un mot du dernier verset de Galates 2 :

« Je n’anéantis pas la grâce de Dieu ; car si la justice est par la loi [διὰ νόμου δικαιοσύνη], Christ est donc mort inutilement. » Galates 2.21, Martin

La loi de Moïse, avec le décalogue et les lois morales (toujours applicables), avec toutes ses prescriptions rituelles et ses sacrifices (périmés), ne peut faire justice (δικαιοσύνη) du mal qui est en nous et qui cause tant de tort à Dieu et à son gouvernement. Il faut « de meilleurs sacrifices » (Hébreux 9.23), le sacrifice offert par Dieu lui-même, comme YAHVEH l’a enseigné à Abraham au Mont Morija. «Voilà pourquoi, en entrant dans le monde, le Christ a dit : Tu n'as voulu ni sacrifice, ni offrande : tu m'as formé un corps.» (Hébreux 10.5)

C’est bien un corps, de la chair humaine, qu’il fallait. Les rituels hébraïques, avec tous leurs sacrifices, ne pouvaient engendrer ni notre justification, ni la justification de Dieu, ni la condamnation à mort définitive du mal et de son auteur. Ils ne pouvaient qu'annoncer cette délivrance, manifester la foi dans cette délivrance, mais pas la réaliser.

Tout le bonheur annoncé par les lois divines est exprimé dans le vocable δικαιοσύνη utilisé ici dans Galates 2.21. Le mot δικαιοσύνη et ses dérivés sont traduits par justice ou justifier dans le Nouveau Testament. Or, derrière δικαιοσύνη, s’étend le champ sémantique du concept hébraïque de tsedakah (צדקה), utilisé par exemple dans Genèse 15.6 : «Abram crut à l'Eternel, qui lui imputa cela à justiceDerrière cette traduction « comptable » de Genèse 15.6, se cache une expérience, un parcours de foi. Abraham n’a pas été rendu juste une fois pour toutes mais, chaque fois qu’il a cru en Dieu, Dieu a pu lui communiquer sa justice et sa sainteté, comme dans le cas particulier, ponctuel, de Genèse 15.6.

Dans son expérience de foi avec YAHVEH, Abraham a joui d’une transformation intérieure quotidienne et non d’un simple statut légal. De ce statut légal, tous les êtres humains en bénéficient d’office, qu’ils croient en Dieu ou non. C’est ce qui rend la survie possible sur cette planète. Mais Abraham, le croyant, a fait une expérience plus profonde. Cela s’est manifesté dans sa vie par des actes de foi et de fidélité, par l'observance de toutes les lois divines données à l’humanité depuis la création du monde, dont forcément le sabbat. Même l’observance de la circoncision, demandée à Abraham aux 13 ans d'Ismaël (Genèse 17.25), concédée par Dieu suite à l'égarement charnel d'Abraham avec Agar, a été pour Abraham un moyen de manifester sa foi et sa soumission aux paroles divines. C’est pourquoi Abraham est la référence spirituelle de Paul, dans l’épître aux Galates et dans l'épître aux Romains.

Ci-dessus, à propos de Galates 2.16, nous avons montré que les œuvres « tirées de l’observation d’une loi » (ἐξ ἔργων νόμου), utilisées pour nous faire valoir nous-mêmes plutôt que pour valoriser Dieu et sa justice, constituaient une mauvaise expérience spirituelle avec la loi, quelle qu’elle soit. Mais le même verset 16 nous indique également quelle est la bonne expérience spirituelle par rapport au salut :

Sachant que l'homme n'est pas justifié en tirant (ἐκ) des œuvres [méritoires] d’une loi, mais seulement au travers de (διὰ) la foi en Jésus-Christ, nous, dis-je, nous avons dirigé (εἰς) notre foi vers Jésus-Christ, afin que nous fussions justifiés à partir de (ἐκ) de la foi de Christ [ou de la foi en Christ], et non point en tirant (ἐκ) des œuvres d’une loi ; parce que personne ne sera justifié en tirant (ἐκ) des œuvres d’une loi. (Galates 2.16, essai de traduction dynamique sur la base de la traduction Martin)

Texte original de Galates 2.16 : εἰδότες δὲ ὅτι οὐ δικαιοῦται ἄνθρωπος ἐξ ἔργων νόμου ἐὰν μὴ διὰ πίστεως Χριστοῦ Ἰησοῦ, καὶ ἡμεῖς εἰς Χριστὸν Ἰησοῦν ἐπιστεύσαμεν, ἵνα δικαιωθῶμεν ἐκ πίστεως Χριστοῦ καὶ οὐκ ἐξ ἔργων νόμου, ὅτι ἐξ ἔργων νόμου οὐ δικαιωθήσεται πᾶσα σάρξ.

Nous constatons que si, à propos du salut par les œuvres, Paul répète trois fois à l’identique la même expression, ἐξ ἔργων νόμου, « venant d’œuvres d’une loi », il est beaucoup plus complet pour parler du salut par la foi en Jésus-Christ.

D’abord ce salut que Paul, en tant que juif, a tiré de sa foi en Christ (ἐκ πίστεως Χριστοῦ) est défini, puisque Χριστός, Christ, désigne une personne, contrairement au mot loi, νόμος, qui reste ici sans article défini. Sur les trois expressions désignant le salut par la foi, le mot Χριστός est même par deux fois doublement défini puisque Paul précise qu’il s’agit du Christ Jésus (Ἰησοῦ). Si le salut par les œuvres peut être tiré d’une expérience avec n’importe quelle loi (ἐξ ἔργων νόμου), le salut par la foi ne peut être tiré que d’une expérience avec le Messie Jésus seul (ἐκ πίστεως Χριστοῦ). Dans le premier cas, il s’agit de tirer des œuvres (ἔργων) méritoires d’une loi. Dans le second cas, il s’agit de tirer des forces spirituelles de notre admiration pour Jésus-Christ, de puiser de la foi (πίστεως) dans son exemple de don de soi (amour agapè) et d’imiter sa fidélité (autre sens de πίστεως) au projet divin pour l’humanité, exprimé dans le décalogue.

Le but est de résister par la foi au péché, aux œuvres de la chair, afin que la justice demandée par le décalogue et symbolisée par les lois de Moïse se concrétise en nous (Romains 8.4). C’est ainsi que l’amour agapè accomplit réellement la loi (Romains 13.10). Un simple tour de passe-passe juridique ne pourrait glorifier Dieu de cette manière, d’autant que c’est « Dieu qui a donné la loi », comme le reconnaissent pourtant les auteurs de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? ». Alors Dieu est-il capable de faire appliquer sa Loi, oui ou non ? Si oui, Dieu est glorifié. Si non, Satan a raison. Dans la grande controverse entre Dieu et Satan, les chrétiens évangéliques seraient-ils du côté de Satan, sans s’en rendre compte ??

 

Vivre par la foi et de la foi

Ensuite, toujours dans Galates 2.16, pour marquer la richesse de cette expérience avec le Christ, deux autres expressions sont employées par Paul pour parler de la foi en Christ, qui n’est pas un statut juridique mais un vécu, répétons-le :

La première expression — διὰ πίστεως Χριστοῦ Ἰησοῦ, par la foi en/de Jésus-Christ — se rapporte au verbe précédent δικαιοῦται, justifié, un présent de l’indicatif, au passif. C’est bien par l’action de Dieu en effet que nous sommes sauvés et non par notre propre intervention. Nous ne pouvons que collaborer (ou non) avec ce que Dieu a mis en place. La préposition διὰ (au travers de) dans ce contexte du présent de l’indicatif indique qu’il s’agit d’une expérience quotidienne et en devenir, absolument pas d’un changement de statut légal ou de juridiction.

La deuxième expression — εἰς Χριστὸν Ἰησοῦν ἐπιστεύσαμεν, vers Christ Jésus nous avons cru — fait intervenir le verbe πιστεύω à l’aoriste actif de l’indicatif. Ce temps marque un fait accompli, déterminé. Il évoque l’accompli hébreu. Le chemin de Damas a marqué un tournant dans le parcours spirituel de Paul. Il en a été de même pour tous les juifs qui ont placé leur foi en Jésus-Christ. « Nous avons cru » et quelle révélation renversante cela a été ! Ce fut, pour les juifs, un bouleversement spirituel, un changement du cœur et non de juridiction. Il devrait en être de même pour tous les croyants.

En français, pour rendre ἐπιστεύσαμεν, « nous avons cru », nous n’avons pas de verbe correspondant au mot « foi » ; nous sommes donc obligés d’utiliser le verbe «croire». Mais en hébreu, langue dans laquelle s’est déroulée la formation intellectuelle de Paul, la racine équivalente, אמן, associe étroitement les notions de «foi» et de «fidélité». On pourrait donc rendre l’expression εἰς Χριστὸν Ἰησοῦν ἐπιστεύσαμεν par «vers (ou pour) Christ Jésus nous avons fidélisé ». C’est incorrect en français, puisque fidéliser à un sens légèrement différent. Néanmoins, dans les faits, c’est bien par la fidélité de Jésus et envers Jésus que nous recevons et concrétisons le salut. Or notre fidélité envers Jésus est une fidélité envers le Créateur, envers le « Seigneur du sabbat », donc une fidélité envers ses commandements.

La racine hébraïque אמן exprime à la fois les notions de foi, de confiance, de fidélité et de fiabilité. Cette racine est notamment utilisée dans Habakuk 2.4, souvent traduit par : «le juste vivra par la foi». Le texte hébreu l’exprime ainsi :

וצדיק באמונתו יחיה

Mais, un juste, dans sa fidélité il vivra

Il vivra ainsi au quotidien, il mènera ainsi son existence, comme l’exprime la racine חיה (vie, existence) conjuguée ici à l’inaccompli, et non à l’accompli. Cette vie n’est donc pas programmée une fois pour toutes à l’avance (prédestination). Dieu n’est pas un monstre de toute-puissance, c’est-à-dire un impuissant, à l’image de Satan et de l’homme pécheur, ou du dieu du Coran «qui ne peut ni engendrer ni être engendré» (Coran 112 :3). Non, notre vie n’est pas programmée d’avance : c’est un parcours de foi ou la LIBERTÉ DE CHOIX doit être préservée à tout moment. La tolérance reste donc au programme !

À ce sujet, la première partie du verset d’Habakuk est également révélatrice :

Voici, l'âme qui s'élève en quelqu'un n'est point droite en lui. Habakuk 2.4, Martin

Celui qui refuse de vivre par la foi et la fidélité s’élève ou est « enflé d’orgueil » comme le rendent d’autres traductions. Celui qui refuse le salut par une foi obéissante est en effet dans l’auto-exaltation, comme Lucifer et comme Rome. Le salut par les œuvres, le refus de la fidélité envers Dieu et envers sa juridiction, exprime un désir de s’élever au-dessus de Dieu, comme le manifeste l’autoritarisme romain. Mais le juste, lui, continue Habakuk, mènera son existence dans la fidélité au Créateur et en s’appuyant sur la fidélité du Créateur. C’est le sens du mot «foi».

 

L’essence du légalisme

Nous avons vu que l’observation de la loi de Moïse servait, pour les juifs Galates, de simple prétexte pour se faire valoir ; leur obéissance à la loi ne servait pas à rendre gloire à Dieu, qui a donné la loi à Moïse, mais ils s’en servaient pour se donner un mérite imaginaire, un statut légal supérieur aux autres et finalement à Dieu lui-même, l’Auteur de la Loi. Cette soi-disant «justice», «tirée de la loi», est similaire à la «justice qui provient de la loi» à laquelle Paul fait allusion dans Philippiens 3.6 (voir notre analyse de Philippiens 3.6).

La loi du décalogue ou la loi de la circoncision contiennent ou expriment de bons principes. Mais une loi n’est qu’un principe : elle peut être déviée pour être utilisée comme un objet de justification personnelle, de justification purement légale. Que nous obéissions servilement au décalogue ou que nous l’invalidions, le principe est le même : dans les deux cas nous réduisons nos rapports avec le Législateur à des dispositions légales. C’est l’essence du légalisme. Au contraire, le Législateur veut nous protéger du mal et nous accompagner dans l’observation des lois prévues pour garantir cette protection. Le sabbat est un pilier de ces lois protectrices et bénéfiques.

Par conséquent, arrivé à ce point de notre réflexion autour de l’article «Le chrétien doit-il observer le sabbat ?», nous pouvons supposer que la position des chrétiens dits «évangéliques» qui prétendent abolir l’observation de la loi par la foi est une position légaliste. Par voie de conséquence, cette position serait potentiellement intolérante et persécutrice. Reste à voir comment ce premier résultat de notre étude va se confirmer dans la suite de notre analyse de leur argumentation.

Par ailleurs nous avons établi que «crucifiés avec Christ», nous sommes délivrés de la condamnation de la loi, «afin de vivre pour Dieu» (Galates 2.19), donc vivre en accord avec le décalogue. Pour apprendre plus précisément comment notre chair a été crucifiée avec Christ et ce que cela implique pour notre foi, on écoutera avec intérêt la conférence « La foi de Golgotha » sur la chaîne You Tube de La Sentinelle des temps.

Maintenant que nous avons étudié plus en détails la pensée de Paul dans Galates 2, nous allons pouvoir entrer sans difficultés dans la lecture de Galates 3, d’où sont extraits deux « textes preuve » avancés par le site Bibliquest.com pour justifier la péremption du décalogue, surtout du sabbat : Galates 3.19 et 3.24.

(À suivre)

Commenter cet article