Daniel : une lumière à Babylone

« Le chrétien doit-il observer le sabbat ? » ou les dix commandements sont-ils pérennes ? (2)

11 Novembre 2016 , Rédigé par Misha Publié dans #Sabbat

Dans l’épisode précédent, nous avons posé quelques premières bases bibliques saines par rapport au sabbat, entrons plus en détail dans la critique de l'article « le chrétien doit-il observer le sabbat » du site Bibliquest.com.
 
Le sabbat « sous la grâce » : une libération et non une servitude
Le premier paragraphe de l’article « Le chrétien doit-il observer le sabbat ? », sur le site Bibliquest.com, trahit d’emblée la conception erronée de l’ancienne et de la nouvelle alliance, malheureusement si commune parmi les Églises évangéliques. En effet, dès le début, le repos du sabbat hebdomadaire est présenté comme une « obligation », dont il conviendrait de « se libérer » :
« Une simple lecture des épîtres du Nouveau Testament, montre que le Sabbat n’occupe pas une place primordiale dans la doctrine chrétienne, et qu’il ne convient pas que le croyant s’y attarde trop. L’expérience montre toutefois que celui qui a été mal enseigné sur ce sujet, éprouve beaucoup de difficultés à se libérer de l’obligation du sabbat. Même s’il ne l’observe plus, il conserve souvent le sentiment de désobéir à la volonté de Dieu. »
« Une simple lecture » dit-on. Très simpliste en effet ! Il s’agit seulement d’un comptage statistique, et non d’une lecture éclairée par l’Esprit. De plus, pour être juste au niveau statistique, il faudrait, dans cette « simple lecture », prendre en compte toutes les allusions et citations relatives au décalogue, dont le sabbat fait indissociablement partie. Rien que dans les évangiles et les paroles de Jésus, la place occupée par le décalogue est déjà impressionnante.
Remarquez le jugement de valeur qui se glisse entre les lignes : « celui qui a été mal enseigné sur ce sujet ». Cela implique que tout ce qui ne se soumet pas à l’autorité de Rome et de son dimanche est mauvais. Cette calomnie implicite, même involontaire, doit se retourner contre ses auteurs, car, nous le voyons et nous le verrons, leur enseignement sur le sujet n’est pas davantage fidèle à la Bible.
Heureusement que le croyant qui ne respecte pas le rendez-vous hebdomadaire de Dieu, le sabbat, « conserve souvent le sentiment de désobéir à la volonté de Dieu » ! Heureusement qu’il ne reste pas la conscience tranquille : cela prouve que l’Esprit lui parle encore. Il y a de l’espoir pour ce chrétien-là. Mais qu’en est-il des autres, qui transgressent la sainteté de ce jour en toute bonne conscience et qui enseignent aux autres à faire de même ?
On parle ici de « l’obligation du sabbat ». Or présenter les lois divines comme des obligations, comme un joug, difficile ou impossible à observer, est typique du croyant sous l’ancienne alliance, celle que Paul qualifie d’esclavage dans l’épître aux Galates. Quel paradoxe, pour des chrétiens qui se prétendent « libérés de la loi » ! Car c’est bien sous l’ancienne alliance, ou « sous la loi », pour le dire dans les termes de Paul, qu’il est illusoire d’espérer répondre aux justes demandes de la loi. Au contraire sous la Nouvelle alliance, celle qui écrit les lois dans nos cœurs, le sabbat, comme les autres lois divines, loin d’être un joug devrait devenir un délice. Nier la validité de la loi des dix commandements ne constitue pas une libération de la loi, mais seulement un abandon de la loi.
Au contraire, le sabbat, pour le croyant vraiment sous la grâce, est une libération : une délivrance de la servitude du péché et des œuvres serviles de la semaine de travail, tout aussi inutiles à notre salut que l’est l’observation du dimanche. Pour être libéré du « joug » de la loi « judaïque », il ne faut pas renier la loi, mais l’observer « sous la grâce ». Nous aurons l’occasion de voir plus en détail plus loin ce que cela signifie.
Tous les chrétiens qui ont pris Dieu au mot et se sont rendus disponibles pour lui pendant le sabbat peuvent témoigner de la libération des œuvres serviles que le respect du sabbat hebdomadaire apporte avec lui. Tous ceux qui, de quelque religion ou culture qu’ils proviennent, ont essayé d’observer le sabbat biblique, par la foi seule, par la confiance dans la parole de Dieu qui a promis de sanctifier le jour du sabbat, loin de toute tentative stérile d’imiter le judaïsme traditionnel, tous ceux-là peuvent témoigner que le sabbat est en vérité une libération physique, mentale et spirituelle. Ils savent, eux, par expérience, que, s’il est respecté, le sabbat est un moment de bénédiction incomparable, qu’on ne pourra jamais retrouver en adorant le dimanche, le jour du soleil des romains, le jour de Babylone et de la Rome papale.
 
Le repos du Sabbat hebdomadaire n’a jamais posé problème aux premiers chrétiens
Heureusement que « le Sabbat n’occupe pas une place primordiale dans la doctrine chrétienne » ! Mais alors pourquoi avoir commencé, de façon illogique, cette démonstration par « 1. La doctrine chrétienne sur le sabbat » ? Heureusement que le sabbat n’occupe que peu de place quantitative dans le Nouveau Testament : cela montre qu’il n’a jamais posé problème aux nouveaux convertis à la foi messianique juive, que l’on appellera christianisme dans un second temps. Déjà que la circoncision a posé problème, car des chrétiens juifs voulaient l’imposer, à tort, aux Gentils convertis, alors imaginez s’il avait été question d’abolir le sabbat, aussi sacré que Dieu lui-même depuis la fondation du monde ! La jeune Église chrétienne, majoritairement composée de juifs, se serait disloquée immédiatement et n’existerait plus depuis longtemps.
Mais non, il faut se rendre à l’évidence, il n’a jamais été question d’abolir le sabbat chez les premiers chrétiens, qu’il soient juifs pure souche, comme Pierre, Jacques et Jean, ou qu’il soient plus métissés culturellement comme Luc, Timothée ou Paul, ou Dorcas, ou Evodie… Tout le monde, juif ou grec, observait le sabbat, sans se poser de question ! Le sabbat n’a jamais fait débat dans l’Église primitive ; c’est la raison pour laquelle on en parle si peu.
C’est évident enfin ! Puisque ce Jésus, ce Messie juif, accomplissait toutes les prophéties messianiques, puisqu’il était le Sauveur du monde et que ses apôtres en témoignaient avec tant de force, puisque le Dieu des Juifs était enfin reconnu comme le vrai Dieu par des Gentils, on ne pouvait faire moins que d’observer son saint jour de rendez-vous hebdomadaire, sa sainte convocation, pour le dire dans le langage de la Torah. Dieu convoque, on se rend à sa convocation : c’est la moindre des politesses ! Les nouveaux convertis à la foi chrétienne dans l’Église primitive, qu’ils proviennent des sympathisants du judaïsme ou du monde polythéiste environnant, ne peuvent pas l’avoir imaginé autrement. C’est IMPOSSIBLE.
Répétons-le : certains chrétiens d’origine juive se demandaient s’il ne fallait pas circoncire aussi les chrétiens des autres origines ; alors, le sabbat, ce n’était même pas imaginable de l’abolir. S’il avait été question d’abolir le sabbat, même si cette abolition n’avait concerné que les chrétiens d’origine gréco-romaine, le Nouveau Testament en aurait immanquablement parlé. Pensez, cela aurait été une vraie révolution dans la foi messianique judéo-chrétienne de l’époque !
De plus le dimanche en tant que jour de repos n’existait pas encore : le temps de Constantin (début IVe siècle) n’était pas encore venu. Le temps de Théodose (fin IVe siècle) et de l’officialisation du christianisme comme religion d’État imposée était encore loin. Les autres jours fériés de l’Empire romain étaient trop éloignés de la foi chrétienne et trop liés aux cultes des forces de la nature et des dieux pour faire de l’ombre au sabbat. À l’époque des apôtres, le Sabbat n’avait donc aucun concurrent : il a pu être adopté par les Gentils sans difficultés majeures.
Comme le rapporte Paul Nouan dans son ouvrage Le septième jour, l’Histoire ecclésiastique de Socrate le Scolastique, un auteur du Ve siècle, témoigne que le sabbat était encore largement célébré comme jour de repos par les chrétiens à cette époque tardive :
« Bien que toutes les sociétés chrétiennes du monde célèbrent les saint mystères [la Cène, le culte] tous les Samedis de chaque semaine, les fidèles d’Alexandrie et de Rome [déjà…] ne les célèbrent point ce jour-là, selon une ancienne tradition. Les Égyptiens qui sont voisins d’Alexandrie et ceux qui habitent la Thébaïde [Thèbes] s’assemblent le Samedi, sans toutefois participer aux saints mystères de la manière que les chrétiens ont coutume d’y participer : car après avoir mangé et s’être remplis de toute sorte de viandes, ils offrent le Sacrifice et communient sur le soir [samedi soir : ce qui évoque les traditions juives de clôture du shabbat]. Le Jeudi et le Vendredi, que l’on appelle la préparation, c’est-à-dire la veille du jour du sabbat, on lit la Sainte Écriture dans l’Église d’Alexandrie, les Docteurs l’expliquent et on fait tout ce que l’on a coutume d’observer dans les assemblées, excepté que l’on ne participe pas aux Saints Mystères. » Socrate le Scolastique, Histoire ecclésiastique, p. 360, vers 440 de notre ère. Les commentaires entre crochets sont ceux d’un Internaute sur le site Top chrétien.
Ce document historique est sans ambiguïté : le sabbat est encore bien intégré à la culture chrétienne au Ve siècle ! C’est seulement la célébration de la Cène, donc une partie seulement du culte chrétien, qui fait divergence et seulement de certaines façons et à certains endroits. Cette divergence liturgique mineure n’abolit nullement l’observation du sabbat en tant que jour de repos. « Après avoir mangé et s’être remplis de toute sorte de viandes », précise Socrate le Scolastique. Cela indique sans erreur possible que le sabbat est, au Ve siècle chez les chrétiens, un jour de fête, un jour férié. Nous sommes bien au Ve siècle et l’Histoire ecclésiastique de Socrate le Scolastique est un document authentique !
Il faudra attendre le tragique virage du VIe siècle, la sombre époque de Justinien, pour reléguer l’observation du sabbat hebdomadaire dans l’ombre romaine et antisémite. Justinien, empereur romain d’Orient ayant régné de 527 à 565, a donné sa faveur et son appui militaire à l’évêché de Rome. Le basculement dans les ténèbres du Moyen Age a découlé de cette alliance politico-religieuse malsaine. Cette alliance était annoncée comme « abominable » dans les prophéties de Daniel, reprises dans l’Apocalypse de Jean. Suite à ce virage politico-religieux, les vrais chrétiens ont été réduits à quelques groupuscules Vaudois et autres, tous qualifiés d’hérétiques par Rome, mais dont certains observaient le sabbat.
Par conséquent, d’un simple point de vue historique, la tentative de certains pasteurs évangéliques pour faire passer le dimanche pour un jour de culte chrétien primitif est une imposture. Bien plus, d’un point de vue spirituel, c’est un mensonge et une supercherie satanique, destinée à pousser les chrétiens ignorants dans les bras de Rome, pour leur ruine éternelle.
 
Le joug insupportable du salut par les œuvres
Pourquoi le sabbat est-il considéré par des chrétiens aujourd’hui comme un joug, alors qu’il ne l’était pas par les auteurs du Nouveau Testament ? Car, à l’examen impartial des écrits du Nouveau Testament, il faut nous rendre à l’évidence : ni le sabbat ni le reste du décalogue ne constituent le joug dont Paul parle aux Galates. La circoncision imposée et éventuellement les jours fériés annuels juifs imposés aux Gentils pourraient se rapporter à ce joug, ainsi que des traditions liées au jeûne, à la valeur rituelle de certains jours ou aux cycles des astres, traditions développées dans le judaïsme après l’exil à Babylone mais qui n’ont rien à voir avec le sabbat de la Création. Ces particularités culturelles juives ont pu effectivement menacer la liberté en Christ des nouveaux convertis et faire dévier leur foi, tout comme la loi orale ajoutée par la tradition rabbinique. Cependant le vrai joug dont parle Paul par rapport à la loi est ailleurs, dans l’esprit humain et dans le salut par les œuvres. Paul est très clair là-dessus dans ses épîtres. Et ce joug-là, celui du salut par ses propres œuvres, est universel : il peut toucher indifféremment les juifs, les grecs, les gentils, les animistes, les bouddhistes, les catholiques, les évangéliques, les adventistes, les Témoins de Jéhovah, les Mormons et toutes les religions et cultures du monde.
Le salut par les œuvres est lié au désir bien humain d’ajouter son grain de sel à ce que Dieu a clairement ordonné et délimité, depuis la création du monde. Cette révolte sourde, potentielle, est présente chez tous les êtres humains depuis la chute, mais elle trouve son origine et son inspiration chez Lucifer. Ainsi le salut par les œuvres porte en lui le germe diabolique de l’interprétation personnalisée des lois divines. Dieu a-t-il vraiment dit que le jour du sabbat était saint pour tout le monde et pas pour les juifs seulement ? Cette remise en cause de la fiabilité de la Parole fait écho aux propos sataniques déjà susurrés à Ève en Éden : « Dieu a-t-il réellement dit ? » Mais oui, DIEU A REELLEMENT DIT QUE LE SEPTIEME JOUR AVAIT ÉTÉ MIS À PART POUR NOUS, les humains, depuis la fondation du monde, et il le répète de la façon la plus explicite au Sinaï. Le problème ne vient donc pas du sabbat, des juifs ou de l’ancienne alliance : le problème vient de notre cœur, là où le salut par les œuvres, le péché, se niche.
Le salut par les œuvres est aussi la marque de l’esprit romain intolérant, cet esprit persécuteur qui va dominer de plus en plus le protestantisme dans un proche avenir, comme cela est suggéré par la prophétie des deux monstres d’Apocalypse 13. Ce désir de dominer, de contrôler et de modifier les lois divines est animé par une influence occulte qui vise à enténébrer nos esprits et à détruire le fondement même de notre foi en l’autorité divine et donc en la bonté du Créateur. L’intolérance religieuse en découlera fatalement. Si ce n’était le ferment apporté par le mouvement adventiste, on pourrait dire que le protestantisme semble arrivé en fin de vie.
 
L’ancienne alliance ou le refus de la puissance de la parole
Puisque Paul, dans l’épître aux Galates, se réfère à l’alliance conclue au Sinaï, pour parler d’un joug en rapport avec les lois divines, il convient de remonter un peu le temps pour revivre et comprendre ce qui est arrivé au pied du Sinaï. Pourquoi cette alliance a-t-elle été un joug et un échec à répétition ?

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