Daniel : une lumière à Babylone

La croyance en l’immortalité de l’âme : une alliance dangereuse avec la mort et un déni de la Vie éternelle (4)

20 Décembre 2016 , Rédigé par Misha Publié dans #Immortalité

Quatrième épisode de cette réflexion en rapport avec l’article de Billy Graham «La brièveté de la vie», paru en français sur le site Top chrétien.
Nous avons vu précédemment combien le concept d’éternité biblique était différent du concept occidental, faussé par la croyance en l’immortalité naturelle de l’âme, qui instaure une dualité artificielle, imaginaire, entre l’esprit humain et la matière humaine. Nous avons vu aussi combien Dieu s’était engagé à nos côtés de façon durable afin de nous faire accéder à un bonheur durable dans la vie future. Cependant l’entrée dans ce paradis tant rêvé est conditionnée à un examen d’entrée. Dans la Bible, cet examen, appelé « jugement », est prophétisé pour un période précise et finale de l’histoire humaine.
Dans le premier épisode, nous avons souligné d’emblée que tout être humain décédé était prêt à être jugé, parce que, étant totalement inconscient, il ne pouvait plus rien ajouter à son dossier. À présent nous allons voir que cette évaluation que le Ciel doit faire du dossier de chaque être humain n’a pas lieu immédiatement après le décès de la personne.
Dans l’épisode précédent, nous avons vu que Billy Graham attirait notre attention sur la mise en garde de Jésus contre le risque d’être « jeté dans le feu éternel » (Matthieu 18.8). Nous avons expliqué, à la lumière de l’enseignement biblique sur la mort et l’éternité, que ce sort était redoutable parce qu’il s’agissait d’une mort définitive, d’un anéantissement irrémédiable.
Jésus veut absolument nous éviter ce sort parce qu’il tient à nous et qu’il a payé très cher pour nous avoir avec lui sur la Nouvelle Terre. Aussi il a beaucoup de mal à se faire à l’idée de nous voir disparaître un jour. Quant à nous voir tourmentés éternellement par des démons dans un enfer satanique, non, cela, il ne pourrait jamais le tolérer. Ce serait une insulte et un tourment insupportable pour son divin caractère d’amour et de justice.
 
Savoir attendre le bon moment pour monter au Ciel
Au fait, Jésus lui-même, à sa mort sur la croix, n’a pas rejoint son Père au paradis. Billy Graham ne mentionne pas la célèbre promesse de Jésus au bon larron, « tu seras avec moi dans le paradis » à l’appui de ses affirmations sur l’immortalité de l’âme (sans doute par manque de place et parce que ce n’est pas le sujet principal de son propos). Cependant, dans la revue Adventist World d’octobre 2016, p. 26, le génial théologien adventiste Angel Manuel Rodriguez analyse avec finesse cette deuxième parole du Christ en croix. Il observe, parmi d’autres éléments, que, dans Jean 20.17, Jésus dit à Marie-Madeleine : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. » (cf. Matthieu 28.9) Or Jésus vient alors tout juste de ressusciter. Pourtant il ne revient pas du Ciel, d’auprès de son Père, mais bien de la tombe ! Pas de doute, même l’âme de Jésus est restée avec lui dans sa tombe après sa mort sur la croix et, a fortiori, celle du bon larron a dû connaître le même sort. Il faut donc bien placer la virgule après « aujourd’hui » dans Luc 23.43, et non avant : « Amen je te [le] dis aujourd’hui, avec moi tu seras dans le paradis. » (traduction mot à mot)
Au 19e paragraphe de « La brièveté de la vie », Billy Graham révèle malgré lui l’incohérence qui existe entre son discours et l’enseignement de Jésus quand il cite à l’appui de ses dires sur l’immortalité cette promesse du divin Maître :
Je vais vous préparer une place. Et, lorsque je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi. Jean 14.2-3
Cependant Billy Graham commente cette promesse de Jésus ainsi :
« On ne peut pas lire les enseignements de Christ sans être convaincu qu’il annonçait la vie future. »
Certes mais, dans ce contexte d’affirmation de l’immortalité de l’âme, ce propos est ambigu. Quand débute au juste cette vie future ? Jésus le précise dans le passage même cité par Billy Graham : « je reviendrai et je vous prendrai avec moi ». La vie future commencera bien, selon Jésus, après son retour, à la résurrection et l’enlèvement des vivants dont Paul a parlé aux Thessaloniciens (1 Thessaloniciens 4.15-17). Elle ne commence donc pas au décès ni à l’ascension d’une « âme » immortelle, supposée rejoindre ainsi sa destination divine première. Non, Monsieur Billy Graham, nous ne sommes pas des dieux, ne croyez pas ce que disait le serpent de l’Éden (Genèse 3.5) !
Il faut vraiment qu’une puissance d’égarement se soit abattue sur le christianisme (2 Thessaloniciens 2.11) pour qu’un prédicateur de cette envergure croie au mensonge de la divinisation de l’âme et soit aveugle sur le sens évident d’une promesse aussi claire de Jésus : « Je reviendrai et je vous prendrai avec moi. »
De plus, quand Billy Graham ajoute que « chaque homme, au fond de lui-même, a foi en l’immortalité », il tend, dans ce contexte ambigu, à fausser le message biblique. Car ce que la Bible nous apprend c’est que Dieu a placé en nous, artificiellement, le désir, la nostalgie du monde céleste, la pensée de l’éternité (Ecclésiaste 9.11), et non l’éternité elle-même. Nous n’avons toujours été et ne serons toujours que des créatures et non le Créateur.
Donc quand Billy Graham dit plus haut, au 9e paragraphe de sa réflexion, que « les chrétiens mêmes essaient de ne penser ni à la mort, ni au jour où ils comparaîtront devant le tribunal de Christ pour rendre compte de l'emploi de leur temps ici-bas », il faut bien préciser que le jour de cette comparution n’est pas le jour du décès. Du point de vue du défunt, cette comparution pourra sembler survenir immédiatement après la mort, puisque le défunt, n’ayant plus de cerveau en état de fonctionnement, n’ayant plus d’âme en vie, n’aura pas eu conscience du temps écoulé entre son décès et sa comparution devant Dieu à la résurrection. Mais, en réalité, il ne comparaîtra pas devant le tribunal céleste immédiatement après sa mort.
En effet, en toute justice, il faut, avant que le croyant puisse comparaître devant Dieu et les anges, que son dossier ait été étudié, que les juges se soient réunis et que le livre de sa vie ait été ouvert et examiné avec attention (Exode 32.32 ; Psaume 56.9 ; Daniel 7.10 ; Apocalypse 20.12). Avant tout procès équitable, il y a une phase d’instruction ! Monsieur Billy Graham, si vous étudiez les prophéties bibliques avec attention, celle de Daniel 7 en particulier, si vous prêtiez plus d’attention (et d’estime ?) au culte hébraïque ancien et à sa signification symbolique, vous sauriez ces choses. Mais vous pouvez encore les apprendre, c’est pour cela que Dieu a suscité le mouvement adventiste au sein du protestantisme !
 
« Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu »
Décidément, Billy Graham, a plus de succès pour justifier sa foi en une vie future survenant immédiatement au décès quand il s’appuie sur Victor Hugo (catholique) et d’autres auteurs que lorsqu’il tente de se justifier par la Bible. Pour tenter de justifier son point de vue extra-biblique sur l’âme, il cite également 2 Rois 20.1, où Dieu dit au roi Ézéchias : « Donne tes ordres à ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus. » Et il rapproche ce texte de la prophétie d’Amos 4.12 : « Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu ». Cependant a-t-il pris la peine de bien écouter ces textes et d’étudier leur contexte ?
Pour ma part, j’ai scruté le récit de 2 Rois 20 : nulle part il n’est dit au roi Ézéchias qu’il va rencontrer Dieu, mais seulement qu’il va mourir. L’insistance désespérée avec laquelle Ézéchias tente de conserver la vie, malgré la sentence divine, indique bien qu’il ne s’attend pas à rencontrer Dieu après son décès, mais à sombrer dans l’inconscience, dans les ténèbres de la mort.
Rien que la façon emphatique, redondante, dont le texte hébreu rend l’avertissement de Dieu à Ézéchias doit nous alerter :
« car tu vas mourir, et tu ne vivras plus » 2 Rois 20.1.
On croirait entendre l’avertissement donné par Dieu à Adam dans le jardin d’Éden par rapport à la consommation du fruit défendu :
« pour mourir, tu mourras ! » (Traduction littérale de Genèse 2.17)
« Tu ne vivras vraiment plus du tout », semble dire Dieu à Ézéchias. Normal, puisqu’il va mourir ! C’est ce bon sens hébraïque qui manque aux chrétiens aujourd’hui. Manque d’Esprit ?
De plus, en citant hors de son contexte Amos 4.12, « Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu », Billy Graham passe à côté du message véhiculé par cette prophétie. Car dans le contexte, cette rencontre d’Israël avec Dieu est synonyme, non pas de migration de l’âme au Ciel, non pas de migration de l’âme vers des tourments éternels, mais d’une DESTRUCTION totale, radicale, définitive, comparée à la destruction de Sodome et Gomorrhe :
Je vous ai bouleversés, comme Sodome et Gomorrhe, que Dieu détruisit ; et vous avez été comme un tison arraché de l'incendie [voir l’épisode 2]. Malgré cela, vous n'êtes pas revenus à moi, dit l'Éternel... C'est pourquoi je te traiterai de la même manière [que Sodome et Gomorrhe], Israël; Et puisque je te traiterai de la même manière, prépare-toi à la rencontre de ton Dieu, O Israël ! Car voici celui qui a formé les montagnes et créé le vent, et qui fait connaître à l'homme ses pensées, celui qui change l'aurore en ténèbres et qui marche sur les hauteurs de la terre : son nom est YOHVAH, le Dieu des armées [célestes]. Amos 4.11-13.
La prophétie d’Amos est plus claire que les croyances néo-platoniciennes adoptées par Billy Graham. Israël a échappé de justesse à une destruction semblable à celle de Sodome : il a été comme un tison arraché au feu. Il n’a pas fini son existence dans le feu qui ne s’éteint pas, dans le feu dont les conséquences sont irrémédiables, ou « éternelles ». En effet, historiquement, à l’époque du prophète Amos, soit au milieu du VIIIe siècle av. J.-C., Israël n’a pas encore été détruit pour toujours : il a été « arraché au feu ». Mais cela n’a pas duré éternellement : en 722 av. J.-C., Samarie a été détruite et tout le royaume du Nord déporté. En 586 av. J.-C., ce fut le tour du royaume de Juda. Et, en 70 de notre ère, c’en était fait pour toujours des Juifs en tant que nation favorisée par Dieu.
Attention ! Selon Amos, Dieu peut changer l’aurore en ténèbres. Amos parle bien de ténèbres, et non de souffrances éternelles ! La mort est toujours synonyme de ténèbres et non de lumière dans la Bible. La seule lumière qui existe au-delà de la mort est la résurrection, du point de vue du vrai christianisme en tous cas car il existe d’autres spiritualités, bien sûr.
Ainsi ni le récit de 2 Rois 20, ni la prophétie d’Amos 4, ni le rapprochement hasardeux entre ces deux textes ne permet de soutenir l’idée d’une âme immortelle ou d’un enfer éternel. Désolé pour Billy Graham.
 
Puis-je vous demander respectueusement, Monsieur Billy Graham, de vous préparer vous aussi à la rencontre de votre Dieu ? De vous préparer à rencontrer, à la résurrection, celui qui a le pouvoir de jeter dans le feu qu’on ne peut pas éteindre ? Car ce n’est pas la mort définitive que Dieu veut pour vous, mais la vie éternelle. Ce n’est pas votre destruction que Dieu veut, pas plus qu’il ne la voulait pour Israël. Ce n’est pas le sort de Sodome qu’il vous souhaite. Il veut que vous soyez « un tison arraché au feu », comme Israël de l’époque d’Amos et comme le grand prêtre Josué de l’époque de Zacharie (Zacharie 3.2). Mais, pour cela, il faut revenir au Dieu d’Israël, à ses enseignements sur l’âme et à ses commandements, seuls critères objectifs et infaillibles de la justice que Dieu espère réaliser en nous par la foi. Sinon Jésus sera obligé de nous dire, à contrecœur, lors de sa venue :
« Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui pratiquez le mal ! » (Matthieu 7.23, Semeur)
Ou comme le traduit plus littéralement le chanoine Osty (catholique) :
« retirez-vous de moi, vous qui transgressez la loi ! »
En effet, le texte grec original, le plus souvent traduit par « vous qui commettez l’iniquité », est οἱ ἐργαζόμενοι τὴν ἀνομίαν, que l’on pourrait traduire mot à mot par « les agissant sans loi » ou plus clairement : « ceux qui mettent en œuvre(s) l’absence ou le refus de la loi ». Comme quoi le salut par les œuvres (en grec ἔργον) peut se nicher jusque dans le refus des lois divines, là où on ne l’attend pas forcément ! À méditer.

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